Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes
Image illustrative de l’article Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes
Façade de la cathédrale en 2008.
Présentation
Nom local Cathédrale Saint-Pierre
Culte Catholique
Type Cathédrale
Rattachement Diocèse de Nantes (siège)
Début de la construction XVe siècle
Fin des travaux XIXe siècle
Architecte Guillaume de Dammartin, Mathurin Rodier
Style dominant Gothique
Protection Logo monument historique Classée MH (1862)
Site web http://cathedrale-nantes.fr/
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Département Loire-Atlantique
Ville Nantes
Coordonnées 47° 13′ 06″ nord, 1° 33′ 03″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Loire-Atlantique
(Voir situation sur carte : Loire-Atlantique)
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes
Géolocalisation sur la carte : Nantes
(Voir situation sur carte : Nantes)
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes

La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (appelée aussi localement « cathédrale Saint-Pierre »[1]) est une cathédrale catholique située place Saint-Pierre, à Nantes (Loire-Atlantique). C'est la cathédrale du diocèse de Nantes, siège de l’évêque de Nantes. Sa construction s’est étalée sur 457 ans, de 1434 à 1891, mais ces délais n’altèrent en rien la qualité ni la cohérence de son style gothique. Elle est classée monument historique depuis 1862[2].

La cathédrale est touchée par les bombardements de Nantes, une bombe en 1944 atteint la sacristie de la cathédrale et endommage considérablement l’abside et trois chapelles. Durant les travaux de restauration, un incendie accidentel se déclare le , et détruit la plus grande partie de la toiture. La restauration de l'édifice dure jusqu'en 1985. Un nouvel incendie, d'origine criminelle, le , détruit l'orgue du XVIIe siècle, le grand vitrail de la façade ouest posé en 1498, représentant la duchesse-reine Anne et sa mère et divers éléments du mobilier.

Lorsque la cathédrale est en restauration pendant plusieurs années, les célébrations ont alors lieu à la chapelle Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception[3].

Depuis le — date de la nomination de Mgr Jean-Paul James comme archevêque de Bordeaux —, le siège épiscopal est vacant. Dans l'attente de la nomination d'un nouvel évêque par le Saint-Siège, le diocèse est régi par l'abbé François Renaud, qui porte le titre d'administrateur diocésain[4].

Histoire

Les édifices antérieurs

Le site aurait été initialement occupé par un temple druidique dédié à Janus ou « Bouljanus »[5],[6].

Par la suite, trois édifices religieux chrétiens[L 1] ont précédé l'actuelle cathédrale sur les mêmes lieux :

  • une basilique bâtie au IVe siècle[L 1] ;
  • une première cathédrale, bâtie au VIe siècle ;
  • une deuxième cathédrale romane, bâtie au XIe siècle.

L'édifice actuel est bâti à l’emplacement de cette dernière, en l’absorbant peu à peu.

Saint-Clair et la première église

Une tradition légendaire fait remonter au IIIe siècle l'arrivée de saint Clair, premier évêque de la ville, venu de Rome en possession d’un clou qu'il affirme provenir de la croix qui supporta le martyre de saint Pierre. Il aurait fait édifier une chapelle pour abriter la relique qu’il dédie à saint Pierre et saint Paul[R 1]. Historiquement, on trouve effectivement trace d'un oratoire à l'ouest de la ville, sur les coteaux de Saint-Similien[7].

Mais c'est au IVe siècle qu'une première véritable église est implantée, cette fois à l'est, là où les futurs bâtiments de la cathédrale se succèderont. Cet édifice est implanté près de l'enceinte gallo-romaine, et ce choix va en conditionner le développement ultérieur : le chevet de l'église étant très proche des remparts, l'extension de la future cathédrale a été par la suite en butte à ce problème[L 1]. Sous cette basilique sont creusées trois petites cryptes. Elle durera jusqu'au VIe siècle, où le besoin d'accueillir des fidèles plus nombreux poussera à l'établissement d'une première véritable cathédrale[R 1].

La première cathédrale

Église Saint-Jean-du-Baptistère

La cathédrale diffère de l'église paroissiale nommée « Saint-Jean-du-Baptistère » édifiée au IVe ou Ve siècle sur son côté nord, et dont les vestiges furent mis au jour lors des fouilles menées par le chanoine Durville, entre 1910 et 1913. Cette église, qui était aussi le siège du doyenné de la « chrétienté », c'est-à-dire de la partie du diocèse qui s'étendait entre la Loire, le diocèse d'Angers et le cours de l'Erdre, se composait d'une nef coupée par un transept débordant, sans abside, mais était de dimension suffisante pour recevoir durant le Xe siècle « tout le peuple chrétien de la cité ».

