La faillite de l'emblématique banque d'affaires Lehman Brothers en septembre 2008, point de départ de la crise financière[1] (la banque présentait un bilan maquillé[2] grâce à une astuce comptable, le Repo 105 ; son auditeur financier, Ernst & Young, chargé de vérifier ses comptes, était au courant de l'usage du Repo 105 mais n'en a rien révélé[3].)

La crise bancaire et financière de la fin de l'été 2008, aussi connue comme la crise estivale de 2008, est la seconde phase de la crise financière mondiale de 2007-2008, après la crise des subprimes de l'été 2007[4] et le temps fort de la crise économique mondiale des années 2007-2012. Notons pourtant que des signes avant-coureurs s'étaient déjà manifestés dès février 2007 (donc avant l'été) puisque la banque HSBC avait lancé dès le 8 février un "profit warning" qu'elle justifiait par l'accroissement sensible de ses provisions pour créances douteuses sur le marché immobilier nord-américain[5].

Cette seconde phase[6], marquée par un accroissement de la crise de liquidité et de la crise de confiance et un renchérissement supplémentaire du crédit par une augmentation du taux interbancaire, touche tous les pays du monde. Elle s'est rapidement répercutée sur les marchés boursiers par une chute des cours (certains parlent du « krach de l'automne 2008 »)[7], tandis que le resserrement du crédit pour les entreprises et les ménages pèse sur l'activité économique mondiale. Ce qui résulte de l'accroissement des nouveaux produits.

Cette seconde phase est fortement marquée par une crise bancaire qui commence durant la semaine du lorsque plusieurs établissements financiers américains entrent en cessation de paiement, et sont soit sauvés in extremis par la Réserve fédérale américaine (Fed) – comme la compagnie d'assurance AIG –, soit rachetés par des concurrents en meilleure situation, soit mis en liquidation – comme Lehman Brothers. D'autres marquent rétrospectivement le début de cette phase avec la nationalisation de Freddie Mac et Fannie Mae le . En Europe, plusieurs institutions financières sont sauvées par l'intervention des États et des banques centrales (Banque centrale européenne dans la zone euro) : l'assureur Internationale Nederlanden Groep est ainsi recapitalisé par l'État à hauteur de 10 milliards d'euros[8],[9].

Les gouvernements et banques centrales ont réagi de manière plus ou moins concertée à un début de crise systémique, avec l'objectif à très court terme de maintenir la continuité du système de paiements et du marché interbancaire qui auraient été très affectés par la faillite de plusieurs grandes banques. À cette fin, les banques centrales ont abaissé leurs taux directeurs et la Fed a élargi sa prise en pension de titres à des actifs risqués ; le gouvernement des États-Unis a repris via une structure de défaisance une partie des « actifs toxiques » détenus par les banques (première phase du Plan Paulson) ; des États ont élargi leur garantie des dépôts des particuliers et ont partiellement nationalisé des institutions bancaires en faillite ou proches de l'être (en particulier au Royaume-Uni, où huit banques ont été concernées). Les pays les plus exposés à la crise, en particulier parce qu'ils sont endettés en monnaie étrangère comme l'Islande et l'Ukraine, ont connu une forte dévaluation de leur monnaie et sont entrés dans une situation de cessation de paiement, qu'une aide financière du FMI a résolue.

Cette aggravation de la crise financière a fortement accentué la récession entamée début 2008, visible par la dégradation rapide des prévisions économiques d'activité pour 2009, poussant les gouvernements à engager des plans de relance financés par la dette. Les discussions concernant la régulation des activités financières se sont accentuées, notamment au cours du sommet du G20 de novembre 2008.

Calendrier

Automne 2008, phase aiguë de la crise financière de 2007-2008

La crise financière a débuté au cours de l'été 2007 avec la crise des subprimes[10]. Bien que quelques faillites aient été provoquées en 2007 et début 2008, dont celle de New Century (en), no 2 du subprime[11], ou celle de la 5e banque de Wall Street[12], Bear Stearns, rachetée le par JPMorgan Chase avec l'aide de la Fed, la situation s'est aggravée très rapidement au début du mois de septembre 2008. Fannie Mae et Freddie Mac, deux organismes semi-étatiques chargés du refinancement des prêts immobiliers aux ménages, vont commencer à connaître de graves difficultés. Les évènements vont alors se précipiter et la faillite de Lehman Brothers aggravera grandement la situation. Le paysage bancaire sera profondément modifié, tandis que les places boursières connaîtront de fortes variations (du 01/01/2008 au 24/10/2008, le CAC 40 baisse de 43,11 %, le Dax (Allemagne) de 46,75 %, le FTSE 100 (Royaume-Uni) de 39,86 %, le Nikkei (Japon) de 50,03 % et le Dow Jones (États-Unis) de 36,83 %[13]).

Septembre 2008

Niveau moyen du Dow Jones Industrial, entre janvier 2006 et novembre 2008[14].
  • Le 7 septembre, Freddie Mac et Fanny Mae sont mises sous tutelle. Ces deux institutions, « qui assurent ou garantissent près de 5 300 milliards de dollars de prêts soit 40 % environ de l'encours de crédit immobilier américain », sont considérées comme « trop grandes pour faire faillite »[15]. Le Trésor américain envisage d'y investir 200 milliards USD[15] pour les sauver.
  • Le , l'allemande Deutsche Postbank, filiale de Deutsche Post, est rachetée par sa compatriote la Deutsche Bank pour 9,3 milliards d'euros.
  • Le , Lehman Brothers se déclare en faillite après que Bank of America et la Barclays, qui étaient intéressées par son rachat, se furent retirées du dossier, faute de garanties données par les autorités fédérales. Bank of America rachète alors Merril Lynch 50 milliards de dollars. Cette dernière est en effet à court de liquidités après avoir perdu 57 milliards de dollars depuis l'été 2007. La faillite de Lehman Brothers « ébranle le système financier mondial »[16]. Cette faillite qui constituerait « la banqueroute la plus importante de toute l'histoire financière des États-Unis »[17] provoque un affolement des bourses mondiales où les actions du secteur bancaire plongent de plus de 7 % (à Londres la Barclays perd 8,20 % et à Paris la Société générale 7,63 %). Pour apaiser les tensions, la Banque centrale européenne annonce un appel d'offres rapide[18]. La Fed et le département du Trésor des États-Unis seront par la suite accusés[19] d'avoir aggravé la crise en ne sauvant pas Lehman Brothers dont la faillite a provoqué un début de crise systémique.
  • Le , AIG, premier assureur américain, est sauvé par l'État au prix d'un prêt de 85 milliards de dollars accordé par la Fed et d'une nationalisation du capital à hauteur de près de 80 %[20]. En effet, la Fed le considère comme « too risky to fail » (« trop risqué pour faire faillite ») c'est-à-dire que sa faillite aurait fait courir de grand risque aux marchés et à l'économie[21].
  • À partir du 16 septembre 2008, la britannique Barclays et la japonaise Nomura rachètent les actifs de Lehman Brothers qui s'est déclaré en faillite le week-end des 13-14 septembre.
  • Morgan Stanley voit fin septembre l'entrée à son capital (21 % des actions pour 9 milliards de dollars) de la plus grande banque japonaise, Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG).
  • Le 19 septembre 2008, la banque britannique Halifax-Bank of Scotland (HBOS) est rachetée pour 12,2 milliards de dollars par la Lloyds TSB[22].
  • Le 25 septembre 2008, Washington Mutual, l'une des premières caisses d'épargne américaines, a été saisie et l'essentiel des actifs seront revendus à JPMorgan Chase, pour 1,9 milliard de dollars, qui devient alors la première banque américaine par l'actif sous gestion.
  • Le 28 septembre 2008, la banque du Benelux Fortis, est nationalisée partiellement, les trois États du Benelux apportant 11,2 milliards d'euros de capitaux propres pour 49 % du capital[23].
  • Le 28 septembre 2008 également, la banque britannique Bradford & Bingley, spécialisée en crédit immobilier, est nationalisée. Son réseau bancaire est racheté par l'espagnol Banco Santander pour 773 millions d'euros (déjà propriétaire d'Abbey et d'Alliance & Leicester acheté fin 2007 pour un prix qui s'avère, en septembre 2008, de 1,6 milliard d'euros)[24].
  • Le 28 septembre toujours, la banque allemande Hypo Real Estate, spécialisée dans le financement de l'immobilier, est sauvée par un plan d'urgence de 35 milliards d'euros qui doit permettre « une liquidation dans l'ordre et non en catastrophe »[25].
  • Le 30 septembre, la première banque mondiale pour le financement des collectivités locales, la franco-belge Dexia, lève 6,4 milliards d'euros auprès des gouvernements belges, français et luxembourgeois ainsi qu'auprès des actionnaires existants.


Octobre 2008

  • Le 3 octobre 2008, Wachovia est rachetée, pour 15 milliards de $ par Wells Fargo, redonnant à ce dernier la première place mondiale[26].
  • Le 5 octobre 2008, Unicrédit, première banque d'Italie, fait appel au marché pour 6,3 milliards d'euros[27].
  • Le 5 octobre 2008, BNP Paribas prend le contrôle de Fortis en Belgique et au Luxembourg pour 14,7 milliards d'euros, tandis que l'État belge devient le premier actionnaire du groupe français[28].
  • Le 6 octobre 2008, le gouvernement allemand[29] a obtenu du secteur bancaire et de l'assurance qu'il accorde une ligne de crédit supplémentaire de 15 milliards d'euros à Hypo Real Estate[30].
  • Le 8 octobre, six banques britanniques (HBOS, Royal Bank of Scotland, Lloyds TSB, Standard Chartered, Nationwide et Abbey filiale de Santander) sont partiellement nationalisées, la banque HSBC refuse néanmoins l'aide du gouvernement anglais. Il faut entendre par là qu'en échange d'une entrée dans leur capital, et d'une garantie du Trésor sur les emprunts obligataires de 250 milliards de livres, le gouvernement britannique entend notamment peser sur la politique des dividendes, sur les rémunérations des dirigeants, ainsi que sur la distribution de crédit aux petites entreprises et aux acquéreurs immobiliers[31]
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      Le schéma de Ponzi mis en place par Bernard Madoff s'écroule au milieu de ce climat délétère pour le monde de la finance, ce qui l'associe en tant qu'évènement symbolique. 65 milliards de dollars sont en jeu, Madoff sera condamné à 150 ans de prison.
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