Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'organisation djihadiste. Pour le régime politique, voir État islamique.

État islamique
الدولة الإسلامية
Image illustrative de l’article État islamique (organisation)
Devise : La ilaha illa Allah
(« Il n’y a de dieu qu'Allah » ou « Point de divinité à part Dieu »)[1].

Idéologie Salafisme djihadiste, panislamisme, anti-chiisme, antioccidentalisme
Objectifs Établissement d'un califat dans le monde musulman et instauration de la charia.
Statut Actif
Fondation
Date de formation
Pays d'origine Irak
Fondé par Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla, terrorisme dont attentats-suicides et prise d'otages.
Zone d'opération Drapeau de l'Irak Irak
Drapeau de la Syrie Syrie
Drapeau de la Libye Libye[2],[3]
Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau du Liban Liban[4]
Drapeau du Nigeria Nigeria
Drapeau du Niger Niger
Drapeau du Tchad Tchad
Drapeau du Cameroun Cameroun
Drapeau de la Russie Russie[5]
Drapeau de l'Algérie Algérie[6]
Drapeau du Yémen Yémen[7]
Drapeau des Philippines Philippines
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite[7]
Drapeau de la Palestine Bande de Gaza[8],[9]
Drapeau de la Tunisie Tunisie[10]
Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Drapeau du Pakistan Pakistan
Drapeau du Mali Mali
Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso[11]
Drapeau de la Somalie Somalie
Drapeau du Bangladesh Bangladesh
Drapeau de l'Indonésie Indonésie
Drapeau de la France France
Drapeau de la Belgique Belgique[12]
Drapeau des États-Unis États-Unis[13]
Drapeau du Canada Canada[14]
Drapeau de l'Allemagne Allemagne[15]
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau du Danemark Danemark[16]
Drapeau de l'Inde Inde[17]
Drapeau du Kenya Kenya[18]
Drapeau de l'Australie Australie[19]
Drapeau de l'Iran Iran[20]
Drapeau d’Israël Israël[21]
Drapeau de l'Espagne Espagne[22]
Drapeau de la Jordanie Jordanie[23]
Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan[24]
Période d'activité Depuis 2006
Organisation
Chefs principaux Abou Omar al-Baghdadi (« émir » tué en 2010)
Abou Bakr al-Baghdadi (« calife » depuis le )
Membres En Irak et en Syrie :
~ 5 000 (en 2011)
11 000 à 13 000[25],[26] (en 2013)
20 000 à 100 000[27],[28],[29], (en 2014)
30 000 à 125 000[30],[31],[32](en 2015)
3 000 à 30 000[33],[34] (en 2017 et 2018)
Financement Contrebande de pétrole et de gaz naturel, impôts et racket, production de phosphate, vente de ciment, exploitation agricole, pillage de banques, pillages de sites archéologiques, rançons, trafic d'être humains, vente d'esclaves, donations privées[35],[36],[37]
Groupe relié Boko Haram
État islamique en Libye
Wilayat Sinaï
Jund al-Khilafah (2014-2015)
État islamique au Yémen
Armée Khalid ibn al-Walid
Maute
État islamique dans le Grand Sahara
Répression
Considéré comme terroriste par ONU[38] ;

Voir la section correspondante pour les pays à titre individuel

Guerre d'Irak
Guerre civile syrienne
Seconde guerre civile irakienne
Deuxième guerre civile libyenne
Insurrection de Boko Haram
Guerre d'Afghanistan
Insurrection du Sinaï
Insurrection djihadiste au Yémen
Guerre civile yéménite
Guerre de Somalie
Guérilla en Ciscaucasie
Conflit au Liban
Insurrection moro aux Philippines
Insurrection djihadiste en Tunisie
Guerre du Sahel

L'État islamique (en arabe الدولة الإسلامية, ad-dawla al-islāmiyya), abrégé en EI, est une organisation terroriste, militaire et politique, d'idéologie salafiste djihadiste ayant proclamé le l'instauration d'un califat sur les territoires sous son contrôle. De l'été 2014 à l'hiver 2017, il forme un proto-État en Irak et en Syrie où il met en place un système totalitaire. Son essor est notamment lié aux déstabilisations géopolitiques causées par la guerre d'Irak et la guerre civile syrienne.

Sa création remonte à 2006, lorsqu'Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres groupes djihadistes le Conseil consultatif des moudjahidines en Irak. Le , le Conseil consultatif proclame l'État islamique d'Irak (en abrégé EII ; en arabe الدولة العراق الإسلامية, ad-dawla al-ʿirāq al-islāmiyya), lequel se considère à partir de cette date comme le véritable État irakien.

En 2012, l'EII commence à s'étendre en Syrie et le , il devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL ; الدولة الاسلامية في العراق والشام, ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām, littéralement « État islamique en Irak et dans le Cham »), en anglais ISIS (Islamic State of Iraq and Sham), parfois désigné par ses opposants par l'acronyme arabe Daech (en arabe داعش, Dāʿiš, prononcé [ˈdaːʕiʃ ]) ou anglais Daesh. Le , l'EIIL annonce le « rétablissement du califat » dans les territoires sous son contrôle, prend le nom d'« État islamique » et proclame son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, « calife et successeur de Mahomet », sous le nom d'Ibrahim. Désormais rival d'Al-Qaïda, avec qui il est en conflit depuis janvier 2014, l'État islamique voit son influence s'étendre à plusieurs pays du monde musulman avec l'allégeance de nombreux groupes djihadistes ; les plus importants étant Boko Haram au Nigeria, Ansar Bait al-Maqdis dans le Sinaï égyptien et le Majilis Choura Chabab al-Islam en Libye. Il apparait également en Afghanistan où il tente de supplanter les talibans. À partir de 2015, l'État islamique mène des attentats jusqu'en Europe et en Amérique du Nord.

En Irak et en Syrie, l'État islamique atteint son expansion territoriale maximale en 2014 et 2015 avec la prise de nombreuses villes comme Falloujah, Raqqa, Manbij, Boukamal, Mossoul, Tall Afar, Al-Qaim, Tikrit, Hit et Ramadi. À partir de 2015, avec une première défaite symbolique à Kobané, l'EI commence à perdre tout ou partie de ses conquêtes (sa « capitale » Mossoul est reprise par les forces irakiennes en juillet 2017, tandis qu'elle perd définitivement Raqqa en octobre de la même année) sous la pression de ses nombreux adversaires : les forces armées des gouvernements de l'Irak et de la Syrie, les rebelles syriens, les milices chiites parrainées par l'Iran, les peshmergas du GRK, les groupes kurdes des YPG et du PKK et diverses autres milices. À partir de , une coalition internationale de vingt-deux pays menée par les États-Unis procède à une campagne de frappes aériennes contre l'EI. La Russie est intervenue à son tour en Syrie en . En novembre 2017, l'État islamique perd ses dernières villes d'importance en Irak et en Syrie.

L'État islamique est classé comme organisation terroriste par de nombreux États et est accusé par les Nations unies, la Ligue arabe, les États-Unis et l'Union européenne d'être responsable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de nettoyage ethnique et de génocide. Il pratique également la destruction de vestiges archéologiques millénaires dans les territoires qu'il contrôle.

Histoire

Origine et création

Selon le quotidien britannique The Guardian, citant une source anonyme, c'est derrière les murs de la prison américaine de Camp Bucca située près du port d'Umm Qasr, perdue dans le désert irakien, que les futurs leaders de l'organisation ont ébauché leur réseau à partir de 2004, en inscrivant les coordonnées de leurs codétenus sur l'élastique de leurs boxers aux fins de reprise de contact à leur sortie de prison en 2009[39],[40],[41]. Richard Barret, spécialiste du contre-terrorisme, analyse que l'enfermement favorisant la radicalisation, de hauts gradés baasistes de l’armée de Saddam Hussein se sont retrouvés aux côtés de terroristes chevronnés d’Al-Qaïda et les deux groupes, s’ils ont des méthodes différentes, se sont découvert une communauté d’intérêt et se sont échangé leurs compétences[42].

L'État islamique d'Irak est créé le [43],[44] par le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak (une alliance de groupes armés djihadistes dont fait partie Al-Qaïda en Irak) et cinq autres groupes djihadistes irakiens[45], avec une trentaine de tribus sunnites représentant environ 70 % de la population de la province d'al-Anbar (ouest de l'Irak)[46].

Progressivement, la branche irakienne d'Al-Qaïda est absorbée dans l'État islamique ; son chef, Abou Hamza al-Mouhajer, prête d'ailleurs serment d'allégeance à Abou Omar al-Baghdadi, émir de l'État islamique d'Irak. En 2007, Ayman al-Zaouahiri annonce qu'« Al-Qaïda en Irak n'existe plus ». Les combattants de ce mouvement ont rejoint pour la plupart l'État islamique d'Irak[47],[48].

Le , l'EII devient l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou État islamique en Irak et al-Sham (EIIS)[49],[note 1] (arabe : الدولة الاسلامية في العراق والشام, « ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām »)[50], parfois désigné par l'acronyme anglais ISIS[51],[52] ou par l'acronyme arabe Daech / Daesh (داعش), principalement par les opposants à l'EI[53],[54],[55].

Rupture avec Al-Qaïda en 2013 et 2014

Les relations entre l'État islamique et Al-Qaïda, dirigé depuis la mort d'Oussama ben Laden par Ayman al-Zawahiri, ont évolué depuis la création de l'organisation en 2006. Initialement liés, les deux mouvements sont devenus rivaux.

Le , Abou Bakr al-Baghdadi déclare que le Front al-Nosra est une branche de l'État islamique d'Irak en Syrie et annonce la fusion de l'EII et du Front al-Nosra pour former l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cependant, le chef d'al-Nosra, Abou Mohammad al-Joulani, bien qu'il reconnaisse avoir combattu en Irak sous les ordres d'al-Baghdadi puis avoir bénéficié de son aide en Syrie, ne répond pas favorablement à l'appel de celui-ci et renouvelle son allégeance à Ayman al-Zawahiri, émir d'Al-Qaïda[47].

En et en , Ayman al-Zawahiri demande à l'EIIL de renoncer à ses prétentions sur la Syrie, estimant qu'Abou Bakr al-Baghdadi « a fait une erreur en établissant l'EIIL » sans lui en avoir demandé la permission ni même l'avoir informé. Il annonce que « l'État islamique en Irak et en Syrie va être supprimé, alors que l'État islamique en Irak reste opérationnel ». Pour al-Zawahiri, le Front al-Nosra demeure la seule branche d'Al-Qaïda en Syrie[56].

À son tour, al-Baghdadi rejette les déclarations d'al-Zawahiri[47]. En réalité, l'EIIL se considère comme un État indépendant et ne souhaite prêter aucune allégeance à Al-Qaïda, ni à aucune autre structure[48].

D'autres divergences opposent Al-Qaïda et l'EIIL : les premiers considèrent que le djihad doit être mené prioritairement contre les États-Unis, Israël, les pays occidentaux et leurs alliés régionaux, alors que de son côté, depuis le départ des Américains d'Irak, l'EIIL considère que l'ennemi principal est désormais l'Iran et les chiites[47].

