Henri IV
Illustration.
Henri IV portant en écharpe la bannière blanche et la croix de l'ordre du Saint-Esprit.
Portrait en buste par Frans Pourbus le Jeune, huile sur toile, Versailles, châteaux de Versailles et Trianon, XVIIe siècle.
Titre
Roi de France

(20 ans, 9 mois et 12 jours)
Couronnement ,
en la cathédrale de Chartres
Premier ministre Maximilien de Béthune
Prédécesseur Henri III
Successeur Louis XIII
Roi de Navarre
Henri III

(37 ans, 11 mois et 5 jours)
Prédécesseur Jeanne d'Albret
Successeur Louis XIII
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Henri de Bourbon
Date de naissance
Lieu de naissance Pau (France)
Date de décès (à 56 ans)
Lieu de décès Paris (France)
Nature du décès Assassinat
Sépulture Basilique de Saint-Denis
Père Antoine de Bourbon,
duc de Vendôme
Mère Jeanne III de Navarre
Conjoint Marguerite de Valois
(1572-1599)
Marie de Médicis
(1600-1610)
Enfants Louis XIII Red crown.png
Élisabeth de France
Christine de France
Monsieur d’Orléans[1]
Gaston de France
Henriette-Marie de France

César de Bourbon
Catherine-Henriette de Bourbon
Alexandre de Bourbon
Henri de Bourbon
Antoine de Bourbon
Jeanne-Baptiste de Bourbon
Héritier Charles de Bourbon
(1589-1590)
Henri de Bourbon-Condé
(1590-1601)
Louis de France
(1601-1610)
Religion Protestantisme puis catholicisme (25 juillet 1593)
Résidence Palais du Louvre (Paris)

Signature de Henri IV

Henri IV (roi de France)
Rois de France

Henri IV, dit « le Grand »[2], à l'origine Henri de Bourbon, né le à Pau et mort assassiné le à Paris, roi de Navarre de 1572 à 1610 sous le nom d'Henri III[a], devient en 1589 roi de France sous le nom d'Henri IV. Il réunit ainsi les dignités de roi de France et de Navarre et est le premier roi de France de la maison capétienne de Bourbon.

Fils de Jeanne d'Albret, reine de Navarre (elle-même fille de Marguerite d'Angoulême donc nièce du roi François Ier), et d'Antoine de Bourbon, chef de la maison de Bourbon et descendant du roi Saint Louis, Henri de Bourbon est premier prince du sang et, en vertu de la « loi salique », le successeur naturel des rois de France de la maison de Valois, s'ils meurent sans descendance mâle légitime[3], ce qui a été le cas de tous les fils d'Henri II.

Bien que baptisé catholique, il est élevé dans la religion réformée et s'implique dans les guerres de Religion en tant que prince du sang, roi de Navarre et chef de la noblesse protestante. Il abjure le protestantisme en 1572, juste après son mariage avec Marguerite de Valois, pour échapper au massacre de la Saint-Barthélemy, mais y revient en 1576 après avoir réussi à fuir la cour de France.

En 1584, à la mort du duc François d'Anjou, frère cadet et héritier du roi Henri III de France, il devient l'héritier légitime du trône. Les troubles religieux s'exacerbent, notamment sous la pression de la Ligue qui refuse de voir un protestant monter sur le trône.

En 1589, après l'assassinat d'Henri III par le moine ligueur Jacques Clément, Henri de Navarre devient pourtant roi de France. Mais il doit poursuivre la guerre contre la Ligue. Pour renforcer sa légitimité, il finit par se reconvertir solennellement au catholicisme le , lors d'une cérémonie en la Basilique de Saint-Denis[4], ce qui lui permet d'être sacré en 1594, non pas à Reims, mais à Chartres. Une partie de la Ligue n'en poursuit pas moins le combat jusqu'en 1598, année où après avoir reçu à Angers la reddition du duc de Mercoeur, gouverneur de Bretagne, Henri IV signe l'édit de Nantes, édit de pacification autorisant le culte protestant selon des modalités déterminées, mettant ainsi fin à plus de trois décennies de guerres de Religion.

Douze ans plus tard, alors qu'il prépare une guerre contre l'Espagne, Henri IV est assassiné rue de la Ferronnerie, à Paris, par un catholique fanatique venu d'Angoulême, François Ravaillac.

Sa devise, Duo prætendit unus, peut se traduire par « L'une protège l'autre » (la France et la Navarre).

Biographie

Naissance et baptême catholique

Henri naît dans la nuit du 12 au [b] à Pau, alors capitale de la souveraineté de Béarn, dans le château de son grand-père maternel le roi de Navarre[c]. Henri d’Albret désirait depuis longtemps que sa fille unique lui donnât un héritier mâle. Selon la tradition rapportée par les chroniqueurs (Jean-Baptiste Legrain[7], André Favyn[8]), Henri, aussitôt né, est donc remis entre les mains de son grand-père qui l'emmène dans sa chambre, lui frotte les lèvres avec une gousse d'ail et lui fait respirer une coupe de vin, sans doute de jurançon, où le roi de Navarre possédait une vigne achetée en 1553[9]. Ce « baptême béarnais » est une pratique courante avec les nouveau-nés[10], dans le but de prévenir les maladies[11] et ce type de bénédiction persiste les siècles suivants pour les baptêmes des enfants de la maison de France[12]. Henri d’Albret lui offre une carapace de tortue, encore exposée dans une pièce du château de Pau qu'une tradition incertaine donne pour être la « chambre d’Henri IV » insérée dans l’appartement de Jeanne d'Albret[13]. Suivant l'usage de la couronne de Navarre, il reçoit en tant que fils aîné le titre de prince de Viane[14].

Le futur Henri IV est baptisé dans la religion catholique quelques semaines après sa naissance, le , dans la chapelle du château de Pau, par le cardinal d'Armagnac[15]. Ses parrains sont les rois Henri II de France et Henri II de Navarre (d'où le choix du prénom Henri), ses marraines sont la reine de France Catherine de Médicis[16] et Isabeau d'Albret, sa tante, veuve du comte de Rohan. Pendant la cérémonie, le roi de France Henri II est représenté par le cardinal de Vendôme, frère d'Antoine de Bourbon[11].

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Jeunesse

Henri de Navarre en 1568,
dessin de Dumonstier,
Paris, BnