Élection présidentielle malawite de 2019
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Corps électoral et résultats
Inscrits 6 859 570
Votants 5 105 983
74,44 %  +3,7
Votes blancs et nuls 74 719
Arthur Peter Mutharika 2014 (cropped).jpg Peter Mutharika – Parti démocrate-progressiste
Colistier : Everton Chimulirenji
Voix 1 940 709
38,57 %
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Lazarus Chakwera – Parti du congrès du Malawi
Colistier : Sidik Mia
Voix 1 781 740
35,41 %
Saulos Klaus Chilima, Vice President of Malawi 2017 (cropped).jpg Saulos Chilima – Parti uni de la transformation
Colistier : Michael Usi
Voix 1 018 369
20,24 %
Président de la République
Sortant Élu
Peter Mutharika
DPP
Élection annulée

L'élection présidentielle malawite de 2019 se déroule le en même temps que l'élection de son parlement.

Le président sortant Peter Mutharika, du Parti démocrate-progressiste, est réélu avec un peu plus de 38 % des suffrages devant Lazarus Chakwera, du Parti du congrès du Malawi.

Le scrutin, vivement contesté par l'opposition, est cependant annulé début février 2020 par la Cour constitutionnelle qui le juge entaché de nombreux éléments de fraude électorale, qualifie les instances organisatrices d'incompétentes, et ordonne l'organisation d'un nouveau scrutin.

Candidatures

Le président sortant Peter Mutharika est candidat à sa réélection[1]. Son principal opposant, Saulos Chilima, était son vice-président jusqu'à son départ du Parti démocrate-progressiste en 2018[2],[3]. L'issu du scrutin, particulièrement serré, est jugée difficile à prévoir par les observateurs, notamment en raison de l'importance du vote rural et de la fragmentation des partis politiques dans le pays[4],[5].

Joyce Banda, présidente de la République entre 2012 et 2014 et présidente du Parti du peuple, est dans un premier temps candidate[6], avant de se retirer en mars au profit de Lazarus Chakwera, candidat du parti unique au pouvoir de 1966 à 1993, suite à une alliance conclue entre les deux formations. Banda était la seule femme candidate à la présidentielle cette année[7],[8].

Mode de scrutin

Le président de la République du Malawi est élu au scrutin uninominal majoritaire à un tour pour un mandat de cinq ans[9].

Résultats

Présidentielle malawite de 2019[10]
Candidats
et colistiers
Partis Voix %
Peter Mutharika
Everton Chimulirenji
DPP 1 940 709 38,57
Lazarus Chakwera
Sidik Mia
MCP 1 781 740 35,41
Saulos Chilima
Michael Usi
UTM 1 018 369 20,24
Atupele Muluzi UDF 235 164 4,67
Peter Kuwani
Archibald Kalawang'oma
MMD 20 369 0,40
John Eugenes Chisi UP 19 187 0,38
Hadwick Kaliya Ind. 15 726 0,31
Votes valides 5 031 264 98,54
Votes blancs et nuls 74 719 1,46
Total 5 105 983 100
Abstention 1 753 587 25,56
Inscrits / participation 6 859 570 74,44

Suites

Contestations

Candidat arrivé en tête par district.

L'opposition rejette la réélection de Peter Mutharika et dénonce des résultats frauduleux, les candidats Lazarus Chakwera et Saulos Chilima déposant en recours devant la Cour constitutionnelle[11]. Ce rejet des résultats prend la forme d'un mouvement national de manifestations populaires qui culmine au cours des mois de mai à juillet 2019, les manifestants accusant le président Peter Mutharika d'avoir truqué les résultats avec la complicité de la présidente de la Commission Électorale malawite, Jane Ansah, dont ils exigent également la démission[12]. Des manifestations sont organisées dans les principales villes du pays, entremêlées de manifestations de soutien de femmes jugeant Jane Ansah victime de sexisme[13].