En 2014, Al-Qaïda et l'EIIL entrent en conflit direct. Le , les rebelles syriens se révoltent contre l'EIIL, et le Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, prend part à l'offensive, principalement à Raqqa. Abou Mohammed al-Joulani, le chef d'al-Nosra, estime que l'EIIL a une forte responsabilité dans le déclenchement du conflit mais appelle à un cessez-le-feu[57]. Cependant, le 11 ou le 12 janvier, à Raqqa, l'EIIL exécute 99 prisonniers membres du Front al-Nosra et d'Ahrar al-Sham selon l'OSDH[58],[59].

Le , Al-Qaïda publie un communiqué dans lequel il condamne les actions de l'EIIL et confirme que ce mouvement « n'est pas une branche d'Al-Qaïda, n'a aucun lien organisationnel » avec eux et qu'il « n'est pas responsable de ses actions »[60].

Le , Ayman al-Zaouahiri appelle à un « arbitrage indépendant en vertu de la loi islamique » afin de mettre fin aux combats qui opposent en Syrie l'État islamique en Irak au Levant et le Front al-Nosra. Selon Romain Caillet, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient et spécialiste de la mouvance salafiste, le projet soutenu par al-Zaouahiri aurait pour conséquence de former une seule instance juridique, placée au-dessus de toutes les autres. L'autorité de l'EIIL, sur les territoires qu'il contrôle, serait alors dissoute. C'est la principale raison pour laquelle l'EIIL, qui se voit comme un véritable État, refuse cette solution et préfère celle dite des « tribunaux conjoints », où le jury serait composé pour moitié de membres de l'EIIL et pour l'autre de la brigade plaignante[61].

Le , Ayman al-Zaouahiri donne l'ordre au Front al-Nosra de cesser de combattre d'autres groupes djihadistes et de « se consacrer au combat contre les ennemis de l'islam, en l'occurrence les baasistes, les chiites et leurs alliés ». Il appelle également Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'EIIL, à se concentrer sur l'Irak[62]. Ces instructions ne sont pas suivies : à cette même période, la bataille d'Al-Busayrah s'engage entre Al-Nosra et l'EIIL, près de Deir ez-Zor[63].

Le 12 mai, Abou Mohammed al-Adnani, chef de l'EIIL en Syrie, qualifie les messages de Ayman al-Zaouahiri de « déraisonnables, irréalistes et illégitimes ». Il déclare à ce dernier dans un enregistrement : « Vous avez provoqué la tristesse des moudjahidines et l'exultation de leur ennemi en soutenant le traître (Abou Mohammad al-Joulani, chef d'al-Nosra). Le cheikh Oussama (c'est-à-dire : Oussama ben Laden, ancien chef d'Al-Qaïda) avait rassemblé tous les moudjahidines avec une seule parole, mais vous les avez divisés et déchirés. […] Vous êtes à l'origine de la querelle, vous devez y mettre fin[64]. »

Proclamation d'un califat en 2014

Carte des territoires contrôlés par l'organisation en mai 2015.

Le , premier jour du ramadan, l'État islamique en Irak et au Levant annonce l'établissement d'un califat sur les territoires syriens et irakiens qu'il contrôle. L'émir Abou Bakr al-Baghdadi est proclamé calife sous le nom d'Ibrahim et l'organisation prend le nom d'État islamique (EI)[65]. L'EI se revendique comme le successeur des précédents califats, le dernier calife, Abdülmecid II, ayant été déposé en 1924 lorsque la Grande assemblée nationale de Turquie abolit le Califat[66]. Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole de l'EI, déclare qu'il est du « devoir » de tous les musulmans du monde de prêter allégeance au nouveau calife Ibrahim : « Musulmans (...) rejetez la démocratie, la laïcité, le nationalisme et les autres ordures de l'Occident. Revenez à votre religion »[67].

Selon Charles Lister, chercheur associé au Brookings Doha Centre : « D'un point de vue géographique, l'État islamique est déjà parfaitement opérationnel en Irak et en Syrie. Il est en outre présent — mais caché — dans le sud de la Turquie, semble avoir établi une présence au Liban, et a des partisans en Jordanie, à Gaza, dans le Sinaï, en Indonésie, en Arabie saoudite et ailleurs »[67]. Pour Shashank Joshi, du Royal United Services Institute à Londres, la proclamation du califat « ne change rien matériellement », mais « ce qui change réellement c'est (...) l'ambition » de l'État islamique, qui montre sa confiance dans sa force et défie Al-Qaïda[67].

Par cette proclamation l'EI tient à montrer sa puissance et menace le pouvoir d'Al-Qaïda sur les mouvements armés djihadistes salafistes. Pour Charles Lister : « Tous les groupes liés à Al-Qaïda et les mouvements djihadistes indépendants vont devoir décider s'ils soutiennent l'État islamique ou s'ils s'opposent à lui »[68]. Dans un communiqué, l'EI ordonne à Al-Qaïda et aux groupes armés islamistes de se soumettre à son autorité[66]. Plus généralement, l'EI déclare qu'Abou Bakr al-Baghdadi est devenu le « chef des musulmans partout » dans le monde[69].

Selon Henry Laurens, historien du monde arabe au Collège de France, ce califat est de l'ordre de l’« invention de la tradition » au sens où il « est aussi imaginaire que la façon dont Hollywood représente le Moyen Âge […] on est en plein imaginaire de seconde zone […] puisque ça n'a rien à voir avec la réalité historique du califat »[70].

Coalition contre l'État islamique en Irak et en Syrie

Frappes aériennes américaines et alliées le dans le Nord de la Syrie.

Le , les États-Unis interviennent à nouveau en Irak en engageant leurs forces aériennes contre l'EI dans le Kurdistan irakien[71]. À partir de septembre, la France, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, le Maroc et l'Italie engagent leurs aviations et des forces spéciales en Irak.

La nuit du 22 au 23 septembre, soit quelques semaines après les premières frappes en Irak, les forces aériennes américaines, de l'Arabie saoudite, de la Jordanie des Émirats arabes unis, du Qatar et de Bahreïn commencent en urgence une campagne de bombardements contre l'État islamique en Syrie[72].

Par la suite, la Russie a dit vouloir monter une coalition contre Daech. Toutefois les États parties prenantes ont des intérêts divergents, notamment sur des points politiques tel que le départ de Bachar al-Assad.

À la suite des attentats de Paris du mais aussi de Beyrouth et d'autres, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte à l'unanimité le 20 novembre une résolution proposée par la France dans laquelle il appelle tous les États qui le peuvent à lutter contre Daech (EIIL). Par cette résolution, le Conseil demande aux « États qui ont la capacité de le faire » de mettre un terme aux actes de terrorisme commis par Daech, Front al-Nosra et Al-Qaïda et d'éliminer le sanctuaire qu'ils ont créé ». Il invite les États à « intensifier leurs efforts pour endiguer le flux de combattants terroristes étrangers qui se rendent en Iraq et en Syrie et empêcher et éliminer le financement du terrorisme »[73].

Évolution territoriale

Carte des actuelles guerres en Irak et en Syrie, y compris son extension aux frontières du Liban.
  •      Territoire contrôlé par le gouvernement irakien
  •      Territoire contrôlé par le gouvernement syrien
  •      Territoire contrôlé par le gouvernement libanais
  •      Territoire contrôlé par le Hezbollah
  •      Territoire contrôlé par l'État islamique
  •      Territoire contrôlé par le Front al-Nosra/Front Fatah al-Cham, puis le Hayat Tahrir al-Cham
  •      Territoire contrôlé par les rebelles syriens
  •      Territoire contrôlé par les Forces démocratiques syriennes
  •      Territoire contrôlé par les Peshmergas kurdes irakiens

Dès 2014, l'État islamique (EI ou Daesh) appelle tous les autres mouvements djihadistes à lui prêter allégeance. L'EIIL fait aussi de la grande ville de Mossoul, à l'est de l'Irak, une sorte de capitale religieuse et intellectuelle[réf. nécessaire] alors que la ville de Raqqa (chef-lieu de province dans le centre de la Syrie) devient sa capitale politique et militaire implantée au sein des territoires syriens nouvellement conquis[74].

Selon le géographe Patrick Poncet, il ne convient de représenter la cartographie de Daesh « ni comme une grande zone uniforme entre Syrie et Irak, ni par un territoire formé de provinces ». Cet espace ressemble davantage à la représentation qu'en fait le journal Le Monde[note 2] : un « écheveau ténu de traits réunissant un petit nombre de bourgades aux confins de la Syrie et de l’Irak », comme un « rhizome, c'est-à-dire le tout début de la territorialisation d’un réseau, car c'est bien là qu'est l’enjeu spatial de ce qui se joue dans cette zone de la planète : le réseau des terroristes du Moyen-Orient peut-il muter et se transformer en un territoire ? »[75].

Pour contrer les offensives kurdes et les bombardements occidentaux, les djihadistes de l'État islamique se redéploient périodiquement. Ils laissent la gestion administrative et policière des villes et villages conquis à des personnalités locales sunnites et à des administrateurs civils formés et compétents. Les militaires djihadistes nomadisent aux frontières d'un territoire conquis étendu à son maximum à la taille du Royaume-Uni (soit environ 40 % de l'Irak, pour 170 000 km2, et 33 % de la Syrie, pour 60 000 km2). Leurs camps d'entraînement se déplacent sans cesse. Ils ont aussi évacué et éparpillé les dépôts d'armes de certaines de leurs bases militaires, notamment de la province d'Idleb (nord-ouest de la Syrie), selon l'OSDH[76]. Se déplaçant par petits groupes d'un front vers un autre, selon les besoins, les combattants de Front islamique sont ainsi difficiles à repérer et à cibler.

L'État islamique cesse son expansion en Irak et en Syrie pour connaître une phase de recul à partir de l'année 2015. Selon l'IHS Conflict Monitor, de janvier 2015 à mars 2016, l'EI perd 22 % de son territoire dans ces deux pays[77]. Dans une étude publiée le , le cabinet d'analyse britannique IHS Markit estime qu'en deux ans, l'État islamique à perdu un tiers de son territoire passant d'environ 91 000 km2 à 60 000 km2 [78].

Au mois de septembre 2017, selon le géographe Fabrice Balanche, l'EI ne contrôlerait plus que 15 % du territoire syrien, soit trois fois moins que les zones gouvernementales (50 %) et moins également que les forces FDS arabo-kurdes (23 %)[79]. L'EI ne contrôlerait également plus que 10 % du territoire irakien après la perte de la deuxième ville du pays, Mossoul[80]. À la fin de l'été 2017, l'emprise de l'organisation djihadiste ne se limiterait essentiellement plus qu'aux zones désertiques situées à la frontière irako-syrienne (gouvernorat syrien de Deir ez-Zor et province irakienne d'Al-Anbar), ainsi que quelques poches disparates : Raqqa (40 % de la ville), la Badiya (zone ouest du désert syrien), la région de Tasil et des faubourgs au sud de Damas en Syrie ; Hawija en Irak. Le mardi , Raqqa, l'ancienne capitale proclamée de l'organisation est reprise par les forces démocratiques syriennes (arabo-kurdes) ne laissant plus à Daech que quelques poches à Deir ez-Zor ou Boukamal[81]. Deir ez-Zor est entièrement reconquise par l'armée syrienne, appuyée par l'aviation russe, le 2 novembre[82].

