Gilles de Rais
baron de Retz
Gilles de Rais
Gilles de Laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404-1440). Huile sur toile exposée dans la galerie des maréchaux de France, château de Versailles
(portrait imaginaire par Éloi Firmin Féron, 1835).

Naissance vers 1405 ?
château de Champtocé-sur-Loire
Décès (à environ 35 ans)
Nantes
Origine Duché d'Anjou
Allégeance Drapeau du duché de Bretagne Duché de Bretagne
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Dignité d'État Maréchal de France
Années de service 14201436
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Siège d'Orléans
Bataille de Jargeau
Bataille de Patay
Autres fonctions baron de Retz
seigneur de Machecoul
seigneur de La Bénate (en Corcoué-sur-Logne)
seigneur du Coutumier (en Bois-de-Céné)
seigneur de Bourgneuf-(en-Retz)
seigneur de (l'île de) Bouin
seigneur de Saint-Étienne-de-Mer-Morte
seigneur de Pornic
seigneur de Princé (en Chéméré)
seigneur de Vue
seigneur de Tiffauges
seigneur de Pouzauges
seigneur de Champtocé(-sur-Loire)
seigneur d'Ingrandes
Famille Guy II de Laval-Rais (père)
Marie de Craon (mère)
René de Rais (frère)
Catherine de Thouars (épouse)
Marie de Rais (fille)

Maison de Montmorency-Laval

Signature de Gilles de Rais

Emblème

Gilles de Montmorency-Laval, plus connu sous le nom de Gilles de Rais (ou, selon la graphie moderne, Gilles de Retz[n 1]) en référence à son titre de baron de Retz, né au château de Champtocé-sur-Loire à une date inconnue (au plus tôt durant l'année 1405, peut-être vers le )[5], mort le à Nantes, est un chevalier et seigneur de Bretagne, d'Anjou, du Poitou, du Maine et d'Angoumois [n 2],[7],[8].

Actif durant la seconde phase de la guerre de Cent Ans qui mêle conflit contre le royaume d'Angleterre et guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons[9], il se rallie au camp du roi Charles VII et du grand chambellan Georges Ier de La Trémoille. Gilles de Rais est ainsi amené à combattre les Anglais aux côtés de Jeanne d'Arc mais les relations entre ces deux compagnons d'armes demeurent peu connues, faute de sources. Au cours de leurs campagnes militaires communes, le baron de Rais contribue notamment à la levée du siège d'Orléans avant d'être promu maréchal de France le , jour du sacre royal de Charles VII à Reims.

Après la mort de son grand-père Jean de Craon en 1432 et la disgrâce de son cousin Georges de La Trémoille en 1433, le maréchal de Rais se retire progressivement de la guerre contre les Anglais et leurs alliés bourguignons. Il se voit accusé par sa famille, et notamment par son frère cadet René de La Suze, de dilapider son patrimoine en aliénant ses terres au plus offrant afin de pallier ses fastueuses dépenses, prodigalités qui entraînent sa mise sous interdit par le roi Charles VII le [10].

En , Gilles de Rais est jugé dans le duché de Bretagne par l'officialité de Nantes pour hérésie, sodomie et meurtres de « cent quarante enfants, ou plus[11] ». Simultanément, il est condamné à la pendaison et au bûcher par la cour séculière nantaise pour s'être emparé indûment du château de Saint-Étienne-de-Mer-Morte ainsi que pour des crimes commis sur « plusieurs petits enfants » sans précision de leur nombre[12].

Au terme d'un processus de mythification attesté par une tradition orale datant, pour le moins, du XIXe siècle, la figure historique du baron de Rais se confond fréquemment avec le personnage de « Barbe Bleue » dans certaines traditions folkloriques locales, des ballades, des complaintes et des contes[13].

Parallèlement, la littérature et le théâtre s'emparent du personnage pour en décliner plusieurs facettes, depuis le maréchal à la barbe bleuâtre portraituré dans des ouvrages romantiques mineurs du XIXe siècle, en passant par l'être double — « fauve » et « esthète décadent » — dépeint dans le roman Là-bas de Joris-Karl Huysmans, jusqu'au « monstre sacré » exposé dans l'essai de Georges Bataille[14] et l'ogre ambivalent de l'œuvre romanesque de Michel Tournier[15].

Depuis la perception renouvelée du phénomène des crimes sexuels en série vers la fin du XIXe siècle[16], le cas du maréchal de Rais est parfois rapproché de la catégorie criminelle des tueurs en série, voire perçu comme l'archétype[17] d'une figure médiatique contemporaine de la dangerosité, celle du « pédophile confondu avec l'assassin violeur, un Gilles de Rais réactualisé sous la double forme du prédateur et du déséquilibré[18]. » Le baron meurtrier devient ainsi « l'incarnation d'une structure perverse intemporelle n'ayant plus qu'un lointain rapport avec la triple accusation médiévale de rébellion, de pacte avec le diable et de rapports contre-nature »[19].

À compter du début du XXe siècle, quelques particuliers désireux d'innocenter Gilles de Rais publient des essais, voire entreprennent des démarches de réhabilitation en arguant qu'un complot judiciaire a été ourdi à son encontre. Réfutant cette thèse, certains historiens médiévistes tendent à ne plus établir une vérité judiciaire absolue à partir des actes des procès mais se penchent plutôt sur la procédure inquisitoriale employée. Leur but est de questionner les témoignages à l'aune des schèmes interprétatifs des juges[20],[21] et de s'interroger sur l'étendue de la culpabilité du seigneur de Tiffauges sans intention de le disculper[22],[23].

Biographie

Maison

Contexte géopolitique et ascendance familiale

Situation du pays de Retz dans le duché de Bretagne, au sud du pays nantais.

Au XIVe siècle, la guerre de Succession de Bretagne voit les maisons de Montfort et de Penthièvre s'affronter pour recueillir la succession du duché de Bretagne. Durant vingt-trois années, ce conflit s'insère dans le cadre global de la guerre de Cent Ans. Ainsi, la famille de Montfort bénéficie du soutien du royaume d'Angleterre tandis que les Penthièvre reçoivent l'appui des rois de France. En 1365, la maison de Montfort obtient finalement la couronne ducale lorsque le premier traité de Guérande établit Jean de Monfort comme duc sous le nom de Jean IV de Bretagne. La « victoire à l'arraché » de ce dernier « contribue largement à forger un nouvel état d'esprit moins féodal chez [les ducs Monfort] portés à affirmer la nécessaire autonomie (voire l'indépendance) du duché vis-à-vis de la France », souligne l'historien médiéviste Jean-Christophe Cassard. Le traité de Guérande ne règle donc pas pour autant le contentieux franco-breton, qui se poursuit sous le règne de Charles V, roi de France[24].

En 1371, la maison de Rais s'éteint à la mort du dernier titulaire de la baronnie, Girard V Chabot[25], allié traditionnel des Penthièvre et des rois de France[n 3]. La sœur de Girard V, Jeanne Chabot dite « la Sage » ( 1407) recueille son héritage[25], que convoite le duc Jean IV de Bretagne[28]. Celui-ci, à l'instar des rois et princes de ce temps, poursuit une politique de « centralisation personnelle[n 4] » en vue d'agrandir ses domaines[n 5]. Or la baronnie de Rais représente non seulement l'une des plus prestigieuses de Bretagne mais ce fief inclut de surcroît le château de Machecoul, forteresse d'une ville considérée, de par sa position frontalière dans les marches de Bretagne et du Poitou, comme l'une des « entrées et yssues du duché de Bretagne[30]. »

Soucieux de contrer l'influence du prince breton, le roi Charles V confie la garde du « pays [de] la dame de Rays » à un proche parent de Jeanne Chabot, Guy « Brumor » de Montmorency-Laval ( après 1375)[31],[n 6]. Nonobstant, le duc de Bretagne exige de Jeanne qu'elle lui cède ses domaines. Devant le refus de celle-ci, le duc la séquestre et fait occuper militairement les places fortes de la baronnie de Rais[33], dont le château de Machecoul. Les ambitions territoriales de Jean IV occasionnent de longues procédures judiciaires avec Jeanne Chabot jusqu'au décès du duc le [33].

Sceau de Guy II de Laval-Rais, vers 1405-1407[34].
Blason de la baronnie de Retz (d'or à la croix de sable), repris par Guy II de Montmorency-Laval.

Le , Jeanne Chabot, restée sans enfant et désireuse de régler sa succession, désigne comme son héritier le fils de Guy Brumor, Guy II de Montmorency-Laval († 1415), à la condition que ce dernier relève le nom et les armes de Rais[35],[33]. Toutefois, Jeanne Chabot se ravise en consentant finalement à une dévolution en faveur d'un autre de ses parents, Jean de Craon (vers 1355, fils de Pierre), seigneur de La Suze et de Champtocé[35],[36]. Cette volte-face entraîne d'importants procès entre Guy de Laval et Jean de Craon avant que les deux parties ne parviennent à un compromis et scellent leur entente par un projet de mariage entre Guy et la fille de Jean de Craon, Marie ( avant octobre 1415)[37].

Deux actes datés des 5 et précisent notamment les conditions du mariage, subordonnant celui-ci à l'approbation préalable de l'accord par le parlement de Paris[38],[39],[40]. Les 24 et , Jean de Craon et Guy de Laval constituent à cet effet des procureurs chargés de soumettre leur convention à la cour souveraine de justice[41], qui homologue l'accord le . Enfin, Jeanne Chabot « la Sage » cède quatre seigneuries à Guy de Laval, moyennant une rente viagère, le [33]. Guy de Laval et Marie de Craon s'unissent vraisemblablement à une date postérieure à la finalisation de ces formalités. Le couple s'installe au château de Machecoul, où Jeanne Chabot trépasse en 1407[42].

Guy de Laval devient conséquemment le nouveau baron de Retz, prenant le nom de Guy II de Laval-Rais, doyen des barons de Bretagne, titre dont héritera son fils aîné Gilles. Guy II de Montmorency-Laval hérite des seigneuries de Machecoul, de La Bénate, du Coutumier, de Bourgneuf, de Bouin, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, de Pornic, de Princé, de Vue, etc., qui forment la baronnie de Rais, correspondant peu ou prou à l'actuel Pays de Retz.

Jeunesse

La tour éventrée du château de Champtocé.

Descendant des maisons de Montmorency-Laval, Craon et Retz[n 7], Gilles de Rais voit le jour « en une chambre appelée la Tour Noire » au château de Champtocé[n 8],[46], à une date inconnue. Sa naissance a été située de manière variable entre 1396 et 1407, et plus fréquemment vers la fin de l'année 1404. Toutefois, compte tenu des délais causés par les procédures juridiques qui conditionnèrent le mariage de ses parents, le chartiste Matei Cazacu déduit que le baron de Rais voit vraisemblablement le jour « au plus tôt en 1405 ». D'autre part, il lui est donné plus précisément l'âge « de 14 à 15 ans » en dans un document d'archives analysé par la médiéviste Marcelle-Renée Reynaud[n 9].

Le choix du nom de baptême « Gilles » s'explique peut-être par un hypothétique pèlerinage effectué par Guy de Laval et Marie de Craon à Saint-Gilles mais il ne s'agit que d'une conjecture basée sur une croyance médiévale relative à Gilles l'Ermite[n 10]. Matei Cazacu suggère que la date de naissance ou de baptême de Gilles de Rais pourrait éventuellement coïncider avec la fête de saint Gilles le 1er septembre, d'où son prénom[63].

René, frère cadet de Gilles, naît probablement durant l'année 1414[64],[65]. Postérieurement à la mort de son grand-père Jean de Craon en 1432, il obtient la seigneurie de La Suze lorsque son frère aîné Gilles lui assigne sa part d'héritage le devant la cour ducale à Nantes[n 11]. Le puîné est dès lors désigné comme René de La Suze, relevant ainsi le nom porté par la branche cadette des Craon[66],[67],[68].

Consécutivement aux décès de leur mère Marie de Craon à une date inconnue[n 12] puis de leur père Guy II de Laval-Rais fin à Machecoul[n 13],[83],[84], les jeunes frères Gilles et René sont élevés par leur grand-père maternel, Jean de Craon, seigneur de La Suze et de Champtocé. Dans son testament, Guy II de Laval-Rais désignait pourtant son beau-frère, Jean II Tournemine de la Hunaudaye, comme « gardien, tuteur, protecteur, défenseur et administrateur légitime » de ses deux fils[85],[86].

Projets matrimoniaux

Le , Jean de Craon fiance son petit-fils Gilles à une riche héritière de Normandie, Jeanne Paynel, fille de Foulques VI Paynel, seigneur de Hambye et de Bricquebec. Toutefois, le Parlement de Paris interdit le mariage jusqu'à ce que Jeanne Paynel ait atteint sa majorité[87],[88],[89],[90]. Ce projet matrimonial n'aboutit pas[n 14].

Le , le seigneur de La Suze fiance le jeune baron à Béatrice de Rohan, fille d'Alain IX de Rohan et de Marguerite de Bretagne, et nièce du duc Jean V de Bretagne[95],[96]. Le contrat, daté de Vannes, n'a pas de suite pour une raison indéterminée[97],[98],[n 15].

Gilles de Rais finit par se fiancer avec sa cousine Catherine de Thouars[105], fille de Miles II de Thouars[n 16] et de Béatrice de Montjean. Outre l'obstacle posé par la consanguinité de Gilles et Catherine[n 17], des litiges opposent alors la maison de Craon à Miles II de Thouars, seigneur de Pouzauges et de Tiffauges[n 18]. Négligeant ces contraintes et sans attendre de dispense ecclésiastique, Gilles enlève Catherine[n 19] puis l'épouse dans une chapelle sise en dehors de son église paroissiale, sans publier de bans[n 20]. En dépit d'un contrat de mariage établi le [n 21], les deux jeunes gens voient leur union annulée et déclarée incestueuse par l'Église[117].

Postérieurement au décès de Miles II de Thouars, des alliances matrimoniales finissent par rapprocher les maisons de Craon et de Thouars[n 22], contribuant ainsi à régulariser la situation de Gilles de Rais et Catherine de Thouars[116]. Le , le légat pontifical s'adresse à Hardouin de Bueil, évêque d'Angers, afin que ce dernier prononce une sentence de séparation à l'encontre de Gilles et Catherine, leur impose une pénitence avant de les absoudre du crime d'inceste et de permettre leur mariage en bonne et due forme[118]. Après avoir diligenté une enquête, Hardouin de Bueil marie en grande pompe Gilles et Catherine le [n 23] au château de Chalonnes-sur-Loire.

Catherine donne à Gilles de Rais une fille unique, Marie de Rais (1429 ?-1457), qui se mariera à l'amiral Prigent de Coëtivy puis au maréchal André de Lohéac, et qui succèdera à son père en tant que baronne de Retz.

Litiges familiaux

Reconstitution du château de Tiffauges et de son enceinte, par Georges Balleyguier, 1886.

Monnaie courante chez les lignées nobles de l'époque, les chicanes testamentaires occasionnent parfois d'interminables et violents conflits pouvant « déchirer les familles au point de rendre irréversible l'étendue des haines », indique la médiéviste Valérie Toureille[124].

Vue actuelle des ruines du château de Champtocé.

Conformément aux clauses du contrat de mariage de sa fille Catherine de Thouars, Béatrice de Montjean conserve en douaire un certain nombre de possessions de feu Miles II de Thouars, dont les châteaux de Tiffauges et Pouzauges. Jean de Craon et Gilles de Rais escomptent récupérer ultérieurement l'héritage constitué par l'ensemble des châteaux poitevins de Béatrice[125],[126]. Cependant, Béatrice de Montjean se remarie avec Jacques Meschin de la Roche-Aireault, ancien écuyer de feu Miles II de Thouars et chambellan du roi Charles VII. Cette union compromet les projets du seigneur de La Suze et de son petit-fils. En conséquence, les deux compères chargent leur acolyte Jean de la Noe (ou la Noue), capitaine de Tiffauges, d'enlever Béatrice. Jean de la Noe profite de l'occasion pour s'emparer également de la sœur cadette de Jacques Meschin[125],[n 24]. Béatrice de Montjean est emprisonnée au Loroux-Bottereau, puis à Champtocé. Son beau-fils Gilles de Rais et Jean de Craon menacent de la coudre dans un sac avant de la jeter dans une rivière si elle ne renonce pas à son douaire[125],[126].

Afin de libérer sa femme et sa sœur, le chambellan Jacques Meschin de la Roche-Aireault fait assigner Jean de Craon et Gilles de Rais à plusieurs reprises devant le parlement de Paris[n 25], en pure perte. Jacques Meschin dépêche un huissier à Champtocé avant d'y déléguer son propre frère, Gilles Meschin, placé à la tête de ses envoyés. Jean de Craon jette en prison tous les porteurs de l'assignation, Gilles Meschin inclus[125]. Le seigneur de La Suze consent néanmoins à relâcher Béatrice de Montjean à la prière de son épouse Anne de Sillé, cette dernière étant de surcroît la propre mère de la prisonnière. Les autres otages finissent par être libérés moyennant rançon mais Gilles Meschin meurt quelques jours plus tard, vraisemblablement éprouvé par les conditions de sa détention champtocéenne. La sœur cadette de Jacques Meschin, envoyée en Bretagne, est contrainte d'épouser Girard de la Noe, le fils du capitaine de Tiffauges[125],[126].