Annulation

Le jugement de la Cour constitutionnelle est alors attendu avec fébrilité[14]. Le 3 février 2020, celle ci se réunit à Lilongwe sous la protection d'une importante escorte policière pour se prononcer sur les recours[15]. Le jugement, qui s'étale sur plus de sept heures, voit les cinq juges de la Cour se relayer pour lire leur décision, mise par écrit sur un document de cinq cents pages[16]. Ce dernier fait état d'une élection truquée n'ayant pas été organisée dans des conditions libres et régulières, mais au contraire marquée par des fraudes à répétition, des falsifications de documents et de nombreuses autres pratiques illégales. L'« utilisation généralisée de Tipp-Ex » pour modifier les procès-verbaux est notamment citée comme ayant « gravement sapé l'intégrité des élections », de même que la présence répétée de doublons et l'absence de signatures sur la plupart des documents[16], réduisant les procès-verbaux vérifiés à un quart seulement du total[15]. Ces éléments conduisent la Cour à qualifier le scrutin du 21 mai de « démonstration d'incompétence » de la part d'une Commission Électorale ayant « failli à ses devoirs »[16].

En conséquence, la Cour déclare nulle et sans effet l'élection de Peter Mutharika, et ordonne qu'une nouvelle élection soit convoquée dans un délai de 150 jours, cette fois-ci par le biais du scrutin uninominal majoritaire à deux tours, tel que prévu avant la modification de la loi électorale par le parlement en 2018, sans avoir pu être appliqué[15],[16]. La tenue de nouvelles élections législatives et municipales est un temps évoquée par plusieurs sources, sans fondement. L'opposition tente de faire valoir que les critiques de la Cour constitutionnelle à la commission électorale sont également valables pour ces scrutins mais, faute d'avoir déposée des recours similaires, ne parvient pas à les faire annuler. L'Assemblée nationale vote, quant à elle, la prorogation d'un an de son mandat et de celui des conseils municipaux afin de conserver une organisation simultanée entre ces différents scrutins et l'élection présidentielle de 2025, en accord avec la Constitution[17]. C'est la première fois qu'une élection présidentielle est annulée au Malawi, et la seconde seulement sur le continent africain après celle kenyane d'août 2017.

Références

  1. « Élections au Malawi: les assassinats d’Albinos, la fausse mort du président et cinq autres choses », sur miroir-mag.fr, (consulté le 4 février 2020)
  2. « Election au Malawi : les mutations du multipartisme », sur www.africactu.com (consulté le 4 février 2020)
  3. (en) « MEC announces Malawi Tripartite election date: May 21 2019 », sur nyasatimes.com, (consulté le 4 février 2020)
  4. (en) « Malawi Race for President Tight as Election Nears », sur Voice of America (consulté le 4 février 2020)
  5. « Au Malawi, une présidentielle et des législatives très ouvertes », sur Le Point, (consulté le 4 février 2020)
  6. « Malawi : Joyce Banda sera candidate à l’élection présidentielle de mai », sur jeuneafrique.com, (consulté le 4 février 2020)
  7. « Présidentielle 2019 au Malawi : Joyce Banda n’est plus candidate », sur La Tribune (consulté le 4 février 2020)
  8. « Présidentielle au Malawi : l’ex-présidente Joyce Banda renonce à se présenter », sur jeuneafrique.com, (consulté le 4 février 2020)
  9. Republic of Malawi: Election for President IFES
  10. (en) « Malawi Electoral Commission », sur www.mec.org.mw (consulté le 4 février 2020)
  11. « Présidentielle au Malawi : l’opposition rejette la victoire de Peter Mutharika », Jeune Afrique,‎ (lire en ligne)
  12. (en) « Malawi’s concerned youths on MEC Chair Jane Ansah must fall campaign », sur www.maravipost.com (consulté le 4 février 2020).
  13. (en) « Malawi Women Protest in Defense of Embattled Election Chairperson », sur Voice of America (consulté le 4 février 2020).
  14. (en) « Malawi anxiously awaits verdict on alleged presidential election fraud », sur RFI, (consulté le 4 février 2020).
  15. a b et c « La Cour constitutionnelle du Malawi annule la présidentielle de 2019 », sur Le Point, (consulté le 4 février 2020).
  16. a b c et d (en) « Malawi top court annuls presidential election results », sur aljazeera.com, (consulté le 4 février 2020).
  17. (en) « Elections May 19 – The Nation Online », sur mwnation.com (consulté le 28 février 2020).