Le , dans un communiqué publié après une réunion en Jordanie, Brett McGurk, l’envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale, estimait que l'EI avait perdu 95 % des territoires qu’il contrôlait en Irak et en Syrie depuis la constitution de cette coalition en 2014, ajoutant que plus de 7,5 millions de personnes avaient été libérées de l'emprise de cette organisation depuis cette date[83].

Situation en Irak

Un drapeau de l'État islamique d'Irak, capturé par des militaires américains en décembre 2010, au cours de la guerre d'Irak.

Selon The New York Times qui se base sur la Global Terrorism Database, de 2004 à 2013, l'État islamique aurait commis 1 452 attentats en Irak, dont 51 en 2004, 58 en 2005, 5 en 2006, 56 en 2007, 62 en 2008, 78 en 2009, 86 en 2010, 34 en 2011, 603 en 2012 et 419 en 2013[84].

Jusqu'en 2011, l'ambition de l'État islamique d'Irak provoque toutefois des tensions et des affrontements avec d'autres groupes armés rebelles comme les Brigades de la révolution de 1920, Ansar al-Sunnah, ou l'Armée islamique en Irak[85]. Un bref cessez-le-feu annoncé en avec l'Armée islamique en Irak s'est ainsi dissout à la suite d'affrontements dans la région de Samarra (125 km au nord de Bagdad) en octobre et [86]. En 2007, plusieurs dirigeants de l'Armée islamique se seraient même alliés avec le Pentagone, pour contrer l'influence de l'État islamique d'Irak[87]. Mais ce sont surtout les Sahwa, des milices sunnites formées fin 2006, constituées en grande partie d'anciens insurgés et financées par les États-Unis et l'Arabie saoudite, qui contribuent à marginaliser l'État islamique d'Irak et à instaurer à partir de 2009 une relative accalmie en Irak, surtout dans la province d'Al-Anbar qui était la région où l'insurrection sunnite était la plus forte et où les violences baissent le plus sensiblement[88],[89],[90].

Le , Abou Omar al-Baghdadi émir de l'État islamique en Irak, est tué par les forces américaines et irakiennes, ainsi que Abou Hamza al-Mouhajer, ancien chef d'Al-Qaïda en Irak devenu ministre de la guerre de l'État islamique. Le , l'émir Abou Bakr al-Baghdadi al-Husseini al-Qurashi prend la tête de cette organisation[47],[91].

Pour la période entre et , l'État islamique (EIIL) publiera le , un rapport de 400 pages sur ses opérations en Irak : il y revendique notamment 1 083 assassinats, 4 465 explosions d'engins piégés, huit villes conquises et plusieurs centaines de prisonniers délivrés[92].

Carte des premières villes conquises (en noir) par l'État islamique en Irak et au Levant dans le nord-est irakien (à fin 2013 et début 2014).

À fin 2013, la politique sectaire du premier ministre chiite Nouri al-Maliki provoque peu à peu l'insurrection de tribus sunnites d'Irak (celles de la province d'Al-Anbar en premier)[93]. L'État islamique en Irak et au Levant ainsi soutenu militairement par des tribus sunnites peut accroitre sa progression territoriale en direction des régions pétrolières et même de la capitale Bagdad. Bon nombre de sunnites, exaspérés par les exactions commises par l'armée irakienne, accueillent les djihadistes de l'EI en libérateurs[94].

Dès 2014, l'État islamique s'empare de plusieurs zones stratégiques en Irak dont le fief sunnite symbolique et martyr de Falloujah[95] qui est conquis dès le 4 janvier. Suivront plusieurs zones telles qu'Al-Boubali, Garma, Khaldiyah et Ramadi. Le 19 janvier, Abou Bakr al-Baghdadi appelle les insurgés à progresser au sud vers la capitale Bagdad et à avancer à l'est sur Mossoul[96].

Le , Mossoul, ville de près de deux millions d'habitants est prise et contrôlée[97]. Dans la foulée, c'est ensuite la région de Kirkouk, riche en gisements pétroliers qui est directement menacée[98]. Selon le professeur de sciences politiques Aziz Jabr, cette progression rapide pourrait avoir été facilitée par l'infiltration de rebelles au sein des forces armées[99]. Une bonne partie des 500 000 réfugiés civils, ainsi que 10 000 militaires irakiens, trouvent refuge au Kurdistan irakien, dont le territoire est sous la garde des kurdes Peshmergas[100],[101].

Puis le , l'EIIL s'empare de l'ouest de la province de Kirkouk, et du nord de la province de Salah ad-Din. Les insurgés prennent également Al-Qa'im et son poste-frontière. Le 23, c'est Tall Afar qui tombe[102],[103].

L'éventualité d'une partition à terme de l'Irak est alors évoquée. Michael Hayden, directeur de la NSA de 1999 à 2005, puis de la CIA de 2006 à 2009, déclare ainsi le  : « Avec la conquête par les insurgés de la majeure partie du territoire sunnite, l’Irak a déjà pratiquement cessé d’exister. La partition est inévitable »[104]. Massoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan irakien, envisage pour sa part de soumettre à référendum l'indépendance de la région[105].

Le , et au terme de plus d'une année d'affrontements, l'EI conquiert Ramadi à quelques centaines de kilomètres de Bagdad, malgré les bombardements aériens de la coalition anti-EI et la présence au sol de l'armée irakienne[106]. En mai, toujours, l'EI consolide son emprise sur la frontière entre la Syrie et l'Irak[107].

Article détaillé : Bataille de Tikrit.


La situation évolue quelque peu et l'EIIL perd du terrain en Irak. En raison des nombreuses frappes de la coalition (près de 3 244 frappes aériennes depuis août 2014), aux milices chiites et aux Forces Irakiennes, l'EI a perdu près de 30 % de terrain en Irak depuis son apogée en août 2014 et a notamment perdu, le , Tikrit, ville symbole puisque fief de Saddam Hussein[108].

Le , les peshmergas kurdes lancent une offensive[109] au nord de l'Irak et s'emparent de Sinjar, coupant ainsi la route reliant Mossoul au reste des territoires sous contrôle de l'EI. Le recul de l'EI sur le terrain militaire est confirmé le par la reprise de la ville de Ramadi, chef-lieu de la province d'Al-Anbar, par l'armée irakienne.

En 2016, le porte-parole du Pentagone Peter Cook estime que l’État Islamique a perdu 45 % des territoires qu'il contrôlait en Irak depuis sa grande offensive en 2014[110].

Article détaillé : Bataille de Falloujah (2016).

Le 22 mai, l'armée irakienne lance l'offensive contre Falloujah ; après plus d'un mois de combats et plusieurs milliers de morts, la ville est reprise le 26 juin[111].

Le samedi 9 décembre 2017, Haïdar al-Abadi, Premier ministre irakien, annonce une « victoire » contre l'État islamique et informe que la guerre contre l'EI en Irak est finie[112]. Cependant l'EI aurait encore, selon les experts, des armes et des caches dans les zones désertiques du pays[113],[114].

Situation en Afghanistan

Entre 2014 et 2018, l'Etat Islamique connaît de lourdes pertes en Afghanistan, avec quatre responsables tués, dont Saad Arhabin, lors d'un raid aérien conjoint des forces afghanes et américaines le 26 août 2018[115].

Situation en Syrie

Article principal : Guerre civile syrienne.

2013

À partir de 2013, l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) intervient dans la guerre civile syrienne. De nombreux combattants d'al-Nosra et la plupart des djihadistes étrangers rallient rapidement le mouvement[47] qui s'implante dans le centre-est du pays, en particulier à Jerablus et Raqqa. Il disposerait à ses débuts en Syrie de 7 000 hommes[47].

En Syrie, les forces de l'État islamique en Irak et au Levant sont commandées par Abou Mohammed al-Adnani[116]. Un autre chef important, l'Irakien Chaker Wahiyib al-Fahdaoui combat également en Syrie, sa présence étant révélée en août 2013 après la publication d'une vidéo où il exécute à visage découvert trois chauffeurs routiers alaouites[117]. En , un combattant d'Ahrar al-Sham aurait été décapité par des djihadistes de l'EIIL qui l'auraient pris pour un chiite. Le porte-parole du mouvement présentera ses excuses[118].

2014

L'année 2014 marque le début des conquêtes de l'État islamique en Syrie et sa rupture complète avec la rébellion syrienne. L'assassinat le d'un commandant d'Ahrar al-Cham par des djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant déclenche deux jours plus tard un conflit général entre l'organisation djihadiste et les rebelles[119],[120],[121],[122]. Dans l'ouest du gouvernorat d'Alep et le gouvernorat d'Idleb, les rebelles ont l'avantage : l'EIIL est chassé d'Alep le 8 janvier, puis de Tall Rifaat le 14, avant d'abandonner Azaz, Marea et la base aérienne de Menagh le 28 février[123],[124],[122],[125]. En revanche, l'État islamique prend l'ascendant dans le gouvernorat de Raqqa et l'est du gouvernorat d'Alep[125] : les rebelles sont repoussés à Tall Abyad le 12 janvier, à Raqqa le 13 et à Jerablus le 17[126],[122],[126],[127],[128]. Ces combats font des milliers de morts en quelques semaines et de nombreuses exécutions sommaires sont commises ; les djihadistes du Front al-Nosra, affiliées à al-Qaïda, qui sont capturés par l'EIIL ne sont pas épargnés[125],[126]. Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole de l'EIIL, appelle alors ses hommes à anéantir les rebelles et déclare à ces derniers : « Aucun de vous ne survivra, et nous ferons de vous un exemple pour tous ceux qui pensent suivre le même chemin ». Le mouvement se considère désormais également en guerre contre le Conseil national syrien : « Chaque membre de cette entité est une cible légitime pour nous, à moins qu'il ne déclare publiquement son refus de […] combattre les moudjahidines »[129].

Les combats entre l'EIIL et le rebelles se poursuivent ensuite dans l'est. Début , l'EIIL est chassé temporairement du gouvernorat de Deir ez-Zor par le Front Al-Nosra, le Front islamique et d'autres brigades rebelles unies[130]. Mais le 30 avril, l'EIIL lance depuis Raqqa une contre-offensive générale sur le gouvernorat de Deir ez-Zor[131],[132] : le 25 juin, les djihadistes se rendent maîtres de Boukamal[133] ; le 3 juillet, ils prennent Mayadine et le champ pétrolier d'al-Amr[134],[135] et le 14 juillet, le Front al-Nosra et Ahrar al-Cham abandonnent leurs positions dans la ville de Deir ez-Zor[136]. L'État islamique contrôle alors la totalité du gouvernorat de Deir ez-Zor, à l'exception de la partie ouest de la ville de Deir ez-Zor qui reste tenue par les forces loyalistes assiégées[136].

