Élections législatives camerounaises de 2020
180 sièges de l'Assemblée nationale
Corps électoral et résultats
Inscrits 3 116 314
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
Rassemblement démocratique du peuple camerounais
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
Front social démocrate
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
Union nationale pour la démocratie et le progrès
Premier ministre
Sortant
Joseph Dion Ngute
RDPC

Les élections législatives camerounaises de 2020 ont lieu le 9 février 2020 afin de renouveler les 180 membres de l'Assemblée nationale du Cameroun, après plusieurs reports.

Le scrutin a lieu alors que le pays subit la menace des terroristes islamistes de Boko Haram dans l'extrême nord, tandis que l'ouest anglophone du pays, où la population s'estime marginalisée, est en proie à un conflit armé et à la répression.

Contexte

Le Cameroun, dirigé depuis 1982 par le président Paul Biya, est généralement considéré comme un régime autoritaire[1]. Les élections devaient initialement se dérouler en septembre 2018. Un premier report d'un an du scrutin a néanmoins lieu à la suite de la demande en ce sens du président Paul Biya invoquant un calendrier électoral chargé, le scrutin se conjuguant à une présidentielle et des municipales en octobre[2]. Le 2 juillet, les députés votent ainsi la prorogation d'un an de leur mandat à compter du 29 octobre 2018[3], de même que celui des conseillers municipaux[4],[5].

La préparation des élections a lieu dans un contexte d'importantes violences, le groupe djihadiste Boko Haram sévissant toujours dans l'extrême nord du pays tandis que les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest sont confrontées à une grave crise sociopolitique depuis fin 2016 qui s'est muée en conflit armé fin 2017. En 2018, les combats deviennent quasi quotidiens entre les forces de sécurité camerounaises et un groupe armé se proclamant « forces de restauration » du Cameroun du Sud, un État anglophone ayant brièvement vu le jour entre les deux guerres mondiales, sous mandat britannique. Selon le gouvernement, plus de 80 membres des forces de sécurité ont été tués dans ces combats. Plus de 600 personnes auraient été arrêtées depuis le début de la crise, selon des sources onusiennes[3]. Ces événements amènent à un nouveau report le 20 juillet, le parlement étant prolongé de deux mois à partir du 29 octobre. Les mandats des conseillers municipaux sont quant à eux prolongés jusqu'au 29 février 2020. Le gouvernement ayant à plusieurs reprises annoncé son intention de tenir les deux scrutins simultanément afin d'en réduire le coût, un nouveau report jusqu'en février de cette année est jugé très probable[6]. Comme attendu, le gouvernement annonce le 11 novembre 2019 l'organisation des deux scrutins pour le 9 février 2020[7].

Dans les zones anglophones de l'ouest du pays, c'est-à-dire les régions Sud-Ouest et Nord-Ouest, qui tentent de prendre leur indépendance au sein d'une autoproclamée République d'Ambazonie, les rebelles séparatistes promettent des représailles à ceux qui iraient voter. En réaction, le gouvernement central du Cameroun augmente ses effectifs militaires dans la zone[8]. Dans les deux semaines précédant les élections, selon Human Rights Watch, les séparatistes enlèvent plus d'une centaine de personnes dans les deux régions anglophones, tandis que les forces de sécurité du gouvernement central commettent de nombreux abus de pouvoir[8]. Le 7 février 2020, depuis sa cellule à la prison centrale de Yaoundé, Sisiku Julius Ayuk Tabe, président du gouvernement intérimaire autoproclamé d’Ambazonie, déclare qu’ils sont plus que jamais engagés dans une indépendance totale ou une résistance pour toujours[9]. Le jour du scrutin, les rebelles séparatistes empêchent l'accès aux urnes[8].

Les violences en zone anglophone se poursuivent après le scrutin. Ainsi, le 14 février 2020, 23 civils dont 15 enfants et 1 femme enceinte sont massacrés à Ntumbo, un village du Nord-Ouest[8]. L'opposition camerounaise (surtout le Mouvement pour la renaissance du Cameroun) et les ONG locales accusent l'Armée et le gouvernement central d'avoir perpétré le massacre[8]'[10]. Le 18 février, l'Armée camerounaise reconnaît sa responsabilité, avançant une explication controversée selon laquelle des soldats auraient été attaqués par 7 terroristes séparatistes, et que dans la contre-attaque les militaires auraient accidentellement déclenché un incendie responsable de la plupart des morts[10].