Poursuivis judiciairement devant le parlement de Paris par Jacques Meschin, Jean de Craon et son petit-fils transigent avec leur adversaire. Dans le cadre d'une transaction entérinée par le parlement, le chambellan choisit de garder Pouzauges tandis que Gilles de Rais conserve Tiffauges. Craon et Rais n'en extorquent pas moins Pouzauges à Jacques Meschin sous prétexte que Catherine de Thouars, la femme de Gilles, « porte le nom [de Pouzauges] dans le monde. » Alors qu'il se rend à Pouzauges pour y superviser l'exécution de la transaction, Adam de Cambrai, premier président du parlement de Paris, est molesté et détroussé par des hommes à la solde des deux complices. Les multiples condamnations qui frappent ensuite Jean de Craon et Gilles de Rais restent lettre morte[125].

Titres et patrimoine

Gilles de Montmorency-Laval porte les titres de baron de Retz, seigneur de Machecoul, de La Bénate, du Coutumier, de Bourgneuf-en-Retz, de Bouin, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, de Pornic, de Princé, de Vue, etc. (villages et châtellenies qui constituent à son époque la baronnie de Retz), ainsi que de Tiffauges, de Pouzauges, de Champtocé-sur-Loire et d'Ingrandes, seigneuries acquises par héritage et mariage[n 26].

Carrière militaire

Premières armes durant la guerre civile bretonne ?

Enluminure représentant la fin du siège de Champtoceaux. Pierre Le Baud, Compillation des Cronicques et ystores des Bretons, ms. Français 8266, fo 344 vo, XVe siècle, Paris, BnF.
Statue de bois polychrome représentant un duc de Bretagne traditionnellement identifié à Jean V, chapelle Saint-Fiacre du Faouët, vers 1400[132].

Depuis la fin de la guerre de Succession de Bretagne en 1365, les princes issus de la maison de Montfort — Jean IV de Bretagne puis son fils et successeur Jean V — règnent comme ducs de Bretagne. Or les chefs de la maison de Penthièvre — descendants du candidat malheureux à la couronne ducale — fomentent une embuscade qui aboutit à l'emprisonnement du duc Jean V au château de Champtoceaux en . Les auteurs du guet-apens, Marguerite de Clisson et ses deux fils, Olivier, comte de Penthièvre et Jean de L'Aigle, bénéficient du soutien du futur roi de France, le dauphin Charles[133],[134].

La guerre civile embrase de nouveau le duché de Bretagne. À l'appel de la duchesse Jeanne, épouse de Jean V, la noblesse bretonne se rassemble autour de la dynastie de Montfort, y compris d'anciens partisans de la lignée des Penthièvre tel Jean de Craon. Le , ce dernier se rend auprès de sa suzeraine afin de jurer, avec les autres seigneurs présents, de la protéger et de délivrer le duc[135]. En représailles, les bandes armées des Penthièvre assaillent les fiefs du seigneur de La Suze et de son petit-fils Gilles de Rais, détruisant notamment le château de La Mothe-Achard[136],[137].

Le , le dauphin Charles approuve l'attentat commis par les Penthièvre sur la personne du duc mais il se rétracte le en ordonnant aux frères Olivier de Blois et Jean de L'Aigle de lui remettre Jean V[138],[134]. En effet, le sort des armes est favorable à la maison de Montfort, les places bretonnes des Penthièvre tombant l'une après l'autre. Sis dans les marches d'Anjou et de Bretagne, le château de Champtoceaux est à son tour assiégé par l'armée ducale le 8 ou . Sentant la nécessité d'un commandant unique et incontesté durant le siège, les seigneurs bretons sollicitent les Anglais de libérer un prisonnier de marque : le comte Arthur de Richemont, frère cadet de Jean V de Bretagne. En fin de compte, les Penthièvre relâchent le duc puis abandonnent Champtoceaux en y laissant des documents compromettant le dauphin. À l'issue du conflit, la forteresse est rasée[139].

Expansion du domaine ducal breton de 1400 à 1428, durant le règne de Jean V.

Le médiéviste Michael Jones souligne que « nul autre événement dans la Bretagne du XVe siècle (…) n'eut de si graves et de si larges conséquences politiques et sociales. Il permit à Jean V et à ses successeurs de poursuivre la construction d'un État indépendant qui était déjà bien avancée, d'augmenter considérablement le domaine ducal et de récompenser généreusement leurs partisans » en octroyant à ces derniers des terres confisquées aux Penthièvre[140].

Par conséquent, une fois rentré triomphalement à Nantes le , le duc Jean V remercie Jean de Craon ainsi que « son [petit-]fils de Rays » « de leurs bons et notables services » en les dédommageant de leurs pertes par l'attribution de domaines saisis sur les prétendants vaincus. Le jeune Gilles accomplit peut-être ses premiers faits d'armes en prenant part au dernier grand conflit résiduel de la guerre de Succession de Bretagne[n 27]. Il est également possible que Jean de Craon et son petit-fils entrent alors dans la clientèle du prince breton Arthur de Richemont, récemment libéré de sa captivité en Angleterre[n 28].

En , le roi Henri V d'Angleterre devient l'héritier du roi Charles VI de France par le traité de Troyes. Ulcéré par les compromissions du dauphin avec ses ravisseurs, Jean V de Bretagne reconnaît Henri V, avant de louvoyer entre les couronnes de France et d'Angleterre afin de préserver l'indépendance de son duché[158],[145].

En 1422, à la suite des décès successifs des souverains Henri V d'Angleterre et Charles VI de France, la dynastie des Lancastre revendique « l'union des deux couronnes » en la personne de l'enfant Henri VI, roi de France et d'Angleterre. Dans le cadre de cette « double monarchie », le duc Jean de Bedford, frère cadet de Henri V, devient le régent du royaume de France durant la minorité de Henri VI.

Unique fils survivant de Charles VI « le Fou », le dauphin Charles se proclame roi de France sous le nom de Charles VII. Résolu à recouvrer l'ensemble du domaine royal, le nouveau souverain poursuit la guerre contre les Anglais. Dans ce contexte, Jean de Craon et Gilles de Rais prennent peut-être part à la victoire de la Gravelle le , puis à la bataille de Verneuil le . Bien qu'aucune source ne la confirme, le chartiste Matei Cazacu émet cette hypothèse en avançant trois arguments : le rang important de Craon et de son petit-fils en tant que vassaux du duc Louis III d'Anjou, le souci de la défense de leurs biens angevins face aux Anglais ainsi que la présence attestée à la bataille de Verneuil de plusieurs proches des deux hommes[159]. Quoi qu'il en soit, la défaite sanglante des troupes de Charles VII à Verneuil change la donne politique en parachevant le désastre militaire d'Azincourt survenu près de dix ans plus tôt[160].

Alliance franco-bretonne par l'entremise de la maison d'Anjou

Arthur, comte de Richemont, connétable de France (1458). Dessin aquarellé, Paris, BnF, collection Gaignières.
Yolande d'Aragon, duchesse d'Anjou. Verrière (registre inférieur) du bras nord du transept de la cathédrale Saint-Julien du Mans.

Désormais en position de faiblesse à la suite de l'anéantissement de son armée à Verneuil, Charles VII se voit contraint de chercher de nouveaux soutiens[160]. Or, la belle-mère du souverain se trouve être Yolande d'Aragon[n 29], dirigeante de la maison d'Anjou, une branche cadette de la dynastie royale des Valois. Soucieuse des intérêts de sa maison qui rejoignent, « non sans nuance », ceux de son beau-fils[162],[163], Yolande œuvre depuis 1423 au rapprochement de la France et de la Bretagne, avec l'aide de son vassal Jean de Craon[164],[160]. Bien que le grand-père de Gilles de Rais soit un important seigneur angevin, fortuné et détenteur de maints domaines manceaux, angevins et bretons, son influence à la cour ducale d'Anjou ne semble débuter qu'en 1423-1424. Auparavant, Jean de Craon séjournait plus volontiers en Bretagne et avait même connu des différents juridiques avec les ducs d'Anjou au sujet du comté de Brienne et des terres de la famille de Roucy[165].

En , la politique angevine promeut finalement Arthur de Richemont, frère cadet du duc Jean V de Bretagne, à la dignité de connétable de France[166]. Le roi entérine ainsi la ligne prônée par les maisons alliées d'Anjou et de Bretagne, à savoir le rapprochement diplomatique de la couronne avec les duchés de Bourgogne et de Bretagne en vue de ramener la concorde entre les princes, faire entrer les grands feudataires au Conseil royal et poursuivre la guerre contre les Anglais. Entre autres concessions, Charles VII écarte de son Conseil ses fidèles accusés d'implication dans le meurtre de Montereau en 1419 et le complot des Penthièvre en 1420[160].

Courant , Charles VII envoie Jean de Craon et d'autres ambassadeurs auprès du duc de Bretagne afin de l'informer officiellement du renvoi des anciens conseillers royaux. Après avoir consulté ses États, Jean V accepte de rencontrer le souverain « sur la rivière de Loire, entre Angers et Tours[167]. » En , accompagné par de nombreux seigneurs — dont Gilles de Rais —, le duc se rend à Saumur[168], en territoire angevin[169]. Flanqué du connétable de Richemont, Charles VII parvient à son tour dans cette ville afin d'y signer un traité d'alliance avec Jean V, le , en présence de la duchesse douairière d'Anjou[170],[171]. La première rencontre attestée entre Gilles de Rais et le roi de France se place à l'occasion des fêtes et conciliabules saumurois[172],[173]. Cependant, le jeune baron est gratifié d'un don royal de 200 livres dès le  ; partant, il paraît peut-être à la cour itinérante de Charles VII avant la signature du traité de Saumur[174]. Le , tout en confirmant le don de la seigneurie de Parthenay à Arthur de Richemont, le souverain demande à son connétable de restituer certaines terres bretonnes au sire de Rais[n 30].

En , le connétable de Richemont essuie un revers cuisant face aux Anglais sous les murs de Saint-James de Beuvron[176],[177]. Mentionnée par certains auteurs, la présence de Gilles de Rais lors de cette bataille n'est corroborée par aucune source[n 31]. À l'issue du combat se place un épisode diversement interprété : l'enlèvement par Richemont de l'évêque Jean de Malestroit, chancelier du duc Jean V de Bretagne. D'après Guillaume Gruel, chroniqueur au service du connétable de France, Richemont s'empare du chancelier breton au motif que celui-ci, prétendument acheté par les Anglais, aurait retardé le paiement de la solde des hommes d'armes, contribuant ainsi à la défaite de Saint-James de Beuvron[180],[181]. Mais il s'agit peut-être d'une confusion commise par le chroniqueur[n 32], doublée d'une calomnie de Richemont visant à masquer ses propres insuffisances martiales[160]. Quoi qu'il en soit, cet épisode permet en 1905 à Salomon Reinach, premier partisan de l'innocence de Gilles de Rais, de noircir l'évêque Jean de Malestroit en mettant en exergue les accusations de traîtrise et d'anglophilie portées à l'encontre du futur juge du baron[182]. L'archéologue dreyfusard façonne en conséquence l'image d'un héros de guerre français devenu la victime d'un tribunal armoricain présidé par un évêque félon nourrissant « les plus noirs desseins et les plus longs ressentiments[183]. » Or des historiens tendent plus récemment à présenter Malestroit, serviteur de Jean V en tant que chancelier de Bretagne durant trente-cinq années, comme une « forte personnalité[184] » essentiellement attentive à l'autonomie et à la souveraineté du duché de Bretagne[185],[186].

En , le connétable de Richemont échoue derechef face aux Anglais lors d'une escarmouche devant le Mont-Saint-Michel[187]. Le , le duc de Bedford, régent du royaume de France au nom d'Henri VI d'Angleterre, déclare la guerre au duc de Bretagne. Les chefs de guerre anglais Talbot et Warwick assiègent la ville normande de Pontorson, fortifiée et occupée par les hommes d'armes bretons du connétable de Richemont[188]. La reddition de Pontorson a lieu le [189], sans que le duc Jean V de Bretagne et son frère Richemont n'aient secouru les assiégés[190].

Georges Ier de La Trémoille, grand chambellan du roi de France

Blason de La Trémoille, « d'or, au chevron de gueules, accompagné de trois alérions d'azur armés et becquetés de gueules »[191],[192],[193].

En , Georges Ier de La Trémoille, seigneur de Sully, devient le grand chambellan du roi Charles VII[160],[194]. Lointain cousin de Gilles de Rais par la branche des Craon, le seigneur de Sully prend l'ascendant au sein du conseil royal tandis que le connétable Arthur de Richemont tombe en disgrâce à la suite de ses échecs tant militaires[166] que politiques, faute de résultats découlant de l'alliance avec le duc de Bretagne[187],[n 33]. Brouillé avec le roi, Richemont conserve l'office de connétable mais quitte la cour. Sans s'allier aux Anglais, il entre en conflit armé avec le grand chambellan.

Jean V de Bretagne, lui-même en butte aux assauts anglais, négocie en avec le duc de Bedford, régent du royaume de France. Le , le duc de Bretagne procède à un nouveau revirement d'alliance en reconnaissant le traité de Troyes et en ordonnant à ses vassaux de cesser la lutte contre les troupes anglaises[195],[194]. Avec ses cousins Laval et le vicomte de Rohan, Gilles de Rais est l'un des plus notables seigneurs bretons à désobéir à son suzerain en demeurant fidèle au roi de France[n 34].

Gisants représentant probablement Jean de Craon (à droite) et Béatrice de Rochefort.
Tombe autrefois située dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste des Cordeliers d'Angers[198].

Parallèlement à la redistribution des cartes à la cour de Charles VII, les Anglais menacent de nouveau les frontières du duché d'Anjou dans la continuité de leur conquête du comté du Maine[n 35]. Les domaines des maisons de Laval et Craon — d'où Gilles de Rais est issu[43] — sont ainsi directement exposés aux raids des « Godons ». Le , Yolande d'Aragon établit son conseiller Jean de Craon lieutenant général en Anjou et dans le Maine[202],[n 36]. Probablement à cette occasion, le seigneur de La Suze dote son petit-fils d'un mentor militaire en la personne de Guillaume de la Jumellière, seigneur de Martigné-Briant[204], également conseiller de Yolande d'Aragon à la cour ducale d'Anjou. L'influence curiale de sa famille paraît consolider l'engagement de Gilles dans la guerre contre les Anglais aux lisières du Maine, entraînant la nomination du jeune baron comme capitaine de la place de Sablé au nom du duc d'Anjou[205].

Le sire de Rais commence vraisemblablement à disposer de sa fortune dès son émancipation, ses vingt ans accomplis, soldant des troupes et des « espies » (à savoir des éclaireurs[206]) afin de contrer l'avancée anglaise[207]. Les chroniques mentionnent le nom du jeune baron, conjointement avec ceux d'autres capitaines du roi, à compter de la seconde moitié de l'année 1427[195]. Du reste, les dépenses de nature militaire seront dénoncées par les héritiers de Gilles plusieurs années après sa fin infamante[208].

Menant une « guerre guerréante[n 37] », autrement dit une guérilla aux confins du comté du Maine en compagnie de son parent Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir et du chevalier Ambroise de Loré[152],[210], Gilles de Rais emporte d'assaut la forteresse de Ramefort à Gennes[n 38]. Dès qu'ils se sont rendus maîtres de la place forte mancelle, le sire de Rais et les autres capitaines respectent leur promesse d'épargner la garnison anglaise mais font pendre les hommes « de la langue française » qu'ils y trouvent[216], possible manifestation d'un « fort sentiment national[217] » à l'encontre de combattants considérés comme des « Français reniés[n 39] ». À la suite d'un autre coup de main, les seigneurs de Rais, de Loré et de Beaumanoir reprennent aux Anglais le château de Malicorne[219],[n 40]. Comme lors de la prise de Ramefort, les capitaines font exécuter les assiégés parlant français[221],[217].

La chronologie confuse des chroniques médiévales ne permet pas toujours de dater avec certitude les prises des places fortes[n 41]. De surcroît, les forteresses peuvent être successivement enlevées d'assaut, perdues puis reconquises en raison de la faiblesse de leurs garnisons ou « des revirements sans fin des seigneurs locaux qui appartenaient souvent à des réseaux concurrents », note l'historien médiéviste Boris Bove[224]. Les reconquêtes de Ramefort et Malicorne par les capitaines tenant pour Charles VII prennent peut-être place en , lors du siège anglais de la cité normande de Pontorson, autrement dit avant même la nomination officielle de Jean de Craon comme lieutenant général en Anjou et dans le Maine[n 42]. Vraisemblablement à une date ultérieure, Gilles de Rais et ses compagnons d'armes s'emparent du château du Lude. Le commandant de la garnison, un capitaine anglais dénommé William Blackburn[228], est tué ou fait prisonnier[n 43].

Au printemps 1428, le sire de Rais participe à hauteur de mille écus d'or au paiement de l'énorme rançon de son cousin[250],[251] André de Lohéac, pris par les Anglais le lors du siège de Laval. En la personne de Guy XIV, Anne et Jeanne, respectivement frère, mère et grand-mère du jeune captif, la famille de Laval s'engage à rembourser les « très chiers et amés cousins et grands amis » qui ont contribué à délivrer le seigneur de Lohéac[252],[253].

En , de nouvelles troupes anglaises débarquent dans le royaume de France puis assiègent Orléans à partir d'octobre[254].

Alliance avec le grand chambellan La Trémoille et compagnonnage d'armes avec Jeanne d'Arc

Enluminure représentant une femme devant un roi assis sur un trôle. Des soldats sont visibles hors du bâtiment
Jeanne d'Arc convainc le roi Charles VII et son Conseil de poursuivre le siège de Troyes. Enluminure du manuscrit Les Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne, Paris, BnF, département des Manuscrits, fin du XVe siècle.
Sceau présumé de Gilles de Rais (il s'agit peut-être d'un faux fabriqué au XIXe siècle)[255].
1429
  • Territoires contrôlés par Henri VI d'Angleterre
  • Territoires contrôlés par le duc de Bourgogne
  • Territoires contrôlés par Charles VII
  • Principales batailles
  • Raid du roi Henri V d'Angleterre de 1415
  • Itinéraire de Jeanne d'Arc vers Reims en 1429

Probablement en date du , Jeanne d'Arc arrive à Chinon en provenance de Vaucouleurs afin de s'entretenir avec le roi[256]. Gilles de Rais est alors présent au château de Chinon[257] à l'instar des autres capitaines qui composent l'entourage de Charles VII durant ces temps de guerre[258],[259]. Un mois plus tard, par lettre datée du , signée de sa main et munie de son sceau, le jeune baron noue une alliance avec son cousin Georges Ier de La Trémoille, s'engageant à le servir de toute sa puissance « jusques à mort et à vie, envers tous et contre tous seigneurs et autres, sans nul excepté[n 44]…, dans la bonne grâce et amour du roi[261],[262],[263]. » Le grand chambellan poursuit ainsi sa stratégie d'alliances bilatérales contractées avec des membres de la noblesse[n 45] en vue de « stabiliser sa politique », de maintenir sa situation fragile auprès du roi[264] et de se prémunir contre les complots fomentés par le connétable de Richemont et ses alliés[n 46].

À l'aune de l'image essentiellement négative de La Trémoille dans l'historiographie johannique[268],[269],[270],[271],[272],[273], l'alliance entre le baron de Rais et le grand chambellan est longtemps interprétée défavorablement puisque perçue à travers le prisme exclusif de la mission de Jeanne d'Arc. Le seigneur de Tiffauges est ainsi portraituré ordinairement comme « l'homme[274] » de l'influent La Trémoille, bien davantage que comme le compagnon d'armes de la Pucelle[275],[53],[276],[277],[278]. Depuis, plusieurs thèses hostiles au seigneur de Sully ont été réfutées ou nuancées par les médiévistes Philippe Contamine et Olivier Bouzy[n 47],[279],[280]. En tout état de cause et malgré son importance, le rôle politique de La Trémoille demeure mal connu faute d'études spécifiques sur le personnage[281], travaux qui permettraient de contextualiser davantage l'action de Jeanne d'Arc[n 48] ou celle de Gilles de Rais[283].

S'interroger à propos de la « fidélité absolue ou [la] trahison, [le] dévouement ou [l']indifférence » de Gilles à l'égard de Jeanne d'Arc revient à poser « un faux problème », énonce l'historien Jacques Heers : « L'important n'est pas de chercher à sonder quels furent les véritables sentiments, penchants et intentions du sire de Rais, maréchal de France, un des capitaines de l'armée du roi ; cela ressort forcément de la spéculation […] » puisque Gilles, toujours « dans le sillage des favoris », ne se situerait pas au plus haut niveau de décision[284]. Cependant, l'historien chartiste Matei Cazacu exprime son désaccord avec les interprétations visant à réduire Gilles de Rais au rôle de créature subordonnée à La Trémoille. Le chercheur rappelle que le contrat entre les deux hommes se rattache au réseau d'alliances mis en place par le grand chambellan pour défendre sa position politique contre les complots fomentés par Louis d'Amboise, entre autres périls. Partant, Cazacu estime que Gilles se placerait vis-à-vis de La Trémoille dans une position comparable à celle des grands seigneurs Alençon, Clermont et Foix, autres alliés du sire de Sully[285].

Dans le cadre d'une tentative de rapprochement diplomatique franco-breton probablement appuyée par La Trémoille[n 49], Gilles de Rais écrit en au duc Jean V de Bretagne pour l'inciter à renforcer l'armée qui se constitue à Blois en vue de porter secours à la ville d'Orléans assiégée par les Anglais[286],[287]. Parallèlement, après avoir subi un interrogatoire par des docteurs en théologie à Chinon puis à Poitiers, Jeanne d'Arc reçoit l'autorisation d'accompagner l'armée de secours réunie à Blois[288]. Le , la Pucelle se rend dans cette ville pour y trouver prêts un convoi de vivres, d'armes et de munitions ainsi qu'une escorte de plusieurs dizaines d'hommes d'armes et de trait, commandée par Gilles de Rais et Jean de Brosse, maréchal de Boussac. L'escorte inclut une compagnie d'Angevins et de Manceaux soldés par le sire de Rais[n 50], qui « apparaît bien ici au cœur du dispositif, d'ailleurs [...] modeste[260]. »

Le convoi s'ébranle le , longeant la Loire sur la rive gauche[290]. Apprenant sa venue, Jean le bâtard d'Orléans — membre du Conseil royal[291] et chef de facto de la maison d'Orléans, branche cadette de la dynastie royale des Valois[292] — quitte la ville assiégée en traversant la Loire en barque pour se porter au-devant de Jeanne durant la nuit du 28 au . En dépit des objurgations de la Pucelle, désireuse d'attaquer les Anglais sur l'heure, le bâtard la convainc d'entrer dans Orléans avec le ravitaillement et deux cents « lances » (c'est-à-dire deux cents hommes d'armes[n 51]) tandis que le reste de l'escorte, dont ses chefs Jean de Brosse et Gilles de Rais, s'en retourne vers Blois[294]. Le au matin, Gilles de Rais et l'amiral Louis de Culant reviennent à Orléans avec le reste des troupes réunies à Blois[295]. Le baron de Rais contribue ainsi à la levée du siège de la ville par les Anglais[296]. Conjointement à d'autres « chevaliers, écuyers et gens de guerre », il accompagne la Pucelle lorsque celle-ci rend compte au roi de la levée du siège[297],[298],[299].

Sur l'insistance de Jeanne d'Arc, Charles VII finit par consentir à se rendre à Reims afin d'y être sacré roi. Par conséquent, une armée importante — estimée entre 5 000 et 8 000 combattants — est réunie à Selles-sur-Cher en vue de reprendre les places de la Loire, conquises par les Anglais durant l'été 1428. Le prestige de la Pucelle renforce la position de Charles, qui voit nombre de ses vassaux se presser de lui rendre leurs devoirs militaires. Sans avoir été convoqués, les cousins Laval de Gilles de Rais, Guy XIV et André de Lohéac, se rendent ainsi à Loches le . Ils y rencontrent le jeune dauphin Louis puis s'entretiennent le lendemain à Saint-Aignan avec le roi Charles, qui les remercie de leur venue. Les deux frères Laval parviennent le lundi à Selles où la Pucelle les accueille chaleureusement. Gilles de Rais ne tarde pas à rejoindre ses cousins ce même lundi et d'autres combattants affluent les jours suivants[300],[301]. Charles VII confie le commandement de l'armée de la Loire à son parent, Jean d'Alençon[n 52].

Sacre de Charles VII à Reims. Enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 5054, fo 63 vo, vers 1484.
Blason de Gilles de Rais à partir de  : d'or à la croix de sable (qui est de Retz), à la bordure d'azur semé de fleurs de lis d'or (qui est de France).

Le baron de Rais participe ensuite avec Jeanne à la « campagne de la Loire », qui vise la reconquête des villes occupées par les Anglais dans la région. Il est ainsi présent à la prise de Jargeau le [303] puis à la victoire de Patay le [304]. Durant le trajet vers Reims, Gilles de Rais et Jean de Brosse, maréchal de Boussac, commandent l'avant-garde de l'armée royale. Les troupes de Charles VII réduisent à l'obéissance Troyes ainsi que d'autres villes et de nombreux châteaux[305]. Le , lors du sacre royal, Gilles est chargé avec trois autres seigneurs d'apporter la Sainte Ampoule de la basilique Saint-Remi de Reims à l'église métropolitaine[n 53],[309]. Ce même jour, le jeune baron de Rais est élevé à la dignité de maréchal de France[310] en reconnaissance de son engagement guerrier ou en raison de l'appui politique du grand chambellan[n 54]. En outre, Gilles de Rais commence à siéger au Conseil royal à partir de l'année 1429[315] mais il n'y apparait qu'épisodiquement, retenu ailleurs par ses obligations militaires ou pour d'autres raisons[316]. Son titre de conseiller du roi n'a peut-être qu'un caractère honorifique[317]. Gilles est également qualifié de chambellan de Charles VII bien que les sources ne précisent pas si cette faveur a été accordée avant ou après le sacre royal[318],[319].

Le lundi , les troupes royales et anglo-bourguignonnes se font face à Montépilloy. Charles VII confie les ailes de son armée à ses deux maréchaux, Jean de Boussac et Gilles de Rais[320]. Le , lors du siège de Paris, Jeanne d'Arc souhaite avoir le maréchal de Rais et Raoul de Gaucourt à ses côtés lors de l'assaut donné à la porte Saint-Honoré[321],[322]. Gilles se tient toute la journée auprès de la Pucelle, parmi de nombreux gens d'armes, tentant en vain d'atteindre et de franchir l'enceinte parisienne[323] depuis un arrière-fossé[n 55]. À la tombée du jour, Jeanne est blessée à la jambe par un vireton d'arbalète[323]. Le siège de Paris est rapidement levé, l'armée royale — dite « armée du sacre » — se replie vers la Loire avant d'être licenciée à Gien le [325].

En , Charles VII honore derechef Gilles pour ses « recommandables services » en confirmant son titre de maréchal et en lui octroyant le privilège d'ajouter à son blason une bordure aux armes de France (« fleurs de liz d'or semées sur champ d'azur »), faveur royale partagée uniquement avec Jeanne d'Arc[326],[314].

Conflit franco-anglais entrecoupé des guerres civiles entre La Trémoille et les alliés de Richemont

Sur le plan militaire, Gilles de Rais se signale à la bataille d'Anthon le [327]. Or, parallèlement à la lutte menée contre les Anglo-Bourguignons, Georges de la Trémoille poursuit sa « guerre privée[163] » contre le connétable Arthur de Richemont soutenu par la maison d'Anjou. Dans le cadre de ce conflit, le seigneur de Tiffauges soutient le grand chambellan, son cousin et allié.

Ligués avec Richemont, Louis d'Amboise et ses complices tentent à deux reprises de s'emparer de La Trémoille et du roi en 1430. Déjà coupable d'une pareille entreprise l'année précédente, le seigneur d'Amboise est condamné à la peine de mort pour crime de lèse-majesté[328] mais il voit sa peine commuée en prison perpétuelle avec confiscation des biens[329]. Des tentatives de rapprochements s'insèrent entre ces querelles intestines : après une nette crispation diplomatique entre les maisons de Bretagne et d'Anjou[330],[331], les vues politiques de Yolande d'Aragon et de La Trémoille finissent par s'accorder sur la nécessité d'une réconciliation entre le royaume de France et le duché de Bretagne[332]. Précédemment associé à une tractation matrimoniale analogue entre les lignées angevine et bretonne en 1425[331], Jean de Craon met le château de Champtocé à disposition du grand chambellan afin d'organiser une rencontre avec le duc Jean V du 22 au [333]. S'ensuivent un serment et un mariage qui renforcent les liens entre les deux lignages, avec l'approbation de Charles VII. Le souverain n'en refuse pas moins de voir Arthur de Richemont revenir aux affaires, bien qu'il consente à un compromis visant à aplanir les différends entre le grand chambellan et le connétable[334],[335],[336].

Enluminure représentant des gens de guerre au pied de la ville fictive de Crathor (en réalité Sablé) dans un manuscrit du Jouvencel de Jean de Bueil (ms. Français 192, Paris, BnF, XVe siècle).

Le nom du seigneur de Tiffauges apparaît succinctement le , lorsque le roi fait diffuser une circulaire à ses bonnes villes afin d'atténuer l'impact négatif de la défaite de Bulgnéville, bataille qui voit les Bourguignons déconfire les troupes de René d'Anjou, fils de Yolande d'Aragon et partisan des Français. Parmi les mesures militaires qu'il annonce, Charles VII glisse une allusion sibylline à Jean, duc d'Alençon, Louis Ier de Bourbon-Vendôme, Gilles de Rais et autres capitaines, « envoyés en certaines marches et contrées avec l'espoir d'exécuter une entreprise dont, au plaisir de Dieu, le Roi espère avoir bonnes et promptes nouvelles ». Quelle que soit la nature de cette « entreprise », le duc Philippe de Bourgogne signe une trêve avec le roi de France peu de temps après, le [337].

Jean de Bueil, enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII, ms. 4985, fo 33 ro, XVe siècle, BnF[338].

Graduellement, en dépit des politiques similaires menées envers les duchés de Bretagne et de Bourgogne par la maison d'Anjou d'une part et La Trémoille d'autre part, le grand chambellan finit par servir de « repoussoir » en « fédérant contre lui les différentes composantes de la cour, (…) facilita[nt] paradoxalement l'avènement de Charles d'Anjou et le renforcement des Angevins à la cour de France[339]. » En effet, le jeune Charles d'Anjou, futur homme fort du Conseil royal[340], siège au sein de cet organe de gouvernement depuis le par la grâce de sa mère Yolande d'Aragon. Le , en tant que lieutenant général du roi en Anjou et Maine, Charles d'Anjou institue Jean de Bueil capitaine des gens d'armes et de trait de la garnison du château et de la ville de Sablé[336], place préalablement commandée par le capitaine Gilles de Rais[205] et le gouverneur royal Jacques de Dinan, seigneur de Beaumanoir[225].

La guerre civile renaît en septembre 1431 lorsque La Trémoille lance le capitaine Rodrigue de Villandrando sur l'Anjou. En 1432, Jean de Bueil, capitaine de Charles d'Anjou, parvient à vaincre le mercenaire espagnol ; en retour, ce dernier ravage les terres tourangelles de Bueil[341],[342].

À en croire le récit romancé du Jouvencel, Gilles de Rais — désireux de s'emparer de Château-l'Hermitage — emprisonne Jean de Bueil à Sablé à une date indéterminée, durant les dissensions de 1431-1432 ou lors d'une période antérieure[343],[n 56]. Bien que Bueil soit un parent par alliance de Rais et La Trémoille[n 57] ainsi qu'un ancien compagnon d'armes[n 58], il demeure un allié des maisons d'Anjou et d'Amboise, ennemies du grand chambellan[352]. Toujours selon Le Jouvencel, Bueil parvient à se libérer puis à s'emparer de Sablé[345],[346],[343].

De surcroît, à une date également imprécise, la garnison du château de Champtocé s'attaque à la suite de Yolande d'Aragon alors que celle-ci se rend en Bretagne. Les hommes d'armes de Gilles de Rais et de Jean de Craon dépouillent le convoi de nombreux chevaux et bagages[n 59].

Par ailleurs, la guerre contre la maison de Lancastre se poursuit autour de Paris. En , Gilles de Rais contribue à la levée du siège de Lagny par les Anglais, sans doute l'un de ses plus notoires faits d'armes avec la levée du siège d'Orléans[n 60]. Assisté du capitaine mercenaire Rodrigue de Villandrando, le seigneur de Machecoul traverse la Marne « en amont, avant La Ferté-sous-Jouarre » tandis que d'autres troupes françaises menées par Raoul de Gaucourt et le bâtard d'Orléans parviennent à pénétrer dans Lagny par un endroit mal surveillé. La médiéviste Françoise Michaud-Fréjaville note que par ce « double mouvement de troupes », la ville « fut délivrée pratiquement sans livrer bataille. […] Devant la menace, les Anglais abandonnèrent les bastilles et le pont qu'ils tenaient en aval de Lagny, laissant sur place une bonne partie de leur équipement. » À propos de cet épisode militaire, l'historienne renvoie au « récit, pas toujours très sûr[344] », du chroniqueur Jean Chartier[360].

La chronique de Jean Chartier mentionne la présence de Gilles de Sillé, cousin de Gilles de Rais, au sein des troupes françaises menant des escarmouches lors des lendemains de la levée du siège de Lagny. Toujours d'après Chartier, Gilles de Sillé est fait prisonnier à cette occasion[360], à moins que le chroniqueur ne le confonde avec Michel de Sillé, autre membre de cette vieille maison rattachée par des liens de parenté à Gilles de Rais[n 61]. Huit années plus tard, durant le procès du maréchal, les témoignages des familles des enfants disparus ainsi que les aveux des accusés éclabousseront sérieusement Gilles de Sillé, alors en fuite. De plus, d'après certains témoins du procès, une rumeur aurait été diffusée par des serviteurs de Michel de Sillé pour tenter d'expliquer les disparitions d'enfants : les Anglais auraient censément exigé vingt-quatre jeunes otages dans le cadre de la rançon « dudit sire Michel[363] », prétexte jugé « absurde » et « invraisemblable » par les médiévistes Noël Valois et Olivier Bouzy eu égard aux usages du temps[361],[364].

Mort de Jean de Craon

Jean de Craon, le grand-père de Gilles de Rais, meurt au mois de [357].

Disgrâce de La Trémoille et espacement des engagements militaires

Le connétable Arthur de Richemont, enluminure sur parchemin, Armorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII, ms. 4985, fo 17 vo, XVe siècle, BnF[365].

Un énième complot est ourdi contre Georges de la Trémoille, vraisemblablement sous les auspices du connétable de Richemont et de Yolande d'Aragon. Fin , à Chinon, le grand chambellan est assailli dans sa chambre par Pierre d'Amboise (seigneur de Chaumont et cousin de l'ancien conjuré Louis d'Amboise), Jean de Bueil, Prigent de Coëtivy et Pierre de Brézé. Conduit par Jean de Bueil au château de Montrésor, La Trémoille s'engage à libérer Louis d'Amboise et à payer une rançon de 6 000 écus à son geôlier. Lors des états généraux tenus à Tours en , Charles VII entérine la chute de son ancien grand chambellan. La maison d'Anjou retrouve toute son influence à la cour, le jeune Charles d'Anjou devient l'homme clef du Conseil royal et les complices de l'enlèvement de La Trémoille — dont Jean de Bueil, ennemi de Gilles de Rais — acquièrent « grand gouvernement et autorité » auprès du souverain[366]. Gilbert Motier de La Fayette reprend son titre de maréchal après l'avoir perdu en 1429 au profit de Gilles de Rais, destitution probablement voulue à l'époque par La Trémoille[n 62].

En février 1434, les Anglais menacent la ville de Sillé dans le Maine, siège du fief d'Anne de Sillé, veuve de Jean de Craon. En réaction, les chefs de la maison de Laval — les frères Guy XIV de Laval et André de Lohéac — ainsi que leur cousin Gilles de Rais prennent part à une expédition militaire commandée par le connétable Arthur de Richemont. L'avant-garde de l'armée est placée sous les ordres des maréchaux de Rieux et de Rais. Ce dernier, bien que doté de troupes fastueuses, apparaît isolé au sein des seigneurs présents — le connétable au premier chef ainsi que Prigent de Coëtivy, Jean de Bueil, Charles d'Anjou et le duc Jean d'Alençon — qui appartiennent majoritairement à la coalition d'ennemis de La Trémoille. La compagnie arrive devant Sillé, fait face aux Anglais mais les deux armées se séparent sans combattre[368],[369],[370],[371].

Vers le milieu de l'année 1434, en dépit de son éloignement forcé de la cour, La Trémoille exhorte toujours Gilles de Rais à poursuivre la guerre contre les Bourguignons. Or, vraisemblablement déjà ruiné par ses dépenses, le baron de Rais ne tente guère d'empêcher les troupes du duc Philippe de Bourgogne de s'emparer de Grancey. Après la chute de cette ville en , le roi Charles VII convoque son maréchal et menace de lui retirer sa charge[n 63].

Le , Charles VII proclame la mise sous interdit du baron de Rais consécutivement aux plaintes formulées par la famille de Gilles[375],[376].

Dilapidation du patrimoine

Enluminure représentant des nobles déposant ou retirant une bourse de pièces d'or chez un banquier. À droite, la femme du banquier compte les pièces. Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 5070, fo 276 vo, XVe siècle[377].

Les informations relatives à la dilapidation des biens de Gilles de Rais proviennent en majeure partie d'un mémoire rédigé vers 1461-1462 par ses héritiers, version augmentée d'un premier mémoire à l'origine de la mise sous interdit du maréchal en 1435[375].

Les médiévistes ne s'accordent pas tous quant à la fiabilité de cette source. Ainsi, Jacques Heers en minore la portée, estimant le document trop à charge puisque sa finalité vise à annuler les ventes passées des biens fonciers de Gilles de Rais en arguant la prodigalité de ce dernier[n 64]. « À la fois tendancieux et instructif » selon Philippe Contamine[380], le mémoire n'en est pas moins exploité de manière critique par les historiens. En sus des actes des procès, Matei Cazacu regarde ce texte comme « le plus important document connu à ce jour sur Gilles de Rais (…), formidable effort de reconstitution des écarts d'une vie et d'une personnalité[375]. »

De surcroît, les pièces comptables relatives à la gestion du patrimoine et aux dépenses du baron de Rais ne subsistent guère qu'à l'état d'épaves. Ces lacunes documentaires compliquent toute étude comparative qui permettrait de vérifier précisément les accusations lancées par les héritiers dans leur mémoire.

Partant, l'historien François Macé remarque que le mémoire a beau être « toujours la base indispensable à toute description de [la] fortune [de Gilles de Rais] (…), de nombreux auteurs se contentent de reprendre ce document » sans se référer aux études de l'abbé Bourdeaut et de René Blanchard qui fournissent « les matériaux d'une analyse plus poussée[381]. » François Macé lui-même présente « une seigneurie nantaise au XVe siècle » en se basant sur des comptes postérieurs à la mort du maréchal de Rais[n 65] ou antérieurs à sa majorité[n 66]. Admettant par conséquent que son étude est « loin, très loin d'épuiser les problèmes liés à la fortune de Gilles de Rais », le chercheur considère la possibilité d'étudier l'évolution de la seigneurie tout au long du XVe siècle grâce à des éléments trouvés dans d'autres propriétés du baron. Cependant, l'historien demeure « conscient que les interrogations restent toujours aussi nombreuses[382]. »

Étudiant une autre source primaire, à savoir le minutier du clerc Jean de Recouin, notaire-juré du Châtelet d'Orléans durant les années 1430, la chercheuse Élodie Martin constate que l'état de conservation des premières et dernières pages du registre rend impossible la lecture des actes correspondants. Qui plus est, elle signale des pages découpées ou manquantes, presque toutes relatives à Gilles de Rais, notant que ces pertes remontent déjà au XIXe siècle[383]. Ce constat effectué, elle dénombre finalement quatre-vingt-dix-huit actes se rapportant aux dépenses effectuées durant le séjour de Gilles à Orléans, de à . Élodie Martin ajoute :

« Bossard estime, suivant en cela les héritiers, que les factures étaient surestimées, mais des comparaisons demeurent difficilement faisables. L'analyse précise [des] opérations orléanaises [de Gilles de Rais] reste à faire[384]. »

Dépenses militaires

Dans le mémoire rédigé vers 1461-1462 à la demande des héritiers, ces derniers incriminent les « folles dépenses » commises par Gilles de Rais dès que celui-ci eut atteint l'âge de 20 ans, avant même le décès de son aïeul Jean de Craon. Le document mentionne ainsi l'entretien d'une troupe de deux cents hommes à cheval comme l'une des prodigalités du maréchal défunt, sans trop insister sur ce point[48],[208].

Matei Cazacu pense que ce laconisme s'explique par la prudence des héritiers, désireux de ne pas heurter Charles VII en formulant trop de reproches visant les dépenses militaires de Gilles, gages de sa participation à la guerre menée contre les Anglo-Bourguignons[385]. Compte tenu de l'impécuniosité du Trésor royal à l'époque, le souverain était d'autant plus enclin à accepter l'engagement d'un sire de Rais capable d'assumer les frais d'entretien de ses troupes, notamment en avril 1429 lors de la constitution de l'escorte du convoi d'armes et de vivres destinés à Orléans assiégée[289],[281].

Dépenses somptuaires

Représentation du massacre des Innocents, XVe siècle, Paris, musée du Louvre.

Rais est également accusé de traîner à sa suite plus de cinquante individus, chapelains, enfants de chœur, musiciens, pages et serviteurs. Dédiée aux Saints Innocents, sa chapelle est tapissée de drap d'or et de soie. Les ornements, les vases sacrés sont d'or et enrichis de pierreries. Il a aussi un jeu d'orgues qu'il fait toujours porter devant lui. Ses chapelains, habillés d'écarlate doublé de menu vair et de petit gris, portent les titres de doyen, de chantre, d'archidiacre, et même d'évêque, et il a de plus député au pape pour obtenir la permission de se faire précéder par un porte-croix.

Dépenses festives

Heures d'Étienne Chevalier enluminées par Jean Fouquet, musée Condé, Chantilly, XVe siècle.
Côtoyant certains comédiens dans les échafauds, des spectateurs assistent à un mystère consacré au martyre de sainte Apolline.

Le mémoire des héritiers accuse le maréchal de donner à grands frais des divertissements, et notamment des représentations théâtrales :

« Item, faisait foire jeux, farces, morisques, jouer mystères à la Pentecôte et à l’Ascension, sur de hauts eschaffaux, sous lesquels estoit hypocras et autres forts vins comme en une cave. Qu'il se tenait en villes comme Angers, Orléans et autres, auquel lieu Orléans il demeura un an sans cause et y dépensa quatre-vingts à cent mille écus, empruntant de qui lui voulait prêter, engageant les bagues et joyaux pour moins qu'ils ne valaient, puis les rachetant bien cher, vendant et engageant ses terres, et donnant blancs signés et procure sans en prendre connaissance[48],[386],[387],[388]. »

Les chercheurs rapprochent ce passage du mémoire des héritiers de deux documents d'archives conservés à Orléans.

Probablement célébrés dès 1429, les commémorations orléanaises de la levée du siège comportent des mises en scène, entre autres spectacles[389]. Or, dix ans après l'intervention de Jeanne d'Arc, un registre des comptes de la ville d'Orléans pour l'année 1439 mentionne que la cité du Val de Loire acquiert pour sept livres tournois « un estendard et bannière qui furent à Monseigneur de Reys [Rais] pour faire la manière de l'assault comment les Tourelles furent prinses sur les Anglois le huitième jour de may[390]. » En outre, le minutier du notaire-juré Jean de Recouin atteste du séjour de Gilles de Rais à Orléans de à [383], confirmant ainsi partiellement certaines indications — géographique et temporelle — du mémoire des héritiers[391].

Partant, plusieurs chercheurs — du philologue romaniste François Guessard en 1862 au chartiste Matei Cazacu en 2005 — déduisent qu'un spectacle monumental aurait été joué dans la ville : le Mystère du siège d'Orléans[392],[390], œuvre dont ils attribuent tour à tour la commande ou le parrainage, voire la composition partielle, à Gilles de Rais[393],[394],[395],[396],[397],[398],[399]. Celui-ci a été décrit à l'avenant comme l'interprète de son propre rôle durant la représentation du mystère[400]. Ces diverses thèses n'en demeurent pas moins contestées[401],[402],[403].

Dans le Mystère du siège d'Orléans, le personnage du « mareschal de Rais », également dénommé « le sire de Rais » ou simplement « Rais », est dépeint comme un fidèle compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, à l'instar des autres capitaines entourant l'héroïne. En témoignent certains vers déclamés par le personnage de Charles VII ; tout en pourvoyant la Pucelle de vivres destinées à Orléans ainsi que d'« artillerie » et d'or, le souverain lui annonce qu'il « commande exprès » au maréchal de Rais et à Ambroise de Loré » de « conduire [ses] gens » où elle le voudra[404].

Or le pendant théâtral de Gilles de Rais ne tient qu'un rôle « mineur[405] » si l'on jauge la faible quantité des répliques du personnage au regard des 20 538 vers que compte l'œuvre[406],[407],[408]. Auteur d'études sur le théâtre médiéval, Michel Rousse[409] suggère que « Rais » pourrait symboliser, par sa seule présence, l'armée royale combattant aux côtés de Jeanne d'Arc[410]. Toutefois, cette interprétation d'une valeur « symbolique » du personnage est contredite par Vincent Petitjean, docteur en littérature comparée, pour qui le « sire de Rais » n'a pas d'« importance particulière » dans la pièce puisqu'il y « occupe essentiellement une fonction de « passeur » » chargé de convoyer la Pucelle à Orléans, caractéristique préalablement relevée par Gérard Gros, professeur de Lettres médiévales[411]. De même, pour le médiéviste Jean-Christophe Cassard, les personnages des « capitaines jouent les utilités, (...) ils accompagnent la progression de la pièce : ils sont là pour opiner au cours des conseils de guerre en appuyant le choix majoritaire (c’est l'essentiel de la tâche dévolue au maréchal de Rays quand il s'agit d'établir l'itinéraire de l'armée de secours vers Orléans (...), une discrétion qui ne va pas dans le sens de l'hypothèse voulant voir dans Gilles de Rais le mécène à l’origine de l'écriture d’au moins cette version du mystère ![412]). »

Représentation d'une farce médiévale.
Gravure du XIXe siècle.

D'autre part, Gérard Gros conjecture que la ville d'Orléans aurait cessé de mettre en scène l'œuvre théâtrale après l'année 1440 en raison de la réputation infamante acquise par le maréchal à la suite de sa pendaison. Pour la même raison, Gros estime que le texte définitif du mystère — établi postérieurement à l'année 1440, selon toute vraisemblance — minimiserait le rôle actif joué par Gilles de Rais lors de la levée du siège en 1429[413]. A contrario, Vicki L. Hamblin, professeur de français à l'université Western Washington, considère que le personnage du « sire de Rais » se conforme de manière adéquate au rôle historique de son modèle, accompagnant Jeanne d'Arc de Blois à Orléans et participant à la délivrance de la ville, d'où il ressort que « le fatiste qui reprenait la narration des chroniques et les témoignages des procès de la Pucelle ne se préoccupait pas du sort de cet individu[414]. »

De surcroît, Vicki L. Hamblin avance que le Mystère du siège d'Orléans ne semble ni être antérieur à 1450, ni avoir été joué sur scène[401],[415]. Le médiéviste Philippe Contamine envisage que certaines composantes de cette œuvre peuvent vraisemblablement « remont[er] à la décennie 1430 » avant d'avoir été intégrées « à partir du milieu du XVe siècle dans des développements plus amples », aboutissant ainsi vers 1500 au texte final, « le seul connu[391]. » Somme toute, l'historien résume les questions soulevées par les diverses sources :

« Gilles de Rais exerça-t-il ses fonctions de généreux mécène précisément à Orléans, lors de son séjour ? Parmi les mystères et moralités joués et mis en scène à son initiative et à ses frais, y eut-il un mystère relatif à l'histoire de Jeanne d'Arc et du siège d'Orléans ? La mention du compte de la ville en 1435 a-t-elle un lien quelconque avec cet éventuel mystère ? Enfin, le Mystère du siège d'Orléans est-il le même, en tout ou en partie, que celui qui aurait été commandité par Gilles ? À la première question, on peut répondre que, s'il est un lieu où Gilles put monter ses spectacles, compte tenu de ce que nous savons de ses déplacements et de ses séjours dans la décennie 1430, c'est bien Orléans. En revanche, aucun élément positif ne permet de dire que le siège d'Orléans ait suscité une œuvre théâtrale de sa part, rien ne permet de mettre en rapport les mentions du compte de 1435 et l'activité de Gilles[402]. »

Aliénation des domaines

Tout cela occasionne des frais énormes qui l'obligent, en 1434, à vendre au duc Jean V de Bretagne les places de Mauléon, de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, du Loroux-Bottereau, de Pornic et de Champtocé-sur-Loire.

De façon à pourvoir à ses dépenses somptuaires, Gilles de Rais aliène une partie de ses terres. Parmi les acheteurs, on compte les bourgeois d'Angers et « les manieurs d'argent de la cour bretonne », l'évêque-chancelier Jean de Malestroit et Geoffroy Le Ferron, futur trésorier général[416].

Les difficultés financières du baron de Rais prennent un tour dramatique. Face à cela, sa famille (son frère cadet René de La Suze en tête) lui intente un procès afin d'interdire à quiconque d'acheter des terres lui appartenant[417]. Elle obtient un arrêt du parlement de Paris qui défend au maréchal d'aliéner ses domaines. Le roi ne voulant pas approuver les ventes déjà faites, le duc Jean V de Bretagne s'oppose à la publication de ces défenses et refuse d'en donner de semblables dans ses États.

René de La Suze, frère de Gilles, et ses cousins André de Lohéac et Guy XIV de Laval, irrités de ce refus, s'efforcent de conserver ces places dans leur famille et résistent au duc Jean V ; mais ce dernier les reprend et enlève à son gendre Guy XIV de Laval, cousin de Gilles, la lieutenance générale de Bretagne pour la confier à Gilles de Rais lui-même, avec lequel il consomme tous ses marchés en 1437.

En 1438, le baron de Rais intervient, en tant que lieutenant général du duché, contre Jean de Hardepenne, sire de Montaignu et de Belleville. Ce dernier est apparenté aux Penthièvre, ennemis jurés du duc Jean V[418].

Crimes

Coup de force de Saint-Étienne-de-Mer-Morte

Le clocher isolé, dernier vestige de l'église romane de Saint-Étienne-de-Mer-Morte.

Après avoir confié la châtellenie de Saint-Étienne-de-Mer-Morte à son frère René de la Suze en 1434, Gilles de Rais se ravise et récupère le château par un coup de force. Le maréchal conserve son bien en s'accordant avec son cadet à Nantes le [419].

Gilles aliène de nouveau Saint-Étienne-de-Mer-Morte à la suite d'une transaction avec Geoffroy Le Ferron, trésorier et homme de confiance du duc Jean V de Bretagne. L'officier ducal confie l'administration de la châtellenie à son frère Jean Le Ferron, clerc tonsuré. Cependant, le baron de Rais tente derechef de se réapproprier le château, cette fois pour le revendre à son cousin, le sire de Vieillevigne. Jean Le Ferron s'y oppose[420].

Plaque du clocher de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, commémorant l'attentat commis par Gilles de Rais le 15 ou le .

En représailles, le jour de la Pentecôte ou au lendemain de cette fête religieuse, le 15 ou le , Gilles de Rais place en embuscade une troupe de cinquante à soixante hommes dans un bois voisin de Saint-Étienne-de-Mer-Morte. Le maréchal pénètre en armes dans l'église paroissiale et interrompt la grand-messe de l'officiant Jean Le Ferron, injuriant ce dernier et menaçant de le tuer avec une guisarme s'il ne sort pas du sanctuaire[n 67]. Effrayé, le clerc tonsuré s'exécute en emboîtant le pas du marquis Lenano de Ceva, capitaine piémontais au service de Gilles. Après avoir ouvert les portes du château de Saint-Étienne-de-Mer-Morte à ses agresseurs, Jean Le Ferron y est incarcéré avec un receveur et Jean Rousseau, sergent général du duché de Bretagne[422],[423],[424],[n 68].

De la sorte, Gilles de Rais porte simultanément atteinte aux majestés divine et ducale. D'une part, il commet un sacrilège en violant les immunités ecclésiastiques[426]. D'autre part, il porte la main sur des serviteurs ducaux dans le diocèse même de l'évêque de Nantes, Jean de Malestroit, l'influent chancelier de Jean V de Bretagne[n 69].

Le duc breton condamne son vassal à rendre la place forte à Jean Le Ferron sous peine d'avoir à payer une amende de 50 000 écus d'or[427]. Gilles de Rais fait alors conduire son prisonnier à Tiffauges, forteresse sise hors de la juridiction bretonne[428] car relevant du comté de Poitou[429].

En , le baron de Rais se rend à Josselin afin d'y rencontrer son suzerain Jean V de Bretagne mais la teneur de leurs propos demeure inconnue[n 70].

Enquêtes ecclésiastique et séculière

Maquette représentant Nantes à la fin du Moyen Âge, musée d'histoire de Nantes.

Probablement peu de temps après l'attentat de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, une enquête secrète — l’inquisitio infamiae — est ouverte par la justice ecclésiastique[431]. Cette procédure inquisitoire débute par une phase d'information visant à recueillir des témoignages sur la fama d'un individu[432], autrement dit sur sa réputation établie par la rumeur[433],[n 71] dans un cadre juridique[434]. Par conséquent, Jean de Malestroit accomplit une visite pastorale dans son diocèse de Nantes, à commencer par la paroisse Notre-Dame où se trouve l'hôtel de la Suze, lieu de résidence de Gilles de Rais[431]. L'évêque cherche ainsi à se renseigner à propos des bruits infamants qui courent sur des disparitions d'enfants[n 72] aux alentours des demeures du baron.

Le , les résultats de l'enquête ecclésiastique sont publiés sous forme de lettres patentes par Malestroit : Rais est accusé par la rumeur publique de viols et meurtres commis sur de nombreux enfants ainsi que d'invocations et pactes démoniaques[436]. Parallèlement, la justice séculière procède à l'audition des mêmes témoins[437] dans le cadre de l'enquête conduite par le clerc Jean de Touscheronde au nom de Pierre de L'Hôpital, juge universel de Bretagne[438].

Le , le duc Jean V de Bretagne s'entretient à Vannes avec son frère, le connétable de France Arthur de Richemont. Compromis dans la Praguerie contre le roi Charles VII au , Jean V souhaite obtenir de Richemont, grand officier royal, une promesse d'assistance mutuelle. Pour ce faire, le duc octroie notamment au connétable la terre de Bourgneuf-en-Retz, bien de Gilles de Rais[439],[440]. Richemont retourne ensuite dans le domaine royal et s'empare de Tiffauges, libérant l'otage Jean Le Ferron[441].

Le , le sire de Rais est cité à comparaître devant le tribunal ecclésiastique de Nantes, sous les accusations de « meurtres d'enfants, de sodomie, d'invocations de démons, d'offense à la Majesté divine et d'hérésie[437] ».

Le , le baron est arrêté en son château de Machecoul par Jean Labbé, capitaine d'armes au service du duc de Bretagne[438],[n 73]. Parmi les prévenus figurent le clerc Francesco Prelati, le prêtre Eustache Blanchet, les serviteurs Henriet Griart et Étienne Corillaut, dit « Poitou » ainsi que Tiphaine Branchu et Perrine Martin, dite « la Meffraye », deux femmes accusées d'être des pourvoyeuses d'enfants[438]. Probablement déjà en fuite, Gilles de Sillé et Roger de Briqueville ne sont pas appréhendés.

Le maréchal est emprisonné dans le château de Nantes[445].

Procès

Premières audiences
Dessin de la tombe de Jean de Malestroit « en cuivre jaune devant le crucifix au milieu de la nef de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Nantes ». Anonyme (Louis Boudan ?), 1695, BnF.

À la suite de son arrestation le , Gilles de Rais comparaît à une date inconnue devant la cour séculière de Nantes, présidée par Pierre de l'Hôpital, président et juge universel de Bretagne, grand officier du duc Jean V[446],[n 74]. Le baron doit répondre des chefs d'accusation relatifs aux assassinats d'enfants et à l'attentat de l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte suivi de l'occupation du château du même lieu. Cependant, la relation officieuse de cette première audience ne mentionne que la réponse de Gilles aux juges civils à propos de l'affaire de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, sans aucune référence aux meurtres[446].

Le , dans le cadre du procès séculier, le clerc Jean de Touscheronde commence à recueillir les témoignages des parents des enfants disparus[448].

Le , dans la grande salle supérieure du château de la Tour Neuve, Gilles de Rais comparaît pour la première fois devant l'officialité de Nantes, autrement dit le tribunal ecclésiastique présidé par Jean de Malestroit, tout à la fois évêque de Nantes, président de la Chambre des comptes de Bretagne et chancelier du duc Jean V. Cette dernière charge fait de Malestroit « le supérieur hiérarchique de toute l'administration judiciaire, y compris celui de Pierre de L'Hôpital, président et juge universel[449]. »

Le « promoteur [autrement dit le procureur] aux causes de la foi » Guillaume Chapeillon accuse le baron d'avoir commis l'« hérésie doctrinale » et l'assigne donc à comparaître le 28 du mois devant le représentant de l'Inquisition pour la ville et le diocèse de Nantes : le dominicain Jean Blouyn, vicaire de l'inquisiteur du royaume de France Guillaume Merici[450].

Durant cette première audience, la cour ecclésiastique n'évoque apparemment pas les chefs d'accusation relatifs aux meurtres d'enfants, à l'instar de la cour séculière[450]. En tout état de cause, Gilles de Rais consent à comparaître devant ses deux juges, l'évêque-chancelier et le vice-inquisiteur, à la date convenue par le tribunal de l'Église[450].

Par conséquent, Jacques Chiffoleau, historien de la religion et des institutions médiévales, estime :

« que l'on devrait parler des procès. Si l'évêque de Nantes engage l'affaire par l'intermédiaire de son juge — l'official — il s'adjoint bientôt le représentant de l'Inquisiteur de France — ce qui transforme la cause et lui donne les traits d'une procédure inquisitoriale typique —, et il est relayé ou doublé par le juge du duc, pour un jugement typiquement séculier, laïc. Ce caractère double ou triple du procès pose le problème, capital à l'époque de Jean V et de Charles VII, des rapports entre le religieux et le politique, de la nature théologico-politique du pouvoir[451]. »

Selon la conceptualisation de la souveraineté au XVe siècle, la tenue de ces « procès jumeaux, jumelés, presque mixtes » se justifie par la double nature — temporelle et éternelle — d'un « crime irrémissible » de lèse-majesté ducale et divine[452].

Témoignages des parents

La cour ecclésiastique consacre finalement la séance du à écouter dix plaignants hors de la présence de Gilles de Rais, la comparution du baron étant ajournée au [453]. Parallèlement, du au , Jean de Touscheronde poursuit l'audition de nombreux parents d'enfants disparus, dans le cadre de l'enquête civile[454].

Accumulation des charges
Miniature représentant le procès de Gilles de Rais (XVIIe siècle). Armes du président Bouhier, manuscrit à peinture, latin 17663, Paris, BnF.
Tour dite du « Vieux Donjon », Château des ducs de Bretagne, Nantes.

Le samedi , dans la salle basse du château de la Tour Neuve, les dix plaignants de la séance du sont entendus derechef par la cour ecclésiastique.

Le même jour, dans une grande salle supérieure du château, le seigneur de Tiffauges comparaît de nouveau devant cette même cour, composée cette fois de l'évêque Malestroit et de l'inquisiteur dominicain Jean Blouyn, assistés de notaires publics et de scribes. Le « président de Bretagne » Pierre de l'Hôpital, responsable de la cour séculière, est également présent.

Le « promoteur aux causes de la foi » Guillaume Chapeillon expose oralement les articles de l'accusation, dévoilant l'ensemble des délits et crimes reprochés à Gilles de Rais.

Le médiéviste Jacques Chiffoleau rappelle que « (…) les accusations lancées contre le maréchal forment en réalité un triptyque obligé dont l'origine est très ancienne et qui unit très étroitement :
1º) la rébellion, c'est-à-dire le refus intériorisé de l'ordre légitime ;
2º) le pacte avec le diable, qui donne des pouvoirs magiques ;
3º) les actes contre nature, [telle] la sodomie[455] »
.

Cependant, Chiffoleau précise qu'en « insistant sur le poids de la procédure et sur les modèles très forts qui gouvernent alors les juges », il ne prétend pas — en tant qu'historien — délivrer une vérité judiciaire sur les procès[456].

Face aux accusations, le sire de Rais souhaite récuser ses juges. Jean de Malestroit et le frère Blouyn rejettent aussitôt son appel, considéré comme « frivole », au motif qu'il n'est pas présenté par écrit. Le baron nie « la vérité desdits articles » et conteste qu'il y ait matière à procès, tout en s'affirmant comme « vrai chrétien ». Le promoteur jure alors de dire la vérité puis il prie Gilles de prêter le même serment, en vain. Malestroit et Blouyn somment Gilles de jurer, le menaçant d'excommunication, mais l'accusé persiste dans son refus et ses dénégations. En réaction, l'évêque de Nantes et le vicaire de l'inquisiteur assignent le promoteur Guillaume Chapeillon et le maréchal de Rais à comparaître le mardi [457].

Le jour dit, Malestroit et Blouyn ajournent la comparution de Gilles de Rais au surlendemain. Ils entendent de nouveau, en la salle basse du château de la Tour Neuve, les plaintes et les lamentations des parents des victimes, qui supplient l'évêque et le vice-inquisiteur « de pourvoir à la justice nécessaire et opportune[458]. »

Le jeudi à 9 heures du matin, en la grande salle supérieure du château, en présence de Malestroit, Blouyn, l'Hôpital et de personnalités nantaises, le promoteur Guillaume Chapeillon lit l'acte d'accusation de quarante-neuf articles devant Gilles de Rais. Interrogé à ce sujet par l'évêque et le vice-inquisiteur, le seigneur de Tiffauges refuse de reconnaître l'autorité de ses juges et les traite de « simoniaques » et de « ribauds », ce qui entraîne en réaction son excommunication[459].

Lors de la reprise du procès le samedi , « un renversement décisif se produit[460] » puisque Gilles reconnaît Malestroit et Blouyn comme ses « juges compétents », avoue avoir « commis et méchamment perpétré les crimes et délits énoncés dans leur juridiction » puis demande en pleurant le pardon de l'évêque, du vice-inquisiteur et des autres ecclésiastiques pour les paroles offensantes tenues à leur encontre, ce que ses juges lui accordent[461].

Excommunication et aveux

Sa première confession, dite « confession hors jugement[n 75] » est prononcée « volontairement, librement et douloureusement » le dans la « chambre haute » du château nantais de la Tour Neuve, où il est emprisonné[462]. L'accusé répète, en l'assortissant de nouvelles précisions, cette confession à l'audience du [463].

Alchimie et évocations diaboliques
L'Enfer, enluminure ornant Les Très Riches Heures du duc de Berry, Chantilly, musée Condé, fo 108, vers 1411-1416.

Les 16 et , le prêtre malouin Eustache Blanchet et Francesco (François) Prelati, clerc toscan originaire de Montecatini Terme près de Pistoia, comparaissent devant la cour ecclésiastique. Ces deux serviteurs du sire de Rais affirment que leur maître s'adonnait à l'alchimie en vue de trouver la pierre philosophale[n 76]. À cet effet, le baron envoyait quérir dans le royaume de France et à l'étranger « des maistres qui se entremetoient de l'art d'arquemie », accusation qui sera ultérieurement reprise par les héritiers de Gilles dans le mémoire visant à démontrer sa prodigalité[465]. Blanchet aurait ainsi recruté Prelati en 1438, lors d'un voyage à Florence[n 77].

Outre les expériences alchimiques, Prelati déclare avoir tenté d'invoquer un démon familier nommé « Barron[n 78] » au château de Tiffauges, en présence de Gilles de Rais[n 79]. Le clerc prétend également avoir interrogé Barron dans une prairie près de Josselin, par conséquent non loin du château où se tint l'entrevue de entre le duc Jean V de Bretagne et Gilles de Rais[430].

Suivant les « schèmes interprétatifs[n 80] » des juges, ces propos incriminent le seigneur de Tiffauges en associant étroitement « sa rébellion à l'égard de Dieu et du duc » et ses rapports avec le diable. Puisque des invocations démoniaques visant à accroître le pouvoir et la richesse du maréchal auraient été perpétrées, a fortiori à proximité de Jean V, ces « actes indicibles » menaceraient directement le pouvoir ducal en sus d'offenser gravement le Créateur. À ces deux accusations principales s'adjoint une troisième, les « attentats contre la nature », autrement dit la sodomie et les meurtres commis par Gilles de Rais. Ainsi se construit « un système très cohérent », mais en partie mythologique, selon le médiéviste Jacques Chiffoleau[472],[473].

Jugement et exécution de la peine
Exécution de Gilles de Rais, gibet et bûcher (XVIe siècle ?). Manuscrit à peinture aux armes du président Bouhier, Paris, BnF, département des manuscrits, Ms. Français 23836.

La condamnation est prononcée le 25 octobre par la cour ecclésiastique dans la grande salle supérieure du château de la Tour neuve, en présence de Gilles de Rais. Ce dernier est ensuite conduit, le même jour, au château du Bouffay pour entendre le jugement du tribunal séculier présidé par le juge universel de Bretagne, Pierre de l'Hôpital[474]. Gilles de Rais a été excommunié pour « apostasie hérétique […] invocation des démons […] crime et vice contre nature avec des enfants de l'un et de l'autre sexe selon la pratique sodomite. » La sentence de la cour ecclésiastique reproche à Gilles de Rais cent quarante meurtres « ou plus[11] » tandis que la sentence de la cour séculière n'arrête pas de nombre exact[475]. Gilles de Rais et ses deux valets sont condamnés à être pendus, puis brûlés. À sa demande, Pierre de l'Hôpital lui accorde trois faveurs : le jour de l'exécution, les familles des victimes pourront organiser une procession, il sera exécuté avant ses complices et son corps ne sera pas entièrement brûlé pour être inhumé en terre d'église au monastère de Notre-Dame des Carmes de Nantes[476].

Niche de Notre-Dame de Crée-Lait, vieux Nantes, carte postale.

Le lendemain matin, le mercredi , après une messe à la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes, l'exécution est accomplie en « prairie de Biesse », partie amont de l'île de Grande Biesse[n 81]. Tandis que ses valets, Poitou et Henriet, sont laissés sur le bûcher, le corps de Gilles de Rais en est retiré, avant d'être trop abîmé par les flammes[478],[479],[n 82].

Conformément à la requête qu'il avait formulée et qu'on lui avait accordée avant son exécution, son corps est enseveli dans l'église du couvent des Carmes, à Nantes. Ce couvent et le monument funéraire dédié à sa mémoire seront détruits durant la Révolution française, et son corps sans doute jeté dans la Loire[réf. nécessaire].

Afin de commémorer le supplice, un monument expiatoire — croix de pierre ou calvaire — est construit chaussée de la Madeleine près de l'actuel Hôtel-Dieu de Nantes (sis sur la place Alexis-Ricordeau[483], et non sur le lieu d'exécution lui-même qui se déroula sur la rive opposée de la Loire[n 83]). Ce monument devient un lieu de pèlerinage pour femmes enceintes[484],[485],[486],[487]. Les vestiges de ce petit monument dit de « Notre-Dame-de-Crée-Lait » sont actuellement conservés au musée archéologique de Nantes[488],[489].

Sort des acolytes

Francesco Prelati et Eustache Blanchet
Portrait de René d'Anjou en prière.
Heures de René d'Anjou, Angers, 1437 ? (Mss, ms. Latin 1156 A, fo 81 vo, BnF, Paris).

Condamné à la prison perpétuelle, Francesco Prelati réussit probablement à s'évader puis trouve refuge hors de la juridiction du duché de Bretagne, plus précisément à la cour du duc René d'Anjou. Ce prince, fils de Yolande d'Aragon, est devenu le roi titulaire de Sicile et le nouveau dirigeant de la maison d'Anjou consécutivement à la mort de son frère aîné Louis III.

Par des tours de prestidigitateur, le jeune clerc italien parvient à valoriser ses soi-disant talents d'alchimiste auprès du duc René, qui le nomme capitaine du château de La Roche-sur-Yon[490]. Adoptant désormais l'identité de François de Montcatin (d'après le nom francisé de sa commune natale), l'aventurier toscan profite de sa nouvelle position pour assouvir sa vengeance sur Geoffroy Le Ferron, devenu entretemps trésorier de France[n 84].

Ruines du château de La Roche-sur-Yon (en médaillon : Charles de Bourbon, prince de La Roche-sur-Yon en 1527).

En se rendant à Taillebourg auprès de l'amiral Prigent de Coëtivy — époux de la fille de Gilles de Rais[n 85] —, Geoffroy Le Ferron passe à La Roche-sur-Yon le . Invité au château par le capitaine-alchimiste, il y est injurié par le prêtre Eustache Blanchet avant d'être emprisonné arbitrairement sur ordre de Prelati, qui lui reproche sa propre incarcération nantaise du temps du procès de Gilles de Rais. Afin d'extorquer une énorme rançon au trésorier, les deux anciens serviteurs du maréchal lui font subir de mauvais traitements durant deux mois et demi. Entre autres tortures morales et physiques, Francesco Prelati et Eustache Blanchet tentent d'effrayer Le Ferron en feignant de découvrir parmi ses papiers une lettre factice qui le compromet dans une trahison imaginaire de Prigent de Coëtivy[496].

Informés de la situation, des officiers de René d'Anjou exigent que Prelati amène Le Ferron devant le conseil ducal. Le capitaine fait mine d'obtempérer avant de reconduire le trésorier de France dans son cachot. Douze jours plus tard, le chevalier Guy d'Aussigny, seigneur de Trèves et lieutenant du roi « ès pays de Poitou, Saintonge, gouvernement de La Rochelle et Angoumois », se présente avec une compagnie de cinquante hommes de guerre devant la forteresse yonnaise. Refusant de délivrer Geoffroy Le Ferron, Francesco Prelati s'oppose à la reddition de la place et effectue une sortie avec sa propre troupe, provoquant un accrochage qui se solde par la mort d'un soldat de Guy d'Aussigny[497].

Peu après, deux officiers de René d'Anjou essayent derechef d'obtenir de Francesco Prelati qu'il leur livre Geoffroy Le Ferron. Le capitaine italien finit par y consentir après versement de la rançon du trésorier de France. Ce dernier est transféré à Angers, où il dépose vainement une plainte auprès de la chambre des comptes d'Anjou. Le Ferron parvient à être conduit sous escorte auprès du roi René d'Anjou à Nancy mais il demeure un temps en détention dans cette ville, où séjourne alors le roi de France. Charles VII a vent de l'affaire, ce qui entraîne la saisine du parlement de Paris. Le Conseil royal rend finalement un arrêt qui condamne à mort Francesco Prelati et l'écuyer Jacques Chabot[n 86], son principal complice. Vers la fin de ou au début du mois suivant, l'ex-invocateur de démons monte sur le bûcher en expiation de ses crimes[490],[499].

Renvoyé devant la cour du parlement avec plusieurs autres comparses de Prelati, Eustache Blanchet fait constamment défaut de à . Le , le parlement rend son arrêt définitif, condamnant le prêtre et ses acolytes à restituer les biens de Geoffroy Le Ferron, à faire amende honorable au roi et au trésorier de France, au paiement d'une amende ainsi qu'au bannissement perpétuel et à la confiscation de leurs biens[500].

Roger de Briqueville

Descendance et postérité

De son épouse Catherine de Thouars, Gilles de Rais ne laisse qu'une fille : Marie de Montmorency-Laval dite « Marie de Rais », qui lui succède à la tête de la baronnie de Retz.

Catherine de Thouars se remarie le avec Jean II de Vendôme, vidame de Chartres, dont elle aura deux autres enfants : Jean de Vendôme (né vers 1443) et Jacqueline de Vendôme.

Marie de Rais se marie deux fois : le avec Prigent VII de Coëtivy (1399 – ), amiral de France, gouverneur de La Rochelle, puis en 1451 avec André de Montfort-Laval dit « André de Lohéac » (1408 – ), seigneur de Lohéac et de Montjean, amiral de France, puis maréchal de France (et cousin de Gilles de Rais). De ses deux unions, Marie de Rais n'aura aucun enfant.

C'est ensuite son oncle René de La Suze, frère cadet de Gilles de Rais, qui hérite de la baronnie de Retz. Marié à Anne de Champagne(-au-Maine), René en a une fille : Jeanne de Montmorency-Laval dite « Jeanne de Rais », qui lui succède. Jeanne se marie le à François de Chauvigny (1430 – ), vicomte de Brosse.

Par la suite, la baronnie de Retz quitte la famille de Montmorency-Laval pour passer à la famille de Chauvigny (André de Chauvigny, fils de François de Chauvigny et de Jeanne de Rais), puis aux familles de Tournemine, d'Annebault, de Clermont(-Tonnerre), de Gondi, de Blanchefort-Créquy, de Neufville-Villeroy et de Brie-Serrant, jusqu'à la Révolution française.

Historiographie

Jules Michelet

L'abbé Eugène Bossard
vers l'âge de 35 ans
(env. 1888).
Gilles de Laval, baron de Retz. Illustration d'Émile Bayard dans Histoire de la magie, du monde surnaturel et de la fatalité à travers les temps et les peuples (1870) de Pierre Christian (alias Pierre Pitois)[501].

Eugène Bossard

Arthur Bourdeaut

Émile Gabory

Georges Bataille

Dans son livre Le Procès de Gilles de Rais, paru en 1959, Georges Bataille voit en Gilles de Rais la figure exemplaire d'une époque de la féodalité où la raison balbutiante n'avait pas encore muselé la fête archaïque de la violence : « Sa noblesse a le sens d'une violence ne regardant rien et devant laquelle il n'est rien qui ne cède[504]. »

Jacques Heers

Matei Cazacu

Selon l'historien et archiviste paléographe Matei Cazacu, la pratique de l'alchimie et du satanisme est avérée chez Gilles de Rais. On connaît le nom exact de huit enfants violés et assassinés, leurs parents apportant des témoignages impliquant précisément l'entourage du seigneur de Tiffauges[505]. Longtemps indécis, cet historien se dit convaincu de la culpabilité de Gilles de Rais[506].

Jacques Chiffoleau

Jacques Chiffoleau, historien médiéviste, juge que les procès de Gilles de Rais sont reconstruits en fonction de la procédure inquisitoriale. Toutefois, un passage du texte latin lui pose problème :

« Je n'ai jamais rencontré ça dans aucun interrogatoire inquisitorial que je connaisse. Cette description complètement sadienne... Je ne connais pas avant Sade des textes de ce genre. Quand on tombe là-dessus, on est dans un état de perplexité extrême. Est-ce que c'est inventé ou pas ? On est forcément obligé de suspendre son jugement, je dirais presque, même quand on est persuadé que la procédure, par ailleurs, a été plus que bricolée et tend à faire avouer des choses inavouables. On reste absolument perplexe[507]. »

Michel Meurger

Mythe et postérité

Mythe de Barbe-Bleue

La Barbe bleue, gravure sur bois de Gustave Doré parue dans Les contes de Perrault, Paris, Jules Hetzel, 1862, planche en regard de la p. 56.

À l'image de nombreux personnages historiques, Gilles de Rais a été associé au personnage de conte de Barbe bleue[508]. Il a peut-être inspiré Charles Perrault dans le cadre de la rédaction du conte La Barbe bleue (1697)[509],[510], bien que la vie et les actions du seigneur de Tiffauges présentent peu de rapports avec celles de l'ogre[511]. Le chartiste Matei Cazacu conjecture que Perrault, par le biais de ses études de droit, aurait pu avoir accès à l'une des nombreuses transcriptions manuscrites des procès ecclésiastique et séculier du maréchal[512], ces textes circulant dans les milieux juridiques sous l'Ancien Régime[513],[514],[515].

Au XIXe siècle, Prosper Mérimée et Stendhal interprètent les traditions régionales relatives à Barbe Bleue « comme un souvenir mythifié de Gilles de Rais[516] ». Quant au polygraphe Paul Lacroix (alias « le bibliophile Jacob »), il fournit aux lecteurs de ses Curiosités de l'histoire de France une explication romanesque en prêtant fictivement au seigneur de Rais une barbe noire aux « reflets presque bleuâtres » censément à l'origine du surnom légendaire[517],[516].

Aujourd'hui encore, au pays de Retz, on désigne toujours Gilles de Rais par l'appellation de « Barbe Bleue » : le château de Tiffauges, où Gilles commit ses crimes et où il fut arrêté, est communément appelé « château de Barbe Bleue »[518],[519]. Au terme d'un processus de mythification, Gilles de Rais va devenir au fil des siècles un personnage légendaire.

Portraits fictifs

Physionomie

Gilles de Retz, sculpture de George S. Stuart, photographie de Peter d'Aprix (George S. Stuart Gallery of Historical Figures® archive).
Cette vue d'artiste figure un Gilles de Rais imberbe, la coupe en sébile. Vêtu d'une armure recouverte d'une cotte d'armes, il tient sous le bras un bassinet à plumail.

Il n'existe ni description, ni portrait de Gilles de Rais réalisé de son vivant qui soit parvenu jusqu'à nous. On ignore donc à quoi il ressemblait physiquement[520],[521],[522],[523].

Selon la traduction par Georges Bataille et Pierre Klossowski de la « confession en jugement » incluse dans les actes en latin des procès, le seigneur de Tiffauges déclare qu'il a « toujours été de nature délicate » durant sa jeunesse[524]. L'écrivain Michel Hérubel entend ces propos au sens de complexion physique[525],[526] mais le chartiste Matei Cazacu signale que la traduction de Bataille et Klossowski est quelque peu hâtive, l'adjectif delicatus pouvant également signifier « mignon, recherché, luxueux, efféminé, galant, licencieux[527]. »

La première description du sire de Tiffauges, « homme de bon entendement, belle personne et de bonne façon », apparaît tardivement, en 1582, dans l’Histoire de Bretaigne du juriste breton Bertrand d'Argentré[528]. L'essayiste Michel Meurger remarque que « le Gilles de Rais judiciaire, homme sans visage, insaisissable à la psychologie historique, acquiert un corps et un esprit » pour la première fois dans cet ouvrage[523], point de départ du jeu des filiations d'un siècle à l'autre.

En 1841, dans le cinquième tome de son Histoire de France, Jules Michelet cite intégralement le signalement apocryphe composé par Bertrand d'Argentré. Cependant, le célèbre professeur du Collège de France ne mentionne pas nominalement le juriste breton comme source. En se référant à quelque tradition imprécise, Michelet popularise ainsi l'image d'un seigneur aux traits séduisants : « C'était, dit-on, un seigneur « de bon entendement, belle personne et de bonne façon »[529],[530]. »

En 1863, dans le second tome de son Histoire de Charles VII, roi de France, et de son époque, 1403-1461, l'archiviste paléographe Auguste Vallet de Viriville modernise et enrichit de nouveaux détails imaginaires la description de Gilles de Rais selon d'Argentré : « C'était un beau jeune homme, gracieux, pétulant, d'un esprit vif et enjoué, mais faible et frivole[53]. »

Parallèlement aux historiens qui accréditent ainsi un portrait chimérique, la littérature complète le tableau. En 1858, dans ses récits romancés intitulés Curiosités de l'histoire de France, le polygraphe Paul Lacroix (alias « le bibliophile Jacob ») affuble fictivement Gilles d'une chevelure blonde détonnant avec une barbe noire aux « reflets presque bleuâtres, qui avaient fait donner au sire de Rays le surnom de Barbe Bleue, surnom populaire en Bretagne, où son histoire s'est métamorphosée en conte fantastique[517],[516]. » Entre autres détails inventés par « le bibliophile Jacob » et promis à une belle fortune littéraire, cette singulière pilosité faciale et ce sobriquet prêtés au seigneur de Tiffauges assimilent ce dernier au personnage du conte de Charles Perrault[516].

Personnalité

Illustration de l'amalgame légendaire entre alchimie et magie noire[531] : Gilles de Rais recueille le sang de ses victimes dans un laboratoire empli de cornues, alambics, grimoires et athanor (gravure de Jean-Antoine-Valentin Foulquier, 1862).
Érudition
Tueur en série ?

En 1899, dans son ouvrage sur le tueur en série Joseph Vacher, le criminologue Alexandre Lacassagne distingue parmi d'autres criminels les « grands sadiques » qui commettent des « crimes à répétition », citant à ce titre « Gilles de Retz, Jack l'Éventreur, Vacher[532]. »

Dans une biographie de Gilles de Rais publiée en 1926, l'historien Émile Gabory rappelle la réalité des « meurtres sadiques ou rituels » afin de réfuter un argument en faveur de l'innocence du maréchal. Pour ce faire, il mentionne à titre d'exemple « l'histoire du boucher hanovrien Haarmann qui, l'année dernière, tua vingt-huit jeunes gens (...)[533]. » Ce tueur en série allemand est également cité par l'écrivain Georges Bataille lors d'une conférence tenue le à Fontenay-le-Comte : « Gilles de Rais fut une sorte de boucher de Haarman (sic) mais en grand[534]. » Dans le même ordre d'idées, l'historien médiéviste Olivier Bouzy évoque Andreï Tchikatilo comme « un Gilles de Rais au petit pied[535]. »

Enfin, l'essayiste Christian Denis et le chartiste Matei Cazacu qualifient Rais d'ancêtre médiéval des tueurs en série contemporains[536],[537]. Dans son étude biographique sur le seigneur de Tiffauges, Cazacu applique la « grille de lecture utilisée par les profileurs du FBI, les travaux du Français Stéphane Bourgoin ou du professeur [Michel] Bénézech pour caractériser les serial killers », en assumant l'anachronisme de la sorte : « Les techniques modernes, quand elles existent et permettent d’apporter quelque chose, ne doivent pas être négligées[538]. » Le chartiste reconnaît toutefois que cette grille de lecture a été contestée mais il se défend de confondre les mentalités médiévales et contemporaines[539].

Iconographie

Toutes les effigies de Gilles de Rais sont posthumes et imaginaires. Une gravure censée le représenter a été publiée en 1731 dans Les monumens de la monarchie françoise, qui comprennent l'histoire de France, avec les figures de chaque règne que l'injure des tems a épargnées de Dom Bernard de Montfaucon[540]. Légendée Gilles de Laval[n 87], cette figure équestre reproduit un document plus ancien, remontant au XVe siècle[542] : une miniature sur parchemin légendée simplement Laval, incluse dans lʼArmorial de Gilles Le Bouvier, dit Berry, héraut d'armes du roi Charles VII[543].

Que ce soit dans l'enluminure Laval du XVe siècle ou dans la copie Gilles de Laval gravée au XVIIIe siècle, les traits du visage du chevalier en armure sont dissimulés par son heaume fermé tandis que son écu et la housse de sa monture arborent de manière visible les armoiries des comtes de Laval — et non celles des barons de Rais[n 88]. Bien que Dom Bernard de Montfaucon croit reconnaître le sire de Rais dans l'enluminure[541], la figure équestre ne peut être identifiée avec certitude selon le chartiste Auguste Vallet de Viriville, qui préfère y voir une représentation « de type abstrait » des comtes de Laval, image d'ordre héraldique plutôt que portrait individuel[n 89]. L'identification contestée de Montfaucon n'en sera pas moins reprise ultérieurement par d'autres auteurs, à commencer par l'abbé Bossard[n 90].

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Par ailleurs, Gilles de Rais est représenté imberbe, les cheveux mi-longs et « vêtu d'un costume Renaissance » anachronique[559],[n 91] dans deux miniatures qui dépeignent respectivement son procès et son exécution. La première miniature orne une copie du procès ecclésiastique[n 92] et la seconde une copie du procès civil[n 93]. Frappées des armes de la famille Bouhier[n 94], les deux enluminures et leurs supports manuscrits étaient conservés autrefois par le juriste et historien Jean Bouhier, président à mortier au parlement de Dijon. En partie héritée de son grand-père[567],[568], la collection de recueils de manuscrits du président Bouhier s'inscrivait dans la tradition érudite consistant à rassembler, aux XVIIe et XVIIIe siècles, des copies de procès relatifs aux crimes de lèse-majesté comme autant d'exemples de condamnations juridiques frappant la noblesse[513],[515],[n 95].

Remontant au XVIe siècle[n 96], la miniature de l'exécution figure le criminel repentant, les mains ligotées et jointes en un geste de prière, la tête et les yeux humblement baissés en signe de contrition. Datée du XVIIe siècle[570], l'autre miniature représente Gilles de Rais, le couvre-chef à la main, s'adressant à l'évêque mitré qui préside l'officialité durant le procès ecclésiastique.

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La plus célèbre vue d'artiste demeure l'huile sur toile d'Éloi Firmin Féron, commandée au peintre le par le gouvernement du roi Louis-Philippe Ier afin de légitimer la monarchie de Juillet « en récupérant et instrumentalisant les représentations historiques de l'ancienne France[571]. » Sur fond de prise d'une forteresse, « la barbe bien taillée[572] » et la coupe au carré[n 97], fermement campé sur des moellons délabrés en s'appuyant sur une hache, Gilles de Rais en armure damasquinée prend place, en tant que figure militaire de la Guerre de Cent Ans, dans le cortège des maréchaux de France des galeries historiques du château de Versailles. Le versant criminel du personnage y est occulté.

Par la suite, de nombreuses représentations s'inspireront de l'œuvre picturale de Féron, portraiturant le plus souvent un baron de Retz barbu, aux cheveux mi-longs bruns ou noirs. La toile de Féron ou les différentes œuvres gravées d'après celle-ci sont fréquemment reproduites hors-texte, en frontispice ou en première de couverture des ouvrages consacrées à Gilles de Rais[575],[576],[577],[578].

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La bande dessinée a également puisé dans les traditions littéraire et picturale relatives au sire de Rais. Ce dernier correspond à la toile de Féron[572] ainsi qu'à la description romanesque de Paul Lacroix[517], amalgame entre les figures historique et mythique du personnage, dans la série Jhen scénarisée par Jacques Martin. Le dessinateur Jean Pleyers y représente l'ogre de Tiffauges « beau et élégant[572] », arborant une barbe noire qui contraste avec des cheveux roux « en conformité avec la symbolique médiévale évocatrice du Malin[579]. »

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Rapports avec Jeanne d'Arc et le grand chambellan Georges de La Trémoille

Miniature dite de Jeanne d'Arc à l'étendard, Paris, Archives nationales (faux peint à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle)[580].

Le motif du criminel monstrueux côtoyant Jeanne d'Arc a fasciné de nombreux auteurs[n 98],[581], qui ont évoqué à l'envi « l'idéal céleste et l'idéal infernal[582] » côte à côte sur les champs de bataille de la Guerre de Cent Ans. L'écrivain Alain Jost résume ainsi l'attrait exercé par cette dualité thématique devenue un véritable « topos s'agissant de Gilles de Rais[581] » :

« Quand on (...) met [Jeanne d'Arc] en face du Gilles de Rais de la légende, l'effet dramatique est assuré et le symbolisme manichéen saute aux yeux. À l'époque, tous deux sont jeunes et marchent vers la gloire. Leurs destinées seront à la fois parallèles et radicalement opposées : jugés et exécutés tous deux, mais l'une gagnant l'auréole de la sainteté et l'autre les pieds fourchus du démon incarné. Le blanc et le noir, le vice et la vertu ! Gilles et Jeanne... Leurs prénoms mêmes sonnent si bien ensemble que les auteurs s'en donneront à cœur joie[583]. »

Dès lors, la littérature a brodé sur les sentiments du seigneur de Tiffauges vis-à-vis de Jeanne, en couvrant une palette allant de l'amitié à la dévotion religieuse, en passant par une fascination plus trouble. Dans le roman Là-bas de Joris-Karl Huysmans, le personnage de Durtal présume que « le mysticisme de Gilles de Rais s'est exalté » aux côtés de la Pucelle[584], point de vue repris par l'historien Matei Cazacu[n 99]. Autre récit fictif dont les interprétations ont fait florès, le roman Gilles et Jeanne de Michel Tournier est à l'origine d' « une bonne partie de la littérature pseudo-historique répandant l'idée des relations amoureuses de Jeanne d'Arc avec Gilles de Rais », observe le médiéviste Olivier Bouzy[586]. Tournier emprunte à l'essayiste Roland Villeneuve le principe d'une déchéance du baron déclenchée par la mort de la Pucelle. Toutefois, en intensifiant les sentiments de son personnage jusqu'à « l'amour déclaré », voire charnel, le romancier se démarque de sa source d'inspiration qui évoquait simplement un « amour platonique » éprouvé par Gilles de Rais, du reste sans que Villeneuve explicite le terme « platonique » ou justifie une telle interprétation[587]. La vision romanesque de Tournier, selon laquelle « Gilles de Rais s'est voulu l'inversion démoniaque de la sainteté de Jeanne d'Arc dans un scénario antinomique de mal absolu et d'autosacrifice final », a même été interprétée comme un fait établi par l'écrivain Allen S. Weiss[588].

Il n'en demeure pas moins que les textes du XVe siècle ne permettent pas d'établir une relation privilégiée entre les deux compagnons d'armes[589],[590],[591],[592]. Les sentiments de la Pucelle vis-à-vis de son compagnon d'armes nous échappent totalement[593]. De surcroît, aucune source ne corrobore la conjecture d'un Gilles de Rais désespéré par le bûcher de Rouen au point de se retirer dans ses terres de l'Ouest et d'y cultiver le souvenir de Jeanne tout en sombrant parallèlement dans la dépression et la folie meurtrière[594]. De telles extrapolations prennent appui sur quelques faits malaisés à déchiffrer.

Jeanne d'Arc au siège d'Orléans, fresque de Jules Lenepveu, Panthéon, fin du XIXe siècle.

Les divergences d'interprétations relatives aux rapports entre la Pucelle et le seigneur de Tiffauges reflètent partiellement celles qui portent sur la relation entre le grand chambellan Georges Ier de La Trémoille et Jeanne d'Arc. Ainsi, au cours du XIXe siècle, le « renouveau historiographique » de la Pucelle s'accompagne de la dépréciation de ses ennemis et rivaux, réels ou supposés. La conception républicaine et anticléricale de « la fille du peuple, trahie par son roi et brûlée par l'Église[595] », trouve notamment un écho chez l'historien populaire Henri Martin. Dans un volume de son Histoire de France... publié en 1855, Martin englobe Gilles de Rais dans son réquisitoire contre le roi Charles VII et ses conseillers censément déloyaux envers Jeanne d'Arc et sa mission. L'historien conclut que « l'on n'a point à craindre à calomnier le maréchal de Retz » en lui attribuant le fiasco du siège de Paris[275]. En 1863, le chartiste Auguste Vallet de Viriville jauge défavorablement Gilles comme « l'homme de La Trémoille », placé sur ordre auprès de la Pucelle avant de délaisser celle-ci consécutivement à l'échec du siège[53]. En 1955, Roland Villeneuve propose dans son essai la même lecture des événements[587].

A contrario, l'abbé Eugène Bossard tente de dissocier le sire de Rais de Georges de La Trémoille, félon présumé de l'épopée johannique, en vue de magnifier Gilles comme compagnon d'armes dévoué de l'héroïne, selon le schéma binaire d'une glorieuse tranche de vie contrastant avec une seconde partie biographique bien plus sombre[596],[597],[598]. Quant à l'abbé Arthur Bourdeaut, il dépeint également le seigneur de Tiffauges comme l'homme du grand chambellan mais sans prêter à l'un et à l'autre cousin des intentions malignes à l'égard de Jeanne d'Arc[276].

Faisant sienne l'opinion de son prédécesseur chartiste Vallet de Viriville, l'essayiste Georges Bataille montre Gilles de Rais comme le serviteur des « intérêts de La Trémoille », notamment lorsque le baron obéit à l'ordre de retraite qui met fin au siège de Paris le [599]. Georges Bataille représente de surcroît le seigneur de Tiffauges comme un « niais » aisément manipulé par ses serviteurs et, a fortiori, par Georges de La Trémoille, politique roué[600]. Cette interprétation est reprise par l'historien Georges Peyronnet : « Gilles fut un instrument docile de cet ambitieux intrigant [La Trémoille]. (...) Gilles exécuta, sans faille, mais apparemment sans bien comprendre ce qu'on lui faisait faire, grisé sans doute par les victoires, l'auréole du sacre, le luxe et les honneurs[601]. » Peyronnet se garde de dépeindre La Trémoille comme un adversaire de la Pucelle mais il affirme que le grand chambellan n'en encadre pas moins l'héroïne par deux de ses alliés, Gilles de Rais et le duc Jean d'Alençon[602].

L'historien Jacques Heers réemploie la thèse d'une opposition curiale à Jeanne d'Arc, que mènerait au sein du Conseil royal « la faction » de La Trémoille et l'évêque Regnault de Chartres. En conséquence, le chercheur refuse de spéculer sur « les véritables sentiments, penchants et intentions du sire de Rais » vis-à-vis de la Pucelle puisque le seigneur de Tiffauges ne serait pas « en mesure de décider, (...) servant un protecteur bien plus puissant que lui. » Ainsi, Gilles ne ferait que « [suivre] un ordre de départ cautionné par le roi » en abandonnant le siège de Paris, conformément à sa position subalterne[284]. Cependant, une telle minimisation du rôle politique et militaire du maréchal est vivement contestée par l'historien chartiste Matei Cazacu[285].

D'après la chronique de Perceval de Cagny, Jeanne d'Arc souhaite avoir Gilles de Rais et Raoul de Gaucourt à ses côtés lors de l'assaut donné à la porte Saint-Honoré le , fait d'armes dont l'échec signera la fin du siège de Paris[321]. Le chartiste Jules Quicherat souligne que Perceval de Cagny demeure l'un des chroniqueurs les plus dignes de foi de la geste de la Pucelle mais l'essayiste Georges Bataille tempère l'information en estimant que Jeanne d'Arc, « en un moment qu'elle croit décisif », veut le maréchal près d'elle « ce qui, de toute façon, signifie qu'elle en apprécie la valeur militaire[603]. » Se focalisant sur la mention du sire de Rais tout en négligeant celle du sire de Gaucourt, certains auteurs ont glosé sur ce passage succinct de la chronique de Perceval de Cagny en supposant des liens étroits, voire sentimentaux, entre Gilles et Jeanne.

Par ailleurs, la présence attestée de Gilles de Rais le à Louviers, ville sise à sept lieues (environ 28 kilomètres) de Rouen où Jeanne d'Arc était alors détenue prisonnière, a parfois été interprétée comme une velléité de libérer la Pucelle[604]. Il ne s'agit que d'une hypothèse[359] et, au demeurant, une telle tentative ne semble pas avoir eu lieu.

Quant à l'épisode des relations de Gilles de Rais avec Jeanne des Armoises, il demeure « mal documenté et difficile à interpréter[591] ». En 1439, le seigneur de Machecoul confie à l'écuyer gascon Jean de Siquenville « la charge et gouvernement des gens de guerre » précédemment placés sous les ordres de Jeanne (ou Claude) des Armoises. Gilles promet à Siquenville le titre de capitaine du Mans sous réserve que l'écuyer délivre cette ville tenue par les Anglais[n 100]. Arrêté ultérieurement par le dauphin Louis pour faits de pillage en pays angevin et poitevin, le Gascon s'évade de prison afin d'échapper au gibet puis sollicite sa grâce auprès du roi Charles VII[606]. De cet épisode parvenu jusqu'à nous grâce à une lettre de rémission accordée à Jean de Siquenville en , il est délicat de conclure que Gilles de Rais ait reconnu l'imposture de la fausse Jeanne en 1439, la relevant pour ce motif de son commandement au profit de l'écuyer[607],[608],[609].

Enfin, le Mystère du siège d'Orléans — texte élogieux vis-à-vis de Jeanne d'Arc[610] — a été régulièrement associé à Gilles de Rais par plusieurs auteurs qui qualifient alternativement le baron de mécène, inspirateur ou coauteur de cette œuvre théâtrale[n 101]. Le personnage du « mareschal de Rais » y est dépeint comme un fidèle compagnon d'armes de Jeanne d'Arc mais il ne tient pas un rôle prépondérant et ne se distingue pas particulièrement des autres capitaines entourant l'héroïne[406],[614],[408]. En l'état, l'historien Philippe Contamine constate qu'aucun élément probant ne permet d'établir un lien entre ce mystère en particulier et les activités orléanaises de Gilles de Rais en 1435[402].

Doutes relatifs à la culpabilité et tentatives de réhabilitation

Siècle des Lumières

Voltaire lisant « L'année littéraire de Fréron », huile sur toile de Jacques-Augustin-Catherine Pajou, 1811.

Dans son Essai sur les mœurs (1756), Voltaire évoque laconiquement Gilles de Rais comme un supplicié ayant été « accusé de magie, et d'avoir égorgé des enfants pour faire avec leur sang de prétendus enchantements[615]. » Sur la base de ce passage succinct, le philosophe a été présenté par certains partisans de l'innocence de Gilles comme leur plus fameux précurseur[616],[617]. Bien qu'il émette des réserves quant à la culpabilité du seigneur de Tiffauges, Voltaire évite toutefois de se prononcer définitivement sur la question. Sa brève mention du procès d', parmi d'autres procès médiévaux d'hérésie et de sorcellerie, lui permet essentiellement de vilipender le « fanatisme composé de superstition et d'ignorance », travers qu'il juge de tous temps mais caractérisant particulièrement sa conception d'un Moyen Âge obscurantiste en contraste avec les Lumières[618].

Dans un court passage de leur ouvrage L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments, depuis la naissance de Notre-Seigneur… (1784), des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur semblent rejoindre l'opinion du philosophe en proposant également la superstition comme cause plausible du supplice de Gilles de Rais. Les érudits religieux assurent dans un premier temps que le maréchal « se déshonorait en Bretagne par des actions infâmes qui excitaient le cri du public contre lui. » Mais, abandonnant ensuite le ton affirmatif, ils emploient des termes similaires à la prose voltairienne lorsqu'ils évoquent le cortège de « prétendus devins et magiciens » possiblement à l'origine des « horreurs » imputées au seigneur de Tiffauges, « horreurs dont il n'était peut-être point coupable[619]. » À l'instar de l’Essai sur les mœurs, L'art de vérifier les dates… amalgame ici les évocations diaboliques et les meurtres d'enfants, contrairement aux aveux de Gilles qui dissociaient en pratique les deux accusations[n 102]. Distinguées des « horreurs », les « actions infâmes » alléguées de manière évasive au début du passage ne concerneraient donc pas les crimes eux-mêmes mais peut-être les pratiques sodomites. Les bénédictins laissent finalement planer le doute sur la réalité des « horreurs », sans conclure à l'innocence[618].

XIXe siècle

Gilles de Retz, le vampire de Bretagne, illustration de Louis Charles Bombled (1862-1927) pour l’Histoire de France de Jules Michelet.
Gilles de Laval Seigneur de Retz, planche en couleurs dans l'ouvrage de Paul Lacroix, Costumes historiques de la France d'après les monuments les plus authentiques..., t. 3, 1852.

À deux exceptions près, les actes des procès ne mentionnent pas clairement de découvertes macabres dans les demeures et lieux de passage du maréchal, bien que l'exhumation d'importants restes humains soit évoquée erronément par certains historiens durant le XIXe siècle.

Ainsi, Pierre-Hyacinthe Audiffret, dans l'article « RETZ (Gilles de LAVAL, seigneur de) » de la Biographie universelle ancienne et moderne (1824)[621] affirme que « [p]our éliminer les traces de ses forfaits, [Gilles de Rais] faisait précipiter les cadavres dans les fosses d'aisances quand il était en voyage ; mais dans ses châteaux, il les brûlait et en jetait les cendres au vent. Malgré ces précautions, on en trouva quarante-six à Champtocé et quatre-vingts à Machecoul[622]. »

Prenant la suite de la Biographie Universelle, Jules Michelet désigne également par un pronom indéfini les auteurs de l'exhumation présumée des cendres compromettantes : « On trouva dans la tour de Chantocé une pleine tonne d'ossements calcinés, des os d'enfants en tel nombre qu'on présuma qu'il pouvait y en avoir une quarantaine. On en trouva également dans les latrines du château de la Suze, dans d'autres lieux, partout où il avait passé[623]. » Le professeur du Collège de France s'appuie sur les dépositions des chambriers Henriet Griart et Étienne Corillaut[n 103] pour alléguer cette macabre découverte champtocéenne, entre autres lieux, mais sa formulation ambiguë semble évoquer le résultat de fouilles entreprises par la justice ducale ou ecclésiastique.

Plusieurs auteurs et historiens[624],[625],[582],[626] jusqu'au Grand dictionnaire universel du XIXe siècle[627] emboiteront le pas à Jules Michelet, souvent par le biais d'une longue citation de son Histoire de France, reproduisant ainsi à l'envi cette « légende issue d'une mauvaise lecture des documents[n 104]. » Autre réminiscence micheletiste, le récit romancé de Pitre-Chevalier dans La Bretagne ancienne et moderne en vient même à évoquer la libération de jeunes filles prisonnières du sire de Rais[629], version fantaisiste réfutée notamment par l'abbé Eugène Bossard[630].

Dans la première monographie consacrée au châtelain de Tiffauges et publiée en 1885, l'abbé Bossard ne doute pas de la réalité des crimes mais il relève que le récit micheletiste n'est qu'une extrapolation due à une lecture approximative des sources primaires, voire la réminiscence de l'œuvre « d'un historien mal informé[n 105]. » De fait, selon les actes des procès, il apparaît des propos des chambriers Henriet Griart et Étienne Corillaut que les restes des victimes ont été exhumés par les propres familiers et serviteurs de Gilles de Rais : Gilles de Sillé, Hicquet de Brémont, Robin Romulart ainsi que les chambriers eux-mêmes. Ces deux derniers attestent aux procès d' que leur maître leur avait enjoint de retirer d'une tour près du château fort de Machecoul les « ossements desséchés » d'une quarantaine de victimes afin de les faire disparaître avant que René de La Suze et André de Lohéac — respectivement le frère et le cousin du baron de Rais — ne s'emparent de cette forteresse bretonne[632].

XXe siècle

Salomon Reinach

Salomon Reinach utilise la presse pour faire connaître ses vues au grand public. Dans le journal Le Signal du , il fait paraître une « Lettre sur Gilles de Rais, innocent », qu'il signe « Un amateur d'histoire vraie ». Dans L'Éclair du , il publie un « Exposé de la question Gilles de Rais »[634].

Louis Perceau et Fernand Fleuret
Fernand Fleuret, écrivain et poète
(Agence Meurisse, 1935, Paris, BnF).
Gilbert Prouteau

Le poète et écrivain Gilbert Prouteau prête à l'avocat Maurice Garçon des doutes concernant la culpabilité de Gilles de Rais ainsi que la velléité de rédiger un ouvrage plaidant la thèse de son innocence[635],[636],[n 106]. Le livre projeté n'a pas vu le jour.

Postérieurement au décès de Maurice Garçon, l'écrivain affirme avoir été sollicité à Nieul-sur-l'Autise par « un dignitaire de la « Région » » dans le cadre de la préparation de « la route Gilles de Rais », un circuit touristique consacré aux châteaux du maréchal. L'ouvrage de commande doit étayer la démarche des promoteurs en « remett[ant] en cause la légende » et en « éclair[ant] les zones d'ombre du procès[638],[n 107]. ».

À l'en croire, le romancier « [met] une journée à découvrir la vérité [aux Archives] »[636],[n 108] puis laisse dormir son manuscrit pendant un an par crainte du refus d'un éditeur. Il finit par présenter son texte à l'avocat Jean-Yves Goëau-Brissonnière. Celui-ci accepte de devenir « le défenseur » de Gilles de Rais[641] et de réunir une « cour arbitrale », collège composé de personnalités[n 109] chargées de se livrer à une « révision » du procès tenu en 1440. Le texte romancé de Prouteau aurait servi d'inspiration au plaidoyer attribué à Goëau-Brissonnière, que l'avocat prononce dans l'amphithéâtre de l'UNESCO en [646].

Le roman et la plaidoirie sont reproduits dans l'ouvrage Gilles de Rais ou la Gueule du loup ()[647], juxtaposition de textes narratifs, d'extraits de minutes, de lettres romancées et d'un journal fictif tenu par un Gilles de Rais présenté comme un féru d'alchimie, alcoolique et esthète apologiste de la pédophilie[n 110], sinon comme un meurtrier d'enfants[650]. Gilbert Prouteau reprend la thèse de Salomon Reinach et Fernand Fleuret en faveur de l'innocence de Gilles de Rais, à savoir une machination judiciaire orchestrée par l'évêque-chancelier Jean de Malestroit[651],[638]. Les contradicteurs de Reinach et Fleuret sont traités de « cuistres » et de « trissotins de l'histoire » tandis que les romanciers Jean-Marie Parent et Roger Facon sont qualifiés d'« historiens de grand talent[652] » en raison de leur œuvre littéraire développant également la théorie du complot judiciaire ourdi à l'encontre du maréchal[653],[654].

La « cour arbitrale » se réunit derechef le dans la salle Clemenceau du Palais du Luxembourg, siège du Sénat[655]. Cette « cour » n'inclut aucun historien médiéviste et ne sollicite jamais l'avis d'experts de cette discipline historique[656]. Convié à s'exprimer quelques minutes, Michel Fleury, artisan menuisier « se disant historien amateur[655] » et archiviste-bibliothécaire de la Société d'études et de recherches historiques sur le pays de Retz[657],[n 111], est fréquemment interrompu par l'avocat Henri Juramy, « président » de la « cour arbitrale[658],[n 112] »

La « révision » du procès aboutit à l'acquittement du seigneur de Tiffauges[660] mais l'écrivain Alain Jost souligne que ce jugement ne peut prétendre à une valeur légale, « sa portée [étant] d'ordre moral, symbolique... et médiatique[661],[n 113]. » Michel Fleury insiste sur le fait que le « jury d'honneur », autoproclamé, n'a aucun caractère officiel[n 114].

L'historien médiéviste Jean Kerhervé, juillet 2005.

La Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public (dont son vice-président Jean Kerhervé) réagit à l'événement médiatique organisé par la « cour arbitrale » en faisant part de ses objections méthodologiques devant cette « histoire-spectacle[665],[666],[667]. » Jean Kerhervé et son confrère médiéviste Olivier Bouzy publient des comptes rendus critiques, respectivement dans le journal Le Peuple breton en [668] et dans le bulletin Connaissance de Jeanne d'Arc en [646] ; préalablement, le conseiller culturel Philippe Reliquet[669], auteur d'un ouvrage dédié au baron de Rais[670], avait effectué une mise au point dans un courrier publié par Le Monde le [671].

Malgré les accusations de Prouteau visant les précédents chercheurs, coupables selon lui d'avoir manipulé ou mal interprété les sources, Jean Kerhervé remarque que l'écrivain lui-même ne paraît ni avoir étudié les sources primaires originales (rédigées en moyen français et essentiellement en latin) ni maîtriser les compétences paléographiques nécessaires au déchiffrement de la cursive gothique du XVe siècle[n 115]. En outre, Prouteau est régulièrement pris en défaut sur ses connaissances en histoire de la religion, du droit et des institutions médiévales, notamment dans le cadre du duché de Bretagne[449]. Olivier Bouzy relève plusieurs autres erreurs et approximations, voire des inventions forgées délibérément pour les besoins de la réhabilitation[646]. Le biographe Alain Jost[674] reproche à Gilles de Rais ou la Gueule du loup de « créer la confusion la plus totale entre les éléments historiques et l'imaginaire de l'auteur[675]. »

Par ailleurs, la couverture médiatique du « procès de révision » est blâmée pour son manque de recul critique. Bien que des périodiques qualifient ce « procès » de « parodie », « supercherie » et « pseudo-procès[659] », d'autres journalistes reproduisent parfois, sans vérification préalable, certains propos entendus à la séance publique du ou imprimés dans Gilles de Rais ou la Gueule du loup, « erreurs et manipulations comprises[676],[n 116]. » Le jeudi , une dépêche de l'AFP évoque ainsi un seigneur de Rais « plus grande fortune du royaume de France », en sus de faire état de ses prétendus aveux concernant 800 meurtres, chiffre inventé par Fernand Fleuret puis repris par Gilbert Prouteau et Goëau-Brissonnière[679],[680].

Auteur de canulars et « orfèvre de fausses citations[681] », le poète Gilbert Prouteau a été qualifié de facétieux et de provocateur[682]. Ainsi, selon Jean de Raigniac, président de la Société des écrivains de Vendée, le « procès de révision » tenu en 1992 aurait été une « farce monumentale (...) mont[ée] avec des comparses de haute volée », mystification dont Prouteau se serait amusé encore plusieurs années après les faits. Toutefois, Jean de Raigniac ajoute qu'« il est légitime de se poser la question sur les motivations réelles du procès de Gilles et sur la validité des pièces, mêmes officielles[683]. »

Jean-Pierre Bayard

Paru la même année que le « procès de révision », Plaidoyer pour Gilles de Rais () est un ouvrage de Jean-Pierre Bayard, auteur spécialisé dans l'ésotérisme, le rosicrucianisme, les sociétés secrètes et la franc-maçonnerie. Présentant le seigneur de Tiffauges comme une victime innocente de l'Inquisition, Bayard dédie son livre à l'avocat Jean-Yves Goëau-Brissonnière « en témoignage de notre communion d'esprit[684] » et, en conclusion, remercie ce dernier et Gilbert Prouteau « pour leur heureuse et courageuse campagne[685]. » La quatrième de couverture précise que ce Plaidoyer… « va dans le sens spirituel du « Comité de réhabilitation du Maréchal Gilles de Rais » ».

En 2007, Goëau-Brissonnière préface l'ouvrage de son « frère » franc-maçon Bayard[686],[687] à l'occasion d'une republication chez Dualpha. Proche de l'extrême droite française[688], cette maison d'édition « publi[e], traduit ou réédit[e] un grand nombre de textes sur les rapports politique/ésotérisme, ou sur l'interprétation ésotérique de faits politiques », observe le politologue Stéphane François[689].

Évocations culturelles

Gilles de Rais (Philippe Hériat) à genoux devant Jeanne d'Arc (Simone Genevois).
Photographie du film La Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc, fille de Lorraine, 1929.

Annexes

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Sources primaires

Sources manuscrites

  • Procès de Gilles de Retz (actes numérisés, cotes E 189-1 à E 189-3), Trésor des chartes, Procédures civiles et criminelles, site des
    • Georges Batailleéd.) et Pierre Klossowskiéd.), Procès de Gilles de Rais. Documents précédés d'une introduction de Georges Bataille, Paris, Club français du livre, , II-366 p.
      Réédition : Georges Batailleéd.) et Pierre Klossowskiéd.), Procès de Gilles de Rais. Documents précédés d'une introduction de Georges Bataille, Paris, Jean-Jacques Pauvert, , 389 p.
      Réédition : Georges Batailleéd.) et Pierre Klossowskiéd.), Procès de Gilles de Rais. Documents précédés d'une introduction de Georges Bataille, Paris, 10/18, coll. « Bibliothèques 10/18 », , 411 p., poche (ISBN 2-264-02563-8).
    • Arthur Bertrand de Broussillonéd.) (ill. Paul de Farcy), La Maison de Craon, accompagnée du Cartulaire de Craon, t. II, Paris, Alphonse Picard et fils, (présentation en ligne).
    • Arthur Bertrand de Broussillonéd.) (ill. Paul de Farcy), La maison de Laval, 1020-1605. Étude historique accompagnée du cartulaire de Laval et de Vitré, t. II : Les Montmorency-Laval, 1264-1412, Paris, Alphonse Picard et fils, (lire en ligne).
    • Arthur Bertrand de Broussillonéd.) (ill. Paul de Farcy), La maison de Laval, 1020-1605. Étude historique accompagnée du cartulaire de Laval et de Vitré, t. III : Les Montfort-Laval, 1412-1501, Paris, Alphonse Picard et fils, (lire en ligne).
    • René Blanchard (extrait du Bulletin de la Société archéologique de Nantes), Observations sur quelques dates du cartulaire des sires de Rays, Nantes, Imprimerie Vincent Forest et Émile Grimaud, , 36 p., In-8° (lire en ligne).
    • René Blanchardéd.), Cartulaire des sires de Rays... 1160-1449, t. I, Poitiers, Société française d'imprimerie et de librairie, coll. « Archives historiques du Poitou », , CXCI-320 p. (lire en ligne).
    • René Blanchardéd.), Cartulaire des sires de Rays... 1160-1449, t. II, Poitiers, Société française d'imprimerie et de librairie, coll. « Archives historiques du Poitou », , VI-593 p. (lire en ligne).
    • Rémi Boucher de Molandonéd.), « La délivrance d'Orléans et l'institution de la fête du 8 mai : Chronique anonyme du XVe siècle récemment retrouvée au Vatican et à Saint-Pétersbourg », Mémoires de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, Paris / Orléans, Société bibliographique / Herluison, t. 18,‎ , p. 241-345 (lire en ligne).
    • Jean de Bueil, Le Jouvencel : suivi du commentaire de Guillaume Tringant, introduction biographique et littéraire par Camille Favre, texte établi et annoté par Léon Lecestre, t. Ier, Paris, Librairie Renouard, (lire en ligne).
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    • Jean Chartier, Chronique de Charles VII, roi de France : nouvelle édition, revue sur les manuscrits, suivie de divers fragments inédits, publiée avec notes, notices et éclaircissements par Vallet de Viriville, t. I, Paris, Pierre Jannet, , 271 p. (lire en ligne).
    • Jean Chartier, Chronique de Charles VII, roi de France : nouvelle édition, revue sur les manuscrits, suivie de divers fragments inédits, publiée avec notes, notices et éclaircissements par Vallet de Viriville, t. II, Paris, Pierre Jannet, , IV-346 p. (lire en ligne).
    • Gérard Groséd.), Mystère du siège d'Orléans, Paris, Librairie générale française (LGF), coll. « Le Livre de poche / Lettres gothiques », , 1049 p. (ISBN 2-253-06675-3).
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    • Jules Quicheratéd.), Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle : publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale, suivis de tous les documents historiques qu'on a pu réunir et accompagnés de notes et d'éclaircissements, t. 4 : Témoignages des chroniqueurs et historiens du XVe siècle, Paris, Jules Renouard et Cie, , 540 p. (lire en ligne).
    • Jules Quicheratéd.), Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle : publiés pour la première fois d'après les manuscrits de la Bibliothèque royale, suivis de tous les documents historiques qu'on a pu réunir et accompagnés de notes et d'éclaircissements, t. 5 : Témoignages des poètes du XVe siècle. Lettres, actes et autres pièces détachées. Témoignages extraits des livres de comptes. Documents relatifs à l'Institution et aux premières célébrations de la fête du 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans. Documents sur la fausse Jeanne d'Arc qui parut de 1436 à 1440. Supplément aux pièces et extraits concernant la Pucelle. Itinéraire de la Pucelle. Notice littéraire du procès du condamnation. Notice des pièces de la réhabilitation. Table analytique, Paris, Jules Renouard et Cie, , 575 p. (lire en ligne).

    Bibliographie

    Études, essais et articles

    • Georges Bataille et J. Le Maire, « Le souvenir de Gilles de Rais à Orléans », Bulletin trimestriel de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, Orléans, Société archéologique et historique de l'Orléanais, t. I, no 2,‎ second trimestre 1959, p. 72-75 (lire en ligne).
    • Georges Bataille, « Les remords et l'exhibitionnisme de Gilles de Rais », Les Lettres nouvelles, no 25,‎ 1959 (7e année), p. 2-14.
    • Georges Bataille, « La tragédie de Gilles de Rais », dans Georges Bataille et Pierre Klossowskiéd.), Procès de Gilles de Rais. Documents précédés d'une introduction de Georges Bataille, Paris, Le Club français du livre, , II-366 p., p. 5-93.
      Première partie de l'introduction à l'édition des documents des procès.
    • Georges Bataille, « Analyse des données historiques », dans Georges Bataille et Pierre Klossowskiéd.), Procès de Gilles de Rais. Documents précédés d'une introduction de Georges Bataille, Paris, Le Club français du livre, , II-366 p., p. 95-185.
      Seconde partie de l'introduction à l'édition des documents des procès.
    • Michel Bataille et Jean Pesez, Gilles de Rais : suivi de Gilles de Rais, Jeanne d'Arc et ses compagnons, Paris, Club des amis du livre / Éditions Planète, , 312 p.
      Réédition amputée de l'étude de Jean Pesez : Michel Bataille, Gilles de Rais, Paris, J'ai lu, coll. « L'Aventure mystérieuse », , 320 p.
      Réédition amputée de l'étude de Jean Pesez : Michel Bataille, Gilles de Rais, Paris, Éditions Pygmalion, coll. « Bibliothèque infernale », , 284 p. (ISBN 2-85704-030-X).
    • Jacques Boislève, « Monstruosité et marginalité chez Gilles de Rais », dans Arlette Bouloumié (dir.), Figures du marginal dans la littérature française et francophone, Angers, Presses de l'Université d'Angers, coll. « Recherches sur l'imaginaire » (no 29), , 228 p. (ISBN 2-903075-96-4, lire en ligne), p. 27-37.
    • Eugène Bossard (abbé), Gilles de Rais, maréchal de France, dit « Barbe-Bleue », 1404-1440 : d'après des documents inédits, Paris, Honoré Champion, , VIII-414 p. (lire en ligne), [présentation en ligne], [présentation en ligne], [présentation en ligne], [présentation en ligne].
    • Arlette Bouloumié, « L'itinéraire de Gilles de Rais : de Champtocé à Orléans et Nantes, vu par Huysmans, Georges Bataille, Vincent Huidobro et Michel Tournier », dans Georges Cesbron (dir.), Loire-littérature : actes du colloque d'Angers du 26 au 29 mai 1988 / [organisé par l']Université d'Angers, Centre de recherches en littérature et linguistique de l'Anjou et des bocages, Angers, Presses de l'Université d'Angers, , 755 p. (ISBN 2-903075-38-7), p. 129-145.
    • Arthur Bourdeaut (abbé), « Chantocé, Gilles de Rays et les ducs de Bretagne », Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, Rennes, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, t. V, Première partie,‎ , p. 41-150 (lire en ligne).
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    • Olivier Bouzy, « Le Procès de Gilles de Rais. Preuve juridique et exemplum », Connaissance de Jeanne d'Arc, Chinon, no 26,‎ , p. 40-45 (lire en ligne).
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    • Matei Cazacu, Gilles de Rais, Paris, Tallandier, , 384 p. (ISBN 2-84734-227-3, présentation en ligne).
      Réédition : Matei Cazacu, Gilles de Rais, Paris, Tallandier, coll. « Texto », , 387 p., poche (ISBN 978-2-84734-896-5).
    • Jacques Chiffoleau, « Gilles, la vérité, l'histoire : un médiéviste et le procès du sire de Rais », Cahiers Gilles de Rais, Nantes, Éditions Joca Seria, vol. 3,‎ , p. 9-21 (ISBN 2-908929-15-5).
    • Jacques Chiffoleau, « Gilles de Rais, un serial killer pédophile ? Note sur les lectures d'un procès célèbre depuis 1440 et sur son actualité supposée », Actes du colloque sur la pédophilie organisé par le tribunal de grande instance de Créteil (décembre 1997), Paris,‎ .
    • Jacques Chiffoleau, « Gilles de Rais, ogre ou serial killer ? », L'Histoire, no 335,‎ , p. 8-16 (lire en ligne).
    • Jacques Chiffoleau, « Préface », dans Eugène Bossard, Gilles de Rais, Paris, Nouveau Monde Éditions, coll. « Chronos », , 493 p. (ISBN 978-2-36942-611-0), p. 7-16.
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    • Collectif, Cahiers Gilles de Rais, vol. 1, Nantes, Éditions Joca Seria, , 58 p. (ISBN 2-908929-05-8).
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    • Collectif, Cahiers Gilles de Rais, vol. 4, Nantes, Éditions Joca Seria, , 58 p. (ISBN 2-908929-19-8).
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    Sources secondaires additionnelles

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    • Jules Michelet, Histoire de France, t. 5, Paris, Librairie classique et élémentaire de Louis Hachette, (lire en ligne), p. 208-215.
    • Charles Mourain de Sourdeval, « Les sires de Retz et le château de Machecoul », Mémoires de la Société archéologique de Touraine, Tours, Imprimerie de Mame, t. II,‎ 1843-1844, p. 27-70 (lire en ligne).
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    • René Planchenault, « La conquête du Maine par les Anglais : la lutte de partisans (1427-1429) », Revue historique et archéologique du Maine, Le Mans, imprimerie Monnoyer, t. XCIII,‎ , p. 24-34 ; 160-172 (lire en ligne), [lire en ligne].
    • René Planchenault, « La conquête du Maine par les Anglais : la lutte de partisans (1427-1429) (suite et fin) », Revue historique et archéologique du Maine, Le Mans, imprimerie Monnoyer, t. XCIV,‎ , p. 47-60 (lire en ligne).
    • Auguste Vallet de Viriville, « Examen critique du Mystère du siège d'Orléans », Bibliothèque de l'École des chartes, Paris, Librairie A. Franck, 5e série, t. 5,‎ , p. 1-17 (lire en ligne).
    Études contemporaines

    Littérature et essais consacrés à la réhabilitation de Gilles de Rais

    Articles connexes