En juillet en août, parallèlement aux combats à Deir ez-Zor, l'État islamique inflige également d'importants revers aux forces du régime syrien dans le centre du pays : le 24 juillet, les djihadistes prennent d'assaut la base de la division-17 au nord de Raqqa[137] ; le 8 août, ils s'emparent de la base de la brigade 93 à Aïn Issa[138] ; le 24 août, la base aérienne de Tabqa tombe à son tour[139],[140]. Au terme de ces combats, le gouvernorat de Raqqa est alors entièrement contrôlé par l'État islamique[139].

Le , l'État islamique passent ensuite à l'offensive contre les forces kurdes des YPG : ils prennent près de 400 villages en deux semaines, pénètrent dans la ville le 6 octobre et s'emparent de son centre quatre jours plus tard[141],[142]. Cependant la coalition internationale menée par les États-Unis lance ses premières frappes aériennes en Syrie dans la nuit du 22 au 23 septembre, après avoir débuté celles en Irak le 8 août[143]. Dans la nuit du 23 au 24 septembre, elle bombarde pour la première fois les djihadistes dans la région de Kobané ; son intervention change le cours de la bataille[144],[145],[146]. En octobre et novembre, les Kurdes parviennent à contenir l'avancée de l'État islamique ; puis, en décembre ils commencent à regagner du terrain[147],[148]. Le 26 janvier 2015, les YPG reprennent le contrôle total de Kobané[146],[149]. L'État islamique, qui commençait à bénéficier d'une réputation d'invincibilité, subit alors sa première grande défaite[150].

2015

En 2015, l'État islamique commence à subir d'importants revers. Le 26 janvier, ses troupes se retirent de Kobané[146]. Puis, dans le gouvernorat d'Hassaké, les Kurdes des YPG lancent le 21 février une offensive dans la région de Tall Hamis, à l'est de la ville d'Hassaké[151], à laquelle les djihadistes répondent deux jours plus tard par une autre offensive dans la région de Tall Tamer, à l'ouest d'Hassaké[152]. L'État islamique est cependant battu sur les deux fronts : soutenus par les forces aériennes de la coalition, les Kurdes s'emparent de Tall Hamis le 27 février[153], avant de chasser les djihadistes de la région de Tall Tamer le 27 mai[154]. L'État islamique repart alors à l'attaque le 30 mai, en attaquant cette fois directement la ville d'Hassaké, contrôlée au sud par le régime syrien et au nord par les Kurdes[155]. Les djihadistes lancent une succession d'assaut : ils entrent dans la ville le 5 juin[156], avant d'en être repoussé le 7[157], puis ils relancent l'offensive le 24, enfoncent les défenses du régime syrien et entrent de nouveau dans la ville[158]. L'intervention des Kurdes des YPG finit cependant par repousser définitivement les djihadistes hors des murs de la ville le 28 juillet[159].

Pendant ce temps, les Kurdes progressent également dans le gouvernorat de Raqqa : ils prennent Tall Abyad, ce qui leur permet de faire la jonction entre leurs forces de Kobané et celle d'Hassaké[160]. Les Kurdes commencent ensuite à se rapprocher de Raqqa en s'emparant d'Aïn Issa le 23 juin[161] et de Sarrine le 27 juillet[162]. Enfin en octobre, les YPG et plusieurs groupes rebelles syriens se rassemblent au sein des Forces démocratiques syriennes[163]. En novembre, cette alliance remporte une nouvelle victoire contre les djihadistes à al-Hol, au sud-est d'Hassaké[164] ; puis le 26 décembre, elle s'empare du barrage de Tichrin, sur l'Euphrate[165].

En difficulté contre les Kurdes en raison du soutien aérien apporté à ces derniers par la coalition, l'État islamique continue cependant de progresser sur d'autres fronts. En avril, il apparaît dans la banlieue sud de Damas en prenant aux rebelles la majeure partie du quartier de Yarmouk, ce qui lui permet d'établir une poche aux abords de la capitale[166]. Mais surtout, les djihadistes réalisent une vaste avancée face aux troupes du régime syrien dans le gouvernorat de Homs : du 13 au 21 mai, ils mènent une offensive qui leur permet de s'emparer des villes d'Al-Soukhna, de Tadmor et du site de Palmyre[167] ; puis le 6 août, ils s'emparent d'Al-Qaryatayn, au sud-est de Homs[168].

Articles détaillés : Bataille de Suran et Bataille de Marea (2015).

Enfin dans le nord du gouvernorat d'Alep, l'État islamique mène contre l'Armée syrienne libre plusieurs offensives entre mai et septembre près d'Azaz et Marea ; les djihadistes réalisent quelques gains mais ne parviennent pas à s'emparer de ces deux villes[169],[170].

2016

En 2016, les Forces démocratiques syriennes soutenues par la coalition continent de progresser contre l'État islamique. Elles remportent en février une première victoire à Al-Chaddadeh, dans le gouvernorat d'Hassaké avant de concentrer leur forces dans l'est du gouvernorat d'Alep[171]. Le 31 mai, les FDS franchissent l'Euphrate à Sarrine et Tichrine[172], encerclent la ville le Manbij le 10 juin[173] et s'en emparent le 12 août[174]. L'armée turque et l'Armée syrienne libre lancent alors une offensive depuis la Turquie, baptisée Bouclier de l'Euphrate : elles commencent par prendre Jarablus le 24 août, puis progressent en direction d'al-Bab qu'elles espèrent prendre à l'État islamique avant les FDS[175],[176]. Le 4 septembre, l'État islamique perd son dernier village sur la frontière turque[177]. Le 6 novembre, les FDS lancent ensuite une grande offensive visant à s'emparer de Raqqa, la plus importante ville contrôlée par l'État islamique en Syrie[178]. Pendant ce temps la situation n'évolue guère sur les lignes de front entre le régime syrien et l'État islamique : en février les loyalistes repoussent les djihadistes à Khanasser[179], puis ils reprennent Palmyre le 27 mars[180] et Al-Qaryatayn le 3 avril[181] ; mais en juin, l'État islamique repousse une offensive du régime à Tabqa[182] avant de reprendre Palmyre pour la seconde fois le 11 décembre[183].

2017

Batiments de Raqqa détruits par les combats en 2017.

En 2017, l'État islamique s'effondre en Syrie. Le , dans le gouvernorat d'Alep, l'armée turque et les rebelles de l'Armée syrienne libre commencent par reprendre al-Bab, après plus de deux mois de combats[184]. De leur côté, les Forces démocratiques syriennes soutenues par la coalition continuent de progresser dans le gouvernorat de Raqqa : le 10 mai, elles prennent Tabqa et son barrage[185] ; le 6 juin, elles entrent dans Raqqa et s'en emparent en totalité le 17 octobre[186],[187]. Le régime syrien passe également à l'offensive dans les régions désertiques de la Badiya avec le soutien de la Russie, du Hezbollah et des milices chiites irakiennes et afghanes parrainées par l'Iran : le 2 mars, les loyalistes commencent par reprendre Palmyre[188] ; le 12 août, ils reprennent Al-Soukhna[189] ; le 5 septembre, ils brisent le siège de Deir ez-Zor[190] ; puis Mayadine est reprise le 14 octobre[191]. Après avoir été assiégée pendant plusieurs années, la ville de Deir ez-Zor est entièrement reconquise par le régime le 2 novembre[192]. Les forces du régime syrien et les Forces démocratiques syriennes se livrent ensuite à une course de vitesse pour s'emparer du gouvernorat de Deir ez-Zor : les premiers prennent le contrôle de la rive ouest de l'Euphrate et les seconds de la rive est[193],[194]. Boukamal, la dernière ville d'importance tenue en Syrie par l'État islamique est prise le 19 novembre par le Hezbollah et l'armée syrienne[194]. L'État islamique ne contrôle alors plus sur le territoire syrien que quelques petites poches dispersées[195].

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2018

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Article détaillé : Offensive de la poche d'Idleb.

En Syrie, l'État islamique réapparaît le 9 octobre 2017 dans le nord gouvernorat de Hama : repoussé par l'armée syrienne lors de l'offensive de la Badiya, plusieurs centaines de djihadistes attaquent des villages rebelles après avoir traversé les zones tombées aux mains du régime syrien[196]. Puis le 9 décembre, les hommes de l'EI reprennent pied dans le gouvernorat d'Idleb pour la première fois depuis près de quatre ans[197]. La poche formée par les forces de l'EI tombe cependant en février 2018 sous les attaques de l'armée syrienne d'une part et d'Hayat Tahrir al-Cham d'autre part[198],[199].

Le 19 mai 2018, l'État islamique perd une autre petite poche tenue depuis 2015 à Yarmouk, au sud de Damas[200]. Les djihadistes acceptent d'abandonner Yarmouk au régime et sont en échange évacués vers l'Est[201]. Ils forment une nouvelle poche dans le gouvernorat de Soueïda, d'où ils lancent des attaques contre les Druzes[201].

Article détaillé : Offensive de Deraa.

Dans le sud-est du gouvernorat de Deraa, la poche tenue par l'Armée Khalid ibn al-Walid, affilié à l'EI, est également entièrement reprise le 2 août 2018 par l'armée syrienne, épaulées par d'ex-rebelles du Front du Sud[202].

Les combats se poursuivent également dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, où les djihadistes poursuivent leur attaques contre l'armée syrienne sur la rive ouest de l'Euphrate, tandis que les Forces démocratiques syriennes appuyées par la coalition peinent à s'emparer des derniers villages tenus par l'EI.

Adhésion de groupes armés islamistes par région

Afghanistan et Pakistan

Le Mouvement pour le Califat et le Jihad, au Pakistan, se rallie à l'EI le , puis le bataillon al-Tawheed, en Afghanistan, en et la Brigade de l'Islam dans le Khorosan, en Afghanistan[203],[7].

Le , le Tehrik-e-Taliban Pakistan annonce apporter son soutien à l'État islamique, indiquant qu'ils allaient leur « fournir des moudjahidines ». Le TTP appelle également les autres groupes djihadistes à mettre de côtés leurs rivalités et à s'unir[204]. Des dissidences du TTP comme le Jamaat-ul-Ahrar et le Tehreek-e-Khilafat apportent également leur soutien à l'EI. Ces groupes appellent aussi à la réconciliation entre l'État islamique et al-Qaïda[205],[206],[7].

En octobre 2014, six chefs talibans font allégeance à l'État islamique, dont Abou Omar Maqbool, dit Shahidullah Shahid, porte-parole du TTP, qui est aussitôt destitué[7],[206]. Le , dix commandants talibans pakistanais et afghans annoncent ou renouvellent leur allégeance à l'EI[207].

Cette implantation de l'EI, bien qu'encore embryonnaire, est cependant mal vue par les talibans afghans qui, le , écrivent une lettre à Abou Bakr al-Baghdadi pour lui demander de cesser ses « ingérences » en Afghanistan, où des combats ont opposé les deux groupes en certaines occasions[208],[209]. En se proclamant « émir des croyants » Abou Bakr al-Baghdadi est entré en concurrence avec le mollah Omar, également considéré comme tel par les talibans et al-Qaïda[206],[210].