Comme son nom l'indique, l'édifice renfermait un baptistère et, de fait, deux piscines baptismales ont été retrouvées dans la nef. L'une de ces piscines, datant du IVe siècle, formait un bassin octogonal de côtés inégaux de 0,60 à 0,71 mètre de longueur, pour un diamètre de 1,56 mètre et une profondeur d'environ 1 mètre. L'autre, du VIe siècle, consistait en un bloc circulaire de maçonnerie d'un diamètre de 3,65 m pour 0,70 m de profondeur, dans lequel s'enfonçait une excavation octogonale, en briques, qui constituait, à proprement parler, la cuve baptismale.

Le chevet de l'église fut détruit, vers la fin du IXe siècle, tandis que la nef disparut avant la fin du XVe siècle, entre 1469 et 1486, pour faire place au collatéral nord de la cathédrale[R 2].

La cathédrale

La construction de la première cathédrale débute au VIe siècle, à l’initiative de l’évêque Evhemerius, Evhémérus ou Eumélius II (527-549). Elle est consacrée en 567 ou 568[8],[9] ou même le 30 septembre 580[5] par son successeur, Félix Ier (550-582)[L 1].

Cet édifice avait trois nefs, avec trois portiques correspondant en façade, et était surmonté d'une tour carrée surmontée d'une lanterne en forme de dôme[R 3]. La cathédrale fait alors l’admiration de Venance Fortunat, évêque de Poitiers, qui la décrit en ces termes[L 1] :

D’une hauteur élevée s’étend une triple nef
dédiée à Dieu, sous le vocable des Apôtres.
Autant parmi les saints leur gloire prédomine,
Autant dépasse les autres le faîte de cette église.
En son milieu se dresse en hauteur une tour élancée.
L’ouvrage d’abord carré s’élève en forme de rotonde.
On dirait une forteresse, soutenue par des arcs,
qui monte à une hauteur stupéfiante.
Elle domine l’édifice, comme le sommet d’une montagne.
Des figures de pourpre y représentent des êtres vivants :
Peintures qui semblent vivre par un effet de l’art
Quand le soleil mouvant vient les colorer à travers la toiture d’étain…

Fortunat évoque par ailleurs la lumière des toits « couverts de métal » ; les lambris intérieurs et le toit étaient couverts d'étain[5], issu probablement des mines proches de Piriac-sur-Mer et Pénestin[R 4].

Outre les descriptions dithyrambiques d'observateurs (Fortunat, Albert le Grand), diverses fouilles aux XIXe siècle et XXe siècle attestent également de la richesse et de la magnificence de l'église d'Evhémérus et de Félix, ce qui en fit sans doute une cible de choix pour les Normands au cours des IXe et Xe siècles.

Ainsi le 24 juin 843, lors d'une invasion normande, l’évêque Gohard y est massacré avec ses paroissiens[R 5]. L'évêque Fulquerius ou Foucher procède à une restauration et à un renforcement entre 897 et 906[L 1], mais en 919 l'église est à nouveau pillée lors d'un nouveau raid, et cette fois considérablement incendiée[R 5]. Il faut attendre la fin du Xe siècle pour que l'édifice soit reconstruit, à l'initiative du duc Guérec. De cette époque daterait le noyau de la crypte médiévale. Un ambitieux projet de reconstruction, probablement dû à l'évêque Benoît de Cornouaille entre 1079 et 1111, est abandonné après la construction de départs d'un bras sud du transept[L 1].

La cathédrale romane

Pour rebâtir la cathédrale, le choix est fait de ne pas détruire la crypte de Guérec. Celle-ci n'étant pas souterraine il faut alors surélever le sol pour établir le chœur. La nef, probablement dotée de collatéraux, aurait été couverte de trois coupoles faites de blocages, à l'image de la cathédrale du Puy. L'hypothèse généralement retenue établit la période de construction après 1130. Il n'y a pas de certitudes concernant l'aspect extérieur et les détails de cette cathédrale. À la fin du XIIe siècle le chœur est modifié, étape la plus achevée de l'église romane. En 1415, un incendie entraîne la démolition d'une tour carrée, au XVIe siècle puis au XVIIe siècle les ébauches du bras sud du transept sont supprimées, en 1733 le chœur roman est aplani, l'ensemble est détruit en 1876[L 2]. De cette époque, il ne subsiste au XXIe siècle que la crypte située sous le chœur, et quelques chapiteaux conservés au musée Dobrée. L'un des chapiteaux conservés au musée Dobrée présente un personnage barbu à deux paires d'yeux, vêtu d'un pagne. Il est entouré d'un sphinx à tête humaine et d'un dragon dont la queue se termine par une tête crachant du feu[10].

La cathédrale actuelle

Première phase de construction

La construction de l’édifice actuel est initialement conduite par Guillaume de Dammartin, dont les liens avec Guy de Dammartin ou Jean de Dammartin (architecte de la cathédrale de Tours) ne sont que suppositions[G 1], puis par Mathurin Rodier, sous l'impulsion du duc de Bretagne Jean V et de l’évêque Jean de Malestroit, qui posent la première pierre le .

Le milieu du XVe siècle est en effet une période propice au lancement de tels projets, la Bretagne ayant retrouvé une prospérité commerciale suffisante grâce à une politique diplomatique opportuniste et habile qui lui permet de rester relativement à l’écart des déchirements européens de l’époque, notamment entre les royaumes de France et d’Angleterre.

Blason du chapitre de la cathédrale de Nantes.

De plus, l’établissement d’une aussi imposante cathédrale, et l’implication qu’y met le pouvoir ducal, participent à la légitimation de ce pouvoir dans un contexte difficile à la suite des guerres de succession du duché de Bretagne[G 2]. Nantes n’est pas la seule ville à bénéficier de cette volonté politique de Jean V : citons, par exemple, le chantier similaire de la façade de la cathédrale de Quimper, initié dix ans plus tôt en 1424.

Le portail central qui orne la façade est achevé en 1481, pour les grand-messes. Henri IV la franchira en 1598, lors de son passage à Nantes pour y signer l’Édit de Tolérance. La pose du grand vitrail, commandé par la duchesse-reine Anne et posé en 1498, marque l'achèvement de la nef. Il est détruit lors de l'incendie de la cathédrale le 18 Juillet 2020, Il représentait Anne, ainsi que sa mère Marguerite de Foix.[11]

Si la façade est achevée dès la fin du XVe siècle, les tours ne le sont qu'en 1508 ; la nef et les collatéraux le sont également au début du XVIe siècle, mais la voûte gothique de la nef, le bras sud du transept et les arcs-boutants sont terminés au XVIIe siècle. Un projet d'achèvement du XVIIe siècle (dont il reste une maquette) envisageait d'ajouter un transept ainsi qu'un chevet court, adossé aux remparts[12].

Révolution et Empire

Sous la Révolution, la cathédrale est utilisée comme poste d'observation militaire lors du siège de Nantes en 1793. Une tour de bois de 10 mètres de hauteur est construite sur la tour sud, et la surveillance est assurée au moyen d'un télescope. Les décisions militaires sont prises en fonction des renseignements ainsi obtenus[13].

Dans cette période, elle est transformée en arsenal et en écurie, puis un arrêté départemental de 1794 la consacre officiellement à la célébration des fêtes publiques (ce à quoi doit également servir le grand-orgue)[R 6].

La cathédrale est menacée de destruction en 1796, et il est envisagé de prolonger la « rue du Département » (devenue rue du Roi-Albert) en droite ligne jusqu'à la « rue Brutus » (rue Prémion) face au château. L'intervention, en tant qu'expert, de Mathurin-Julien Grolleau, évite la destruction de l'édifice. Il rédige un rapport où il stipule que la cession de l'église ne peut se faire qu'à la condition que le bâtiment ne subisse aucune modification de structure extérieure, et rappelle l'importance d'un observatoire aussi élevé à Nantes, qu'il aurait été coûteux de construire si la cathédrale était détruite[14].

Le , l'explosion d'une poudrière dans la tour des Espagnols du château des ducs de Bretagne entraîne d'importants dommages sur l'aile sud de la cathédrale[R 6].

Par la suite, l'observatoire est maintenu, pour les études astronomiques, et pour les besoins de l'école d'hydrographie, qui forme les officiers de marine aux nouvelles techniques de navigation. La tour en bois présente rapidement des signes de vétusté[15], et, la cathédrale ayant retrouvé sa vocation religieuse, n'est pas située à un endroit adapté à un usage civil intensif[16]. L'observatoire est déplacé en 1823 dans la tour de la « maison Graslin », rue Molière[17].