Mode de scrutin

L'Assemblée nationale est la chambre basse du parlement bicaméral du Cameroun. Elle est composée de 180 sièges pourvus pour cinq ans selon un mode de scrutin mixte alliant scrutin uninominal majoritaire à un tour et Scrutin de liste majoritaire avec listes bloquées et une dose de proportionnelle.

Le pays est ainsi découpé en quarante-neuf circonscriptions d'un ou plusieurs sièges. Les différents partis proposent dans chacune d'elles des listes comportant autant de candidats que de sièges à pourvoir.

Dans les circonscriptions uninominales, le candidat ayant recueilli le plus de voix est élu à la majorité relative. Dans les circonscriptions plurinominales, par contre, seule une liste ayant recueilli la majorité absolue des voix remporte la totalité des sièges. Si aucune liste n'atteint ce seuil, la liste arrivée en tête reçoit la moitié des sièges — arrondie à l'unité supérieure si besoin, et l'autre moitié est répartie entre les listes restantes ayant franchi un seuil électoral de 5 %, la répartition se faisant à la méthode du plus fort reste avec quotient de Hare[11]. Les listes sont bloquées, ni le vote préférentiel ni le panachage n'étant autorisés[12].

Campagne

Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) annonce dés 2019 boycotter le scrutin à venir, arguant que la situation dans la partie anglophone du pays ne permet pas la tenue du scrutin dans l'ensemble du pays. Le parti, qui avait obtenu un siège de député en 2013 aurait par ailleurs eu du mal à constituer des listes et à s'acquitter des cautions imposées par la loi électorale[13].

Résultats

Résultats des législatives camerounaises de 2020
Parti Votes % Sièges +/–
Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC)
Front social démocrate (FSD)
Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP)
Union démocratique du Cameroun (UDC)
Union des populations du Cameroun (UPC)
Mouvement pour la défense de la République (MDR)
Autres partis
Votes valides
Votes blancs et invalides
Total 100 180 Steady.svg
Abstention
Inscrits / participation 3 116 314

Notes et références

  1. « Au Cameroun, on ne change pas de Président après 36 ans », sur franceinter.fr, (consulté le 1er février 2020)
  2. « Cameroun: vers un report des élections législatives? », sur Le360 Afrique, (consulté le 1er février 2020)
  3. a et b « Cameroun - Élections législatives : pas de scrutin avant 2019 », sur Le Point, (consulté le 1er février 2020)
  4. « Cameroun : les élections municipales reportées d’un an », sur jeuneafrique.com, (consulté le 1er février 2020)
  5. « Cameroun : Paul Biya fait voter le report d'un an des législatives et des municipales », sur La Tribune, (consulté le 1er février 2020)
  6. « Cameroun : les législatives à leur tour reportées à 2020 », sur jeuneafrique.com, (consulté le 1er février 2020)
  7. « » Côte d’Ivoire-AIP/Inter/ Cameroun: les élections législatives et municipales fixées au 9 février », sur aip.ci (consulté le 6 décembre 2019).
  8. a b c d et e « Un village du Cameroun anglophone cible d'une attaque armée, 14 enfants tués », sur france24.com, (consulté le 17 février 2020)
  9. « Sisiku Ayuk Tabe, leader de l’Ambazonia emprisonné : « nous restons engagés pour l’indépendance totale ou la résistance pour toujours » », sur Actu Cameroun, (consulté le 9 février 2020)
  10. a et b César Creissels, « Questions après un massacre au Cameroun anglophone », sur lefigaro.fr, Le Figaro, (consulté le 18 février 2020)
  11. (en) « Cameroon », sur electionpassport.com (consulté le 1er février 2020)
  12. Code électoral
  13. « Cameroun: Le Mrc va boycotter les élections législatives et municipales du 9 février 2020 », sur koaci.com/, (consulté le 6 décembre 2019).