Début juillet 2015, Hafez Saïd, chef de l'État islamique en Afghanistan et au Pakistan et Shahidullah Shahid, numéro deux, sont annoncés tués par des frappes de drone[211],[212]. Mais Hafez Saïd est annoncé mort une deuxième fois par un tir de drone américain le 26 juillet 2016[213].

En septembre 2015, un rapport de l'ONU estime qu'environ 10 % des insurgés afghans ont prêté allégeance à l'EI. Des groupes ayant fait allégeance à l’EI ou qui s’en déclarent proches ont été signalés dans 25 des 34 provinces du pays[214]. Début 2016, l'armée américaine estime que l'EI compte entre 1 000 et 3 000 combattants en Afghanistan[215].

Le 14 juillet 2017, le Pentagone annonce avoir tué le chef de l'organisation en Afghanistan, Abou Sayed, lors d'une frappe contre son QG dans la province de Kunar[216].

Asie du Sud-Est

Jamaah Ansharut Tauhid et son chef Abou Baker Ba'asyir en Indonésie, se rallient à l'EI en , mais une partie du mouvement fait scission en réaction[203],[7]. L'organisation indonésienne Mujahidin Indonesia Timur (en) (MIT) a fait allégeance à L'État islamique en 2014. Cette organisation a été fondée par Syaikh Abu Wardah Santoso, tué dans le département de Poso (province du Sulawesi central) le 18 juillet 2016 par les forces spéciales indonésiennes[217].

En , aux Philippines, Abou Sayyaf, Ansar al-Khilafah dit aussi Ansarul Khilafa[203],[7] et les Combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro (en), font allégeance à l'État islamique[218]. Isnilon Hapilon, dirigeant d'Abou Sayyaf, est désigné par l’EI comme émir régional pour l’Asie du Sud-Est et comme « combattant autorisé à commander les soldats de l’État islamique des Philippines »[219]. Bien que plusieurs factions philippines prêtent allégeance à Daech, l’organisation ne les reconnaît pas en retour comme des « wilayas », ou franchises, et reconnaît seulement la relation formelle qu’entretiennent sa base et les djihadistes philippins[220]. Le Front Moro islamique de libération, qui se revendique comme modéré, dénonce l'extrémisme de l'EI et condamne « tout acte barbare et sauvage, qu'il soit le fait d'autres groupes dont l'Etat islamique (EI) ou de ses membres »[218]. L'EI commence à s'intéresser aux Philippines en 2016, lorsqu'il se retrouve en difficulté au Moyen-Orient[220].

Le leader et fondateur d'Ansar al-Khalfa, Mohammad Jaafar Maguid, 32 ans, est abattu le sur l'île de Mindanao[221]. Le 23 mai 2017, avec la bataille de Marawi, quatre groupes ayant fait allégeance à l'EI, parmi lesquels Abou Sayyaf figure comme le plus puissant, prennent le contrôle de plusieurs quartiers de Marawi (200 000 habitants, en quasi-totalité musulmans)[219]. En octobre 2017, Marawi est reprise aux djihadistes et l'armée philippine abat Isnilon Hapilon et Omarkhayam Maute, tous deux dirigeants de la rébellion, mais demeure à la recherche de Mahmud Ahmad (en), autre commandant rebelle[222]. Plus de 813 rebelles, 47 civils et 162 soldats ont été tués entre mai et octobre 2017 dans les affrontements[222].

Corne de l'Afrique

En octobre 2015, un des principaux chefs Al-Shabbaab, Abdiqadir Mumin, annonce prêter allégeance à l'État islamique[223],[224]. Mais la scission est peu importante, Abdiqadir Mumin ne rallie qu'une cinquantaine ou une centaine de combattants et doit s'enfuir dans le Puntland, sous la pression des shebabs[225],[226].

En 2016, un certain nombre de Kényans rejoignent l'État islamique[227]. En avril 2016, un nouveau groupe baptisé « Jahba East Africa », composé d'anciens shebabs, prête allégeance à l'État islamique et annonce son intention de s'en prendre à des cibles en Somalie, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda[225].

Égypte et bande de Gaza

Articles détaillés : Wilayat Sinaï et Insurrection du Sinaï.

Jund al-Khilafah en Égypte, se rallie à l'EI le [203],[7].

Ansar Bait al-Maqdis, le plus important groupe armé djihadiste égyptien, annonce son allégeance à l'État islamique le , et prend le nom de Wilayat Sinaï. Le groupe est principalement implanté dans le Sinaï[228].

Le , l'Armée de l'islam, à Gaza, annonce son allégeance à l'État islamique[229].

Le 4 août 2016, l'armée égyptienne annonce, jeudi, avoir mené des frappes durant lesquelles a été tué un homme qu'elle présente comme le chef de la branche de l'organisation État islamique dans la péninsule du Sinaï[230].

Libye

En Libye, le groupe Majilis Choura Chabab al-Islam (Conseil consultatif de la jeunesse islamique), actif à Derna, annonce apporter son soutien à l'EI en juin 2014[231]. Le , le Majilis Choura Chabab al-Islam, qui contrôle une partie de la ville de Derna, prête allégeance à l'État islamique[7]. Le , le groupe prend le contrôle d'une partie de la ville côtière de Syrte[232],[233], ville à l'est de Tripoli, où à la mi-mars des combats l'opposent à Fajr Libya[234]. Fin mai 2015, le groupe prend le contrôle de l'aéroport de Syrte[235]. Début juin 2015, l'ensemble de la ville de Syrte est sous contrôle. Mais après des combats en juin et juillet, l'État islamique est chassé de Derna par des groupes djihadistes rivaux[236],[237]. Le , l'EI est finalement vaincue à Syrte après six mois de combats[238].

Sahel, Algérie et Tunisie

Le , Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) publie un communiqué dans lequel il rejette le califat de l'EI. Il dénonce une proclamation faite « sans consultation avec les chefs des moujahidines » et demande à l'EI quel sort il réserve aux émirats autoproclamés, comme l'Émirat islamique d'Afghanistan et l'Émirat islamique du Caucase. AQMI déclare « vouloir un califat, dans la voie de la prophétie, sur la base de la choura (la consultation), et qui cherche à unir les musulmans et à épargner leur sang »[239]. Cependant en septembre, un groupe de combattants menés par Gouri Abdelmalek, dit Khaled Abou Souleïmane, émir de la région centrale en Algérie, fait scission d'AQMI et rallie l'EI. Le groupe se nomme Jund al-Khilafa (« Les Soldats du califat »)[240]. Et, quelques jours plus tard, la katiba Okba Ibn Nafaâ, active en Tunisie et liée à AQMI, annonce apporter son soutien à l'EI[241],[242]. Ce groupe perd rapidement son chef, Abdelmalek Gouri, tué par l'armée algérienne le [243]. Son successeur, Abou Abdallah Othman al-Asimi, est tué à son tour le [244],[245].

Le , une partie du groupe djihadiste Al-Mourabitoune, issue du MUJAO, annonce prêter allégeance à l'État islamique dans un communiqué signé par Adnane Abou Walid Al-Sahraoui[246],[247]. Mais deux jours plus tard, Mokhtar Belmokhtar dément l'allégeance d'Al-Mourabitoune à l'EI et déclare que le communiqué d'Al-Sahraoui « n'émane pas du Conseil de la Choura »[248]. Al-Mourabitoune se retrouve alors divisée en deux tendances, une centaine de combattants prêtent allégeance à l'EI[249]. Adnane Abou Walid Al-Sahraoui baptise son groupe « État islamique dans le Grand Sahara », mais pendant plus d'une année il ne fait l'objet d'aucune reconnaissance de la part du califat[225]. La première attaque revendiquée par Al-Sahraoui après son allégeance est commise le à Markoye, à la frontière du Mali et du Burkina Faso, où un douanier et un civil sont tués[250],[251]. Puis le 17 octobre, son groupe mène un assaut qui échoue contre la prison de Koutoukalé, au Niger[252]. L'État islamique reconnaît officiellement l'allégeance du groupe d'Al-Sahraoui le [253],[254].

Nigeria

Articles détaillés : Boko Haram et Insurrection de Boko Haram.

Au Nigeria, jusqu'en mars 2015, Boko Haram ne prend pas parti entre l'EI et al-Qaïda. Dans une vidéo diffusée le , Abubakar Shekau apporte son soutien à la fois à Abou Bakr al-Baghdadi, calife de l'État islamique, à Ayman al-Zaouahiri, émir d'Al-Qaïda et au Mollah Omar, chef des Talibans[255]. Finalement, le , Abubakar Shekau prête allégeance à l'EI[256]. Il tient alors plusieurs villes dans le Nord-Est du Nigeria, principalement dans l'État de Borno, avec des incursions au Cameroun, au Niger et plus rarement au Tchad. Depuis janvier, les djihadistes nigérians font alors face à une offensive des armées nigérianes, tchadiennes, camerounaises et nigériennes[256],[257]. Le 1er août 2016, d'après le journal Le Monde, « selon certains services de renseignement occidentaux, Daech aurait récemment reproché à son « disciple » son oisiveté ». L'État islamique voudrait voir Boko Haram étendre son rayon d’action au sud du Nigeria, plus cosmopolite et plus fréquenté par les expatriés du monde entier[258].

En août 2016, l'État islamique en Afrique de l'Ouest se scinde en deux. Le 2 août, l'État islamique présente Abou Mosab al-Barnaoui comme le Wali et le chef de ses forces en Afrique de l'Ouest[259]. Abubakar Shekau, l'ancien chef de Boko Haram, jugé trop extrémiste, est écarté par l'EI[260],[261]. Mais Shekau refuse sa défection. Dans une vidéo rendue public le 7 août, il se présente en tant que chef du Groupe sunnite pour la prédication et le djihad, l'ancien nom officiel de Boko Haram[262]. S'il reconnaît toujours Abou Bakr al-Baghdadi comme le « calife des musulmans », il critique Abou Mosab al-Barnaoui qu'il qualifie de « déviant » et affirme qu'il ne suivra plus « aveuglément » certains émissaires de l'EI[263]. La plupart des combattants de l'ex-Boko Haram prennent cependant le parti d'al-Barnaoui[260].

Russie, Caucase et Asie centrale

Le , une partie de l'Émirat du Caucase annonce prêter allégeance à l'État islamique. Abou Mohamed al-Adnani, porte-parole de l'EI, annonce dès le 23 juin que l'allégeance est acceptée[264],[265]. Cependant, cette déclaration fut rejetée par les dirigeants de l'Émirat[266].

Les 31 juillet et , le Mouvement islamique d'Ouzbékistan publie deux vidéos dans lesquelles il annonce prêter allégeance à l'État islamique[267],[268].

Le 11 août 2016, les services de sécurité russe (FSB) ont annoncé avoir saisi le 27 juillet « des explosifs et des armes lors de perquisitions dans les régions de Sverdlosk, Tioumen et Tchéliabinsk dans le cadre du démantèlement d'un vaste groupe de propagande en ligne de l'organisation Etat islamique ». Selon eux, cette communauté en ligne regroupait « plus de 100 000 membres dispersés en Russie, en Asie centrale et au Proche-Orient ayant pour but de recruter des combattants terroristes et recueillir des dons afin de financer le groupe terroriste »[269].