Achèvement

La démolition des murailles à l'est de la ville permit l'achèvement de la cathédrale au XIXe siècle: le bras nord du transept et le chevet sont entrepris en 1840, le vieux chœur roman est abattu à partir de 1876 et l'ancienne tour de la croisée du transept en 1886. Après 457 années de travaux, la cathédrale est enfin inaugurée le par Mgr Le Coq.

Les lustres de la nef sont réalisés vers 1870 par François Evellin, et classés en 1994 au titre objet des Monuments historiques[18].

Restaurations et incendies

Bombardements de 1944 et incendie de 1972

Les violents bombardements du 15 juin 1944 conduisent également à des travaux de restauration de l’édifice qui sont presque achevés lorsque, le , se déclenche dans les combles un gigantesque incendie (dû à la mauvaise manipulation d'un chalumeau par Clair Brevet, ouvrier couvreur soudant un chéneau[19]) qui embrase la toiture. Les pompiers parviennent à maîtriser le sinistre, mais la charpente est largement détruite, et de nombreux autres dommages sont à déplorer. Les suites judiciaires qui seront données à cette affaire après huit ans de procédure concluront à la responsabilité de l'État (et non celle de l'entreprise nantaise Rineau Frères) qui sera finalement condamné à payer les dégâts. Les juges reprocheront en effet à l'État de ne pas avoir fait nettoyer la poussière (matière très inflammable) qui s'y était accumulée depuis des décennies avant d'y envoyer des ouvriers. Après cet incendie, les cathédrales Saint-Maurice d'Angers et Saint-Julien du Mans avaient été dépoussiérées[19].

Restaurations

La façade restaurée de la cathédrale.

À la suite du sinistre accidentel de 1972, d'importants travaux de restauration sont entrepris. La charpente en bois d'origine est remplacée par une structure en béton (seuls les liteaux retenant les ardoises sont en bois)[20]. La technique et les matériaux utilisés pour la reconstruction de la charpente ont permis la réouverture du chœur de l'édifice dès 1975, lors d'un office solennel, mais il a fallu encore attendre dix ans pour la reconstruction d'un chœur provisoire et 2013 pour son achèvement définitif[21],[22]. Son aspect actuel est dû à une rénovation complète due aux architectes Jean-Marie Duthilleul et Bruno Ferré[23],[24],[25]. Mgr Jean-Paul James, inaugure le nouveau chœur le 12 mai 2013.

On profite également des travaux pour reconstituer le décor de la façade ouest, telle que celle-ci se présentait à l'origine au XVe siècle (cette opération prend fin en septembre 2008).

Il est envisagé d'effectuer après cette phase des travaux similaires, notamment sur la façade est de la tour sud, puis sur le portail du transept nord (côté Porte Saint-Pierre), et enfin sur le chevet[26].

Incendie de 2020

Un nouvel incendie se déclenche le vers h 45[27]. Grâce à l'intervention de 104 pompiers, le feu est circonscrit vers 10 h du matin. Un premier bilan de l'incendie fait état de la destruction totale du grand orgue de tribune, datant du XVIIe siècle, d'un affaiblissement dangereux de la tribune qui le supporte et de la destruction des ultimes vitraux datant de la fin du XVe siècle, posés en 1498 et donc contemporains d'Anne de Bretagne[28],[29].

Le tombeau du duc François II de Bretagne et de sa femme Marguerite de Foix échappent de justesse à l'incendie.

Le Premier ministre Jean Castex se rend sur place accompagné de Gérald Darmanin et Roselyne Bachelot, ministres de l’Intérieur et de la Culture, et annonce « une reconstruction la plus rapide possible », où l’État « prendra toute sa part »[30],[31].

Trois départs de feu ont été repérés, un au niveau de l'orgue et un de chaque côté de la nef. La piste d'un incendie criminel est évoquée par Pierre Sennès, procureur de la République de Nantes, qui confie une enquête en ce sens à la police judiciaire[32],[33],[34]. Le 25 juillet, un bénévole du diocèse, précédemment entendu par la police, avoue être à l'origine de l'incendie. Il s'agit d'un ressortissant rwandais[35] âgé de 39 ans, dont le titre de séjour n'a récemment pas été renouvelé[36], et qui faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français depuis fin 2019[37]. Il était chargé d'ouvrir et de fermer les portes de la cathédrale. Il est aussitôt mis en examen pour dégradations, détériorations ou destruction du bien d’autrui par incendie, et placé en détention[38].

Mobilier et œuvres détruits
Saint Clair guérissant les aveugles - Hippolyte Flandrin