Yémen

Article détaillé : État islamique au Yémen.
Carte de la guerre civile du Yémen, situation en juillet 2018.

Ansar Dawlat al-islammiyya, au Yémen, se rallie à l'EI le [203],[7].

Début janvier 2016, l'EI prend le contrôle de la ville de Lawdar, près d'Aden[270].

Autres régions

Ansar Dawlat al-Khilafah au Liban, al-I'tisam du Coran et de la Sounna au Soudan[203],[7] et Ansar al-Tawheed en Inde se sont ralliés à l'État islamique[203],[7].

Idéologie

L'EI est un mouvement salafiste djihadiste, particulièrement hostile aux chiites. Son objectif est le rétablissement du califat des Abbassides, c'est-à-dire un État musulman s'étendant de l'Afrique du Nord à l'Asie centrale[271]. Pour Alain Marsaud, ancien chef central de la lutte antiterroriste, « Daesh est en train de créer un sunnite land[272] ».

Cette idéologie s'inscrit dans une mutation des États arabes, d'un modèle laïque vers des modèles confessionnels et communautaristes : le régime baasiste de Saddam Hussein, initialement laïc, a commencé à se présenter comme le défenseur de l'islam sunnite contre l'« hérésie » chiite à partir de la guerre Iran-Irak. Cette idéologie s'est radicalisée au cours des décisions politiques des gouvernements suivants[273],[274].

Les salafistes djihadistes de l'État islamique sont également qualifiés de « takfiri » ou de « kharidjites » par leurs adversaires musulmans, en particulier par les chiites et les salafistes quiétistes[275],[276],[277]. Des termes que les membres de l'État islamique rejettent[278].

Stratégie

La stratégie de l’État islamique n'est pas uniquement le résultat de concours de circonstances, ni de pulsions destructrices de ses combattants, elle découle d'une réflexion sur le long terme, inscrite dans l'histoire des mouvements djihadistes. Et c'est en appuyant sur ce point que, progressivement, l'EI chercherait à se construire une autorité, et démontrer qu'il fonctionne en 2016, non pas comme un groupe, une jamâ'a, mais bien comme un État[279],[280],[281],[282].

Favoriser le chaos : « l'administration de la sauvagerie »

L'EI suit une stratégie élaborée par des idéologues islamistes depuis le début des années 2000 et diffusée sur des sites d'internet. Un opuscule rédigé entre 2002 et 2004 par un certain Abu Bakr al-Naji et intitulé « L'administration de la sauvagerie : l'étape la plus critique à franchir par la Oumma », a un succès particulièrement important parmi les mouvements djihadistes. L'auteur détaille la stratégie grâce à laquelle les groupes djihadistes seront selon lui en mesure de s'imposer territorialement face aux régimes arabes et musulmans, d'une part, face aux Américains et aux Occidentaux, d'autre part[279],[282]. Selon Wladimir Glasman[283], ancien diplomate et auteur d'études sur les mouvements islamiques :

« L'ouvrage soutient qu'en provoquant un déchaînement de violence dans les pays musulmans, les djihadistes contribueront à l'épuisement des structures étatiques et à l'instauration d'une situation de chaos ou de sauvagerie. Les populations perdront confiance en leurs gouvernants, qui, dépassés, ne sauront répondre à la violence que par une violence supérieure. Les djihadistes devront se saisir de la situation de chaos qu'ils auront provoquée et obtenir le soutien populaire en s'imposant comme la seule alternative. En rétablissant la sécurité, en remettant en route les services sociaux, en distribuant nourriture et médicaments, et en prenant en charge l'administration des territoires, ils géreront ce chaos, conformément à un schéma de construction étatique hobbesien. À mesure que les « territoires du chaos » s'étendront, les régions administrées par les djihadistes se multiplieront, formant le noyau de leur futur califat. Convaincues ou non, les populations accepteront cette gouvernance islamique[279]. »

Le plan d'Abu Bakr al-Naji obéit à trois étapes ; la première, harceler l'ennemi continuellement, notamment par le biais d'attentats, pour l'affaiblir moralement et matériellement. La deuxième, « l'administration de la sauvagerie », est la plus importante, elle doit avoir lieu après la chute d'un ou de plusieurs États, et de la période de chaos qui suit. Selon Nabil Mouline, chargé de recherche au CNRS :

« Pour reconstituer l’unité originelle de la communauté islamique [...] les leaders jihadistes devront recourir essentiellement à trois ingrédients : la violence extrême, la bonne gestion des territoires soumis et la propagande. Terroriser les ennemis et les populations soumises serait l’un des meilleurs moyens pour conquérir des territoires et les conserver. Il serait donc licite d’employer les techniques les plus terrifiantes (massacre, enlèvement, décapitation, crucifiement, flagellation, amputation, bûcher, lapidation, etc.) pour la cause.

Une fois la plateforme sanctuarisée, il faudrait bien l’administrer en assurant la sécurité, la nourriture, la santé, la justice et l’enseignement. Autrement dit, créer une structure étatique qui aurait pour principale mission de faire appliquer la charia dans tous les domaines.

Afin de légitimer la politique de la terreur et donner à voir la bonne gouvernance du chaos, la propagande serait l’outil privilégié. Tout doit être fait pour frapper les esprits et catalyser l’imaginaire du plus grand nombre. La maîtrise des outils de communication les plus modernes par les membres de l’organisation Etat islamique laisse penser que ce conseil, comme le premier d’ailleurs, a été pris très au sérieux[282] ! »

La troisième et la dernière étape est la proclamation du califat[282].

Selon Myriam Benraad, la violence de l'État islamique a pour origine l'humiliation dont la communauté sunnite estime avoir été victime depuis l'invasion américaine, dans une logique selon laquelle le groupe entend « rendre la violence dans des proportions équivalentes à celle qu'[il] estime lui avoir été infligée ». Elle souligne d'une manière générale « la capacité des courants islamistes à incarner une alternative » face à l'humiliation ressentie par les populations du Moyen-Orient et du monde arabe et musulman, « en réaction à des régimes autoritaires et répressifs, ainsi qu'à des influences extérieures jugées indésirables et néfastes »[284].

Internationaliser le conflit

L'autre axe stratégique, selon Pierre-Jean Luizard, est une internationalisation du conflit. Pour ne pas se contenter des poches du territoire communautaire et confessionnel arabe sunnite initialement contrôlé en Irak, l'EI choisit d'une part d'occuper les zones frontalières avec la Syrie, l'Arabie Saoudite, et la Jordanie, et d'autre part de provoquer l'Occident à travers la politique du pire et les atteintes aux droits des minorités (religieuses, femmes, homosexuels) pour l'impliquer dans le conflit. Ces actes s'accompagnent d'attentats islamistes réalisés dans des pays en paix. Les actes s'accompagnent aussi d'une propagande insistant sur l'histoire coloniale, pour présenter les musulmans comme les éternelles victimes de l'Occident, permettant de dépasser les bases territoriales locales, et de présenter comme un universalisme séduisant l'opposition entre musulmans et mécréants. Finalement, l'un des objectifs est atteint, avec la formation « d'une coalition militaire dirigée par les Américains, et ce, avant même que cette coalition ait pu définir le moindre objectif politique pour la région »[285].

Programme

Le programme de gouvernance islamique serait axé sur trois points principaux : développer la religiosité des masses, faire de la religion l'ordre social et politique, et former militairement les jeunes afin de constituer une société militarisée. Aucune place ne devant être laissée à la contestation, le but n'étant pas de gagner la sympathie des masses, mais a minima de neutraliser leur opposition et d'interdire leur rejet, le temps et les circonstances faisant qu'à terme elles n'auront pas d'autre choix que de se rallier à cette administration[279].

Appui sur les populations locales et image

Face aux difficultés d'application sur le terrain, en 2010 un complément stratégique a été rédigé, planifiant la reconquête des territoires éventuellement perdus : « le Plan stratégique pour renforcer la position politique de l’État islamique d'Irak ». Ce plan insiste sur : la nécessité de se faire des alliés idéologiques locaux ou tribaux, ce qui semble en bonne voie en Irak, mais pas en Syrie ; recommande de faire de l'ennemi « intérieur » la priorité, en faisant peur par la médiatisation d'exécutions sommaires ; mener une politique de la terre brûlée sur les territoires où ses ennemis sont présents ; organiser des assassinats ciblés de personnalités influentes et de leaders militaires ; développer une véritable stratégie médiatique, visant entre autres à faire de l'émir de l'EI un dirigeant médiatiquement exemplaire ayant une légitimité politique et, plus encore, religieuse tout en donnant l'impression d'une structure froide, ayant l'apparence d'un État et dont la mort du chef ne signifierait pas la fin ; rassurer les non-musulmans, ce qui est un échec jusqu'à présent[279].

En cohérence avec cette stratégie explicitée, l'EI ne ferait pas des attaques terroristes aux quatre coins du globe sa priorité mais souhaiterait, avant tout, recruter des « citoyens » pour son État, des immigrants — muhâdjirûn —, afin qu'ils participent à la construction du califat. Le public visé par sa propagande ne se réduit pas aux hommes aptes à combattre, mais aussi « aux juges, aux personnes ayant une expertise dans les domaines militaire et administratif ou dans les services, aux médecins et aux ingénieurs de toutes spécialités ». L'objectif est d'organiser et d'administrer ce proto-État qu'est concrètement devenu l'EI en 2015[279].

Armée de l'État islamique

Tactiques militaires

Des combattants de l'État islamique lors d'un défilé à Raqqa, le 30 juin 2014.

Selon l'historien Stéphane Mantoux : « Militairement, l'EI est un objet inclassable, hybride pour les spécialistes : ni guérilla ou insurrection, ni armée régulière, mais une tactique qui se situe quelque part entre les deux ». L'organisation djihadiste a recours à de petites escouades très autonomes. Les assauts sont généralement menés par des véhicules-suicides blindés — les suicide vehicle-borne improvised explosive device (SVBIED) — conduits par des kamikazes, suivis par des combattants d'élite, les Inghimasi, équipés d'armes légères et de ceintures explosives qu'ils peuvent actionner en dernier recours. Ces assauts coûtent cependant de lourdes pertes, d'autant que les djihadistes engagent généralement leurs troupes d'élite en première ligne et n'hésitent pas à attaquer un adversaire largement supérieur en nombre. Ils sont également vulnérables aux forces aériennes, contre lesquelles ils n'ont pas d'armement efficace. Pour Stéphane Mantoux, « il faut noter cependant que l'EI est capable d'affronter des adversaires très différents sur une quantité de fronts importante, et de souvent faire jeu égal »[286],[287].

Nombre total de combattants

En mai 2014, Christophe Ayad, journaliste au Monde, évalue les forces de l'EIIL à environ 10 000 hommes en Irak et 7 000 à 8 000 en Syrie[288].

Début 2014, Charles Lister, chercheur au Brookings Doha Centre, estime que l'EIIL compte de 5 000 à 6 000 combattants en Irak et de 6 000 à 7 000 en Syrie[25].

Selon Romain Caillet, le mouvement compte 8 000 à 10 000 hommes en Irak[289]. Il précise : « En Irak, il s'agit à 90 % d'Irakiens, tandis qu'en Syrie on a 50 % de combattants locaux auxquels s'ajoutent des étrangers venus du Maghreb, du Golfe, de la diaspora tchétchène et des Occidentaux venus d'Europe ou des États-Unis »[290]. Parmi ces djihadistes étrangers se trouvent des personnes venant de pays musulmans (Pakistan, Tchétchénie) ou à majorité musulmane (Indonésie) qui représentent 10 % des combattants en Syrie. Mais on dénombre aussi des djihadistes européens qui viennent surtout de Belgique, de France et du Royaume-Uni (ils sont environ 2 000)[291].

En juillet 2014, Romain Caillet revoit ses estimations à la hausse, il déclare que : « avant la prise de Mossoul, l'EI comptait environ 20 000 hommes, en Syrie et en Irak. Étant donné qu'il a libéré de nombreux prisonniers et qu'il a bénéficié de ralliements, il a sans doute environ 25 000 hommes à l'heure actuelle »[292]. Puis en mai 2015, il estime que l'EI compte désormais 65 000 à 80 000 hommes, forces en Libye et au Sinaï incluses[31].

Début , le journal britannique The Daily Telegraph indique que selon Hisham al-Hashimi, un analyste irakien ayant eu accès à des documents de l'État islamique saisis par les forces de sécurités irakiennes, environ 25 000 combattants auraient prêté allégeance en Irak à l'État islamique[26].

En , Yves Boyer, professeur de relations internationales à l'École polytechnique et directeur-adjoint à la FRS, estime entre 20 000 et 30 000 le nombre des combattants de l'EI[293].

Le , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme que les effectifs de l'État islamique sont désormais de 50 000 hommes en Syrie. Parmi ceux-ci 20 000 sont étrangers et 6 000 ont été recrutés pour le seul mois de juillet[28].

Vers le milieu de l'année 2014, la CIA estime les forces de l'EI de 20 000 à 31 000 combattants en Syrie et en Irak[27]. À l'été 2015, cette estimation monte à environ 30 000 ou 40 000 combattants[30].

Selon Hisham al-Hashimi, expert en sécurité et conseiller militaire du gouvernement irakien l'État islamique a 100 000 hommes en 2014[31]. À l'été 2015, il estime que l'EI compte 100 000 à 125 000 hommes en Irak et en Syrie, dont environ 50 000 militaires, et les autres qui assurent les soutiens logistiques[32],[294].

En novembre 2014, Fuad Hussein, chef du cabinet de Massoud Barzani, donne dans une interview au journal britannique The Independent le nombre de 200 000, soit l'estimation la plus haute[31].

Les effectifs diminuent ensuite suite aux défaites des djihadistes. En mars 2017, la coalition internationale estime les forces de l'État islamique en Syrie et en Irak de 12 000 à 15 000 hommes ; en septembre 2017, les services de renseignement russes donnent quant à eux une estimation de 10 000 hommes toujours actifs en Syrie[295]. Début décembre 2017, la coalition estime que l'État islamique ne compte plus que 3 000 combattants en Irak et en Syrie[33]. Fin décembre 2017, elle estime qu'il n'en compte plus que 1 000[296].

Pourtant à l'été 2018, le Département de la Défense des États-Unis estime que 15 500 à 17 100 djihadistes de l'État islamique sont encore présents en Irak, ainsi que 14 000 autres en Syrie[297]. Et le , un rapport de l'ONU estime que l'organisation compte encore 20 000 à 30 000 hommes en Irak et en Syrie, 3 000 à 4 000 en Libye et 500 au Yémen[34]. Le chercheur irakien Hicham Al-Hachémi estime quant à lui en septembre 2018 que l'État islamique compte encore 2 000 combattants actifs en Irak et 8 000 hommes au total en comptant les responsables de la logistique et les partisans, ainsi que 3 000 combattants actifs en Syrie et 12 000 hommes au total en incluant les responsables de la logistique et les partisans[298]. Mais plusieurs spécialistes jugent cependant qu'il est impossible de connaître les effectifs de l'EI avec précision, d'autant que ses pertes sont également inconnues[297].

Combattants étrangers

L'EI compte de nombreux combattants étrangers. Pour le Département d'État des États-Unis, 12 000 volontaires venus de 50 pays ont combattu au sein du mouvement de 2011 à 2014, dont une centaine d'Américains. En , l'OSDH indique que les combattants étrangers qu'il évalue à 20 000 viennent principalement des pays du Golfe, de Tchétchénie, d'Europe ou même de Chine[299]. The Washington Post estime en que l'EI compte environ 16 000 combattants non-Syriens et qu'environ 1 000 volontaires étrangers entrent chaque mois en Syrie pour se joindre aux djihadistes[300] à la même période, l'ONU considère que l'EI compte 15 000 combattants étrangers originaires de 80 pays[301]. Le , d'après le New York Times les services américains estiment 30 000 djihadistes étrangers originaires de cent pays se sont rendus en Syrie et en Irak depuis 2011. L'État islamique recruterait de son côté en moyenne 1 000 combattants par mois[302]. En octobre 2017, Joseph Dunford, le chef d'état-major de l'armée américaine, déclare que 40 000 combattants étrangers issus de 120 pays différents ont rallié l'État islamique en Irak ou en Syrie et que 19 000 d'entre-eux ont été identifiés par Interpol[303]

Il n'y a pas de « profil type » des combattants étrangers recrutés par l'EI. Ils sont issus de milieux sociaux variés parmi lesquels on trouve une minorité de diplômés. La majorité d'entre eux ont cependant moins 30 ans, près de 10 % avaient également déjà fait de la prison[304]. Ils ne sont généralement pas issus de familles musulmanes pratiquantes, bon nombre sont des nouveaux convertis, ou des personnes qui ne se sont mises à pratiquer leur religion que très récemment[305]. Un rapport d'Europol, en date du , mentionne la « portion significative de combattants étrangers [à avoir rejoint les rangs de l'État islamique] auxquels ont été diagnostiqués des troubles mentaux », citant une source qui évalue à 20 % du contingent ce type d'individus[306].

Le , le Soufan group, un institut spécialisé dans le renseignement basé à New York, publie un rapport dans lequel il estime le nombre de volontaires étrangers ayant rejoints des groupes djihadistes en Irak et en Syrie entre 27 000 et 31 000. Parmi ces derniers 8 240 viennent du Moyen-Orient — dont 2 500 Saoudiens, 2 100 Turcs, 2 000 Jordaniens, 900 Libanais et 600 Égyptiens — 8 000 viennent du Maghreb — dont 6 000 Tunisiens et 1 200 Marocains — 5 000 d'Europe Occidentale — dont 1 700 Français, 760 Allemands, 760 Britanniques et 470 Belges — 4 700 de l'ex-Union soviétique — dont 2 400 Russes — 900 d'Asie du Sud-Est — dont 700 Indonésiens — 875 des Balkans et 280 d'Amérique du Nord[307],[308],[309]. Ces chiffres incluent cependant également les combattants tués et ceux rentrés dans leurs pays[310]. Pour le journaliste David Thomson, « ces chiffres sont imprécis et paraissent très gonflés à la hausse, mais les tendances qui ressortent de ce rapport sont exactes »[309].

Les combattants qui tentent de déserter sont généralement exécutés. Ainsi selon le témoignage d'un activiste syrien rapporté le par le Financial Times, une centaine de djihadistes étrangers ont été exécutés par une police militaire de l'EI, à Raqqa, alors qu'ils tentaient de fuir les combats[311],[312],[313].

Le , la chaîne britannique SkyNews affirme avoir reçu un document contenant des informations et les noms de plus de 22 000 djihadistes qui auraient été recrutés par Daech. Ce dossier, fourni par un repenti de l'organisation, contient des noms, prénoms et pays d'origine, et a été appelé le Daechleaks[314]. Le jour même, l'ancien patron du contre-terrorisme au sein du renseignement extérieur britannique, Richard Barrett, a estimé que ce serait une ressource inestimable[315]. D'autres analystes ont estimé qu'il s'agissait plutôt d'un montage de divers sources au contenu en grande partie connu par les services occidentaux et dont la valeur a été surestimée pour être chèrement vendu à la chaîne Sky News[316].

Le , le New York Times publie une enquête[317] sur la cellule responsable des opérations extérieures de l'organisation, Emni, créée en 2014 dont le rôle initial consistait à synchroniser les forces de police internes et le contre-espionnage. Cette enquête se fonde sur des éléments provenant de services secrets européens dont les belges, français et allemands, de témoignages d'officiels américains, et d'informations collectées auprès d'un membre de l'organisation, Harry Sarfo, emprisonné à Brême en Allemagne. Dirigée par Abou Mohammed al-Adnani, porte-parole et responsable de la propagande, Emni comporterait trois zones géographiques d'action : Asie, monde arabe et Europe. Chacune d'elle est attribuée à des lieutenants d'Al-Adnani. L'un d'eux, Abou Souleymane, serait directement lié aux attaques de Paris du 13 novembre 2015 en tant que coordinateur. Le choix des cibles, la sélection des combattants et l'organisation de la logistique. Emni serait à l'origine des attaques perpétrées en Tunisie, à Sousse et au musée du Bardo. Sarfo, mentionne plus d'une centaine de terroristes renvoyés vers l'Europe avec l'aide d'intermédiaires sans liens apparents et donc décelables avec l'islam radical. Ces retours sont orientés principalement vers l'Allemagne ou la Grande-Bretagne mais aussi en direction de l'Autriche, de l'Espagne, du Liban, de la Tunisie, du Bangladesh, de l'Indonésie et de la Malaisie. Très peu vers la France. « Ne t'inquiète pas pour la France », auraient dit des responsables de la cellule à un ami de Sarfo qui s'était porté volontaire pour y être envoyé[318].

Enfants soldats

Selon Slate, l'EI forme des enfants d'à peine 6 ans à des fins militaires. L'organisation a mis sur pieds un système qui permet de recruter et d'endoctriner les enfants. Les enfants soit sont enlevés soit rejoignent « consciemment » l'organisation. Ils rejoignent après des camps d’entraînement où ils sont endoctrinés et sont formés aux maniement des armes. Les enfants servent ensuite de fantassins, de « mouchards », de kamikazes, et leur sang est utilisé pour des transfusions[319]. Plusieurs vidéos diffusées par l'État islamique montrent l'entraînement militaire d'enfants[320],[321].

Selon l'OSDH, l'État islamique recrute en Syrie au moins 400 enfants de décembre 2014 à mars 2015. Surnommés les « lionceaux du califat », les plus jeunes ont environ 8 ans, ils sont soumis à des entraînements militaires et certains participent à des exécutions de prisonniers. Arrivés à l'âge de 15 ans, ils peuvent être envoyés au front[322],[323],[324]. Parmi ces derniers figurent notamment des jeunes yézidis convertis de force à l'islam[325]. L'un d'entre eux apparaît ainsi dans une vidéo de propagande de l'EI, égorgeant un prisonnier accusé par l'organisation d'être un espion du régime syrien[326].

Selon l'ONU, l'EI utilise des enfants dans les attentats-suicide[327].

Femmes combattantes

Les femmes membres de l'État islamique ne sont pas autorisées à prendre part aux combats ou à mener des attentats, malgré la volonté de certaines d'entre elles de participer à ce type d'opérations[328]. Cependant les règles évoluent en 2017 lors de l'effondrement du « califat » : dans les derniers jours de la bataille de Mossoul, le commandement djihadiste autorise des femmes à mener des attaques kamikazes en dernier recours[329] et le 8 février 2018, l'État islamique diffuse pour la première fois une vidéo montrant des femmes au combat[330].

Nombre de combattants tués en Irak et en Syrie

En mai 2015, le chercheur Romain Caillet estime que les pertes de l'EI en Irak et en Syrie pourraient être d'environ 20 000 tués, dont la moitié dans les frappes de la coalition[31]. En juin 2016, son confrère Dominique Thomas estime de son côté que l'EI aurait perdu 22 000 hommes en Irak et en Syrie depuis 2014[331].

En juin 2015, l'Observatoire syrien des droits de l'homme estime que l'État islamique a perdu 8 000 hommes en Syrie, dont plus de 2 600 tués par les frappes de la coalition[332],[333].

Le , Airwars, un collectif de journalistes d’investigation, publie un rapport dans lequel il indique entre autres que la coalition a mené 4 924 frappes aériennes en Irak et en Syrie entre le et le et que selon des estimations officielles les pertes de Daesh seraient de 10 000 à 13 000 morts[334],[335].

Le , le général Sean MacFarland, commandant de la coalition arabo-occidentale en Irak et en Syrie, prétend que 45 000 hommes de l'État islamique ont été tués par les frappes aériennes de la coalition en deux ans d'opérations[336]. Un bilan probablement très exagéré[337]. De leur côté les Russes soutiennent en mai 2016 avoir tué 28 000 djihadistes depuis le début de leur intervention — tout en n'attribuant que 5 000 morts aux Américains — une estimation qui semble tout autant exagérée[338].

Armements

L'organisation aurait récupéré 3 000 Humvee en Irak.

Une partie de l'armement a été récupérée sur les lieux du conflit : équipement militaire américain récupéré de l'armée irakienne, dont de l'artillerie lourde à Mossoul, ou avions russes récupérés sur la base de Deir ez-Zor[339]. Selon une enquête parue en juillet 2017 dans le Journal du Dimanche[340], en plus de ces armements anciens, les milices de Daesh ont reçu d'importantes cargaisons d'armes récentes, en provenance de Bulgarie ou en Serbie, achetées par l'Arabie Saoudite, et officiellement destinées à équiper les opposants à Bachar el Assad.

Selon le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian, l'EI disposait en 2014 de 3 000 Humvee, 50 chars lourds, 150 blindés légers et 60 000 armes individuelles[341].

Selon des documents de l'État islamique étudiés par Le Monde, l'organisation djihadiste dispose à la fin de l'année 2014 de 170 chars T-55 et T-72, dont 110 ayant été pris à l'armée syrienne et 60 à l'armée irakienne[342]. En 2016, l'État islamique prend encore au régime plus d'une trentaine de chars lors de l'offensive de Tabqa et la troisième bataille de Palmyre[342]. Avec la prise de Mossoul en 2014, les djihadistes ont également mis la main sur un arsenal permettant d'équiper 30 000 hommes[342].

Une analyse du New York Times indique que la Chine, la Russie, l'ex-Union soviétique, les États-Unis et la Serbie auraient fourni plus de 80 % des armes, sur la base d'un échantillon constitué de 1700 cartouches et balles réunies par les enquêteurs de l'organisation de contrôle des armes Conflict Armament Research[343].

Le , l'OSDH affirme que l'État islamique dispose de trois avions de chasse en Syrie pilotés par des transfuges de l'armée irakienne. Deux de ces appareils ont été capturés lors de la bataille de Tabqa, ils seraient probablement de type MiG-21 ou MiG-23[344]. Des témoins ont affirmé avoir vu des avions volant à basse altitude afin d’éviter les détections radars près de Jarrah[345].

En janvier 2015, l'armée américaine estime que 60 chars et 200 Humvee ont été détruits par les frappes aériennes de la coalition[30].

Dans un rapport publié en décembre 2017, l'ONG Conflict Armament Research (en) (CAR), qui a enquêté sur 40 000 pièces récupérées sur les lignes de front par les Kurdes des YPG et les forces armées irakiennes, indique que 90 % des pièces saisies par ces forces sur l'État islamique ont été fabriquées dans les pays de l'ex-Pacte de Varsovie — en Union soviétique et en Europe de l'Est — et en Chine[342],[346]. La majeure partie de l'arsenal de l'État islamique provient de bases des armées irakiennes et syriennes, pillées par les djihadistes[342]. Des armes fournies aux rebelles syriens par les États-Unis et l'Arabie saoudite sont également capturées par l'EI[342],[346].

Armes chimiques

Le 21 août 2015, selon l'OIAC, l'EI aurait utilisé du gaz moutarde, tiré à l'aide de mortiers, pendant ses combats près de Marea, dans le gouvernorat d'Alep, en Syrie. Ce jour là, au cours de la bataille de Marea, des rebelles affrontant les djihadistes furent touchés par le gaz de combat, en outre des médecins de la Syrian American Medical Society (SAMS) ont identifié l'agent et confirmé l'attaque[347],[348]. Du chlore (bertholite) aurait aussi pu être utilisé selon l'OSDH[349]. Selon Ahmet Üzümcü, directeur général de l'OIAC, les djihadistes de l'État islamique ont « la technologie, le savoir-faire et l'accès aux substances » qui leur permet de fabriquer leurs propres armes chimiques[350].

L'OIAC confirme également le 15 février 2016 que du gaz moutarde a également été utilisé en Irak, en août 2015, contre des zones tenues par les peshmergas, près des villes de Gweyr et Makhmour, au sud-ouest d'Erbil, faisant 35 blessés. Cependant le gaz moutarde n'a pas été utilisé en assez grande quantité pour être mortel. La fabrication semble être artisanale, la CIA estime alors à cette date que l'EI est en mesure de concevoir de la chlorine et du gaz moutarde, mais en petite quantité. Contrairement au sarin, le gaz moutarde est facile à fabriquer[351].

En janvier 2015, les États-Unis annoncent que Saleh Jassim Mohammed Falah Al-Sabaawi, dit « Abou Malik », présenté comme « l’expert en armes chimiques de l’État islamique » a été tué par un raid aérien près de Mossoul[351].

Organisation et commandement

Le numéro 2 de l'État islamique serait Abou Ali al-Anbari, aussi appelé Abou Alaa al-Afari, selon le gouvernement irakien[354],[355]. Ce dernier est tué près de Raqqa, le , par les forces spéciales américaines[356],[357].

L'État islamique dispose également d'un « Ministre de la Guerre », qui est le chef de la force militaire de l'organisation. Ces derniers sont : Abou Abdel Rahman al-Bilaoui, tué en juin 2014 à la première bataille de Mossoul[358] ; Abou Omar al-Chichani, tué en juillet 2016 à al-Charqa[359],[360] ; et Gulmurod Khalimov, possiblement tué en avril 2017 à la deuxième bataille de Mossoul[361].

Parmi les autres chefs importants figurent Abou Mohammed al-Adnani, à la fois porte-parole, chef militaire et responsable des opérations terroristes extérieures de l'État islamique[362]. Il est tué près d'Al-Bab le , par un bombardement américain[362]. Le , Wa’il Adil Hasan Salman Al-Fayad, présenté par le Pentagone comme le « ministre de l'information », est tué par un raid aérien américain[363]. Abou Wahib, présenté comme le chef de l'État islamique pour la province d'al-Anbar, tué le par une frappe aérienne de la coalition[364].

Les documents analysés par Hisham al-Hashimi ont également permis une meilleure connaissance de l'organisation interne du groupe[365]. Autour d'Abou Bakr al-Baghdadi, sept hommes composent le « gouvernement » de l'État islamique en Irak et au Levant :

  • Abou Abdul Kadr (Shawkat Hazem al-Farhat), chargé de l'encadrement ;
  • Abou Mohamed (Bashar Ismail al-Hamdani), chargé des prisonniers ;
  • Abou Louay/Abou Ali (Abdul Wahid Khutnayer Ahmad), chargé de la sécurité ;
  • Abou Salah (Muafaq Mustafa Mohammed al-Karmoush), chargé des finances des provinces irakiennes ;
  • Abou Hajar al-Assafi (Mohammed Hamid al-Duleimi), chargé de la coordination entre les provinces et courrier ;
  • Abou Kassem (Abdullah Ahmed al-Meshedani), chargé de l'accueil des combattants arabes et étrangers, notamment de leur logement, et peut-être du transport des kamikazes ;
  • Abou Abdel Rahman al-Bilaoui (Adnan Ismail Najem Bilawi), ancien capitaine de l'armée irakienne sous Saddam Hussein, chef du conseil militaire pour les provinces irakiennes ; tué le à Mossoul. Abou Omar al-Chichani lui succède en tant que commandant de toute l'armée de l'État islamique[358],[366].

Deux adjoints se partagent les affaires syriennes et irakiennes :

  • Abou Ali al-Anbari, ancien général de l'armée de Saddam Hussein sans doute originaire de Mossoul, chargé des opérations en Syrie ;
  • Abou Muslim al-Turkmeni (Fadel Ahmad Abdullah al-Hiyali), chargé de la gestion des provinces irakiennes, sous l'autorité duquel se trouvent les six gouverneurs :
    • Abou Nabil (Wissam Abed Zaid al-Zubeidi), gouverneur de la province de Salah ad-Din ;
    • Abou Fatma (Nena Abed Naif al-Jubouri), gouverneur de la province de Kirkouk ;
    • Abou Fatma (Ahmed Mohsin Khalal al-Jihaishi), gouverneur de l'Euphrate central et méridional ;
    • Abou Jurnas (Rathwan Talib Hussein Ismail al-Hamduni), gouverneur des zones frontalières ;
    • Abou Abdul Salem/Abou Mohammed al-Sweidawi (Adnan Latif Hamid al-Sweidawi), ancien lieutenant-colonel de l'armée de Saddam Hussein, gouverneur de la province d'Anbar et membre du conseil militaire ;
    • Abou Maysara (Ahmed Abdul Kader al-Jazza), gouverneur de la province de Bagdad.

Existe également un conseil de guerre, composé de trois membres :

  • Abou Shema (Fares Reif al-Naima), chargé des magasins ;
  • Abou Alaa al-Afari, ou Abou Suja, ou Abdul Rahman al-Afari, chargé des affaires des martyrs et des femmes ;
  • Abou Kifah (Khairy Abed Mahmoud al-Taey), chargé des attentats par engin explosif improvisé (EEI/IED).

Selon le chercheur irakien Hisham al-Hashimi, fin 2017 de nombreux hauts responsables sont morts, Abou Bakr al-Baghdadi se cache et n'exercerait plus de réelle influence sur le commandement de l'organisation, qui serait alors assuré par un « comité de procuration » dirigé par cinq membres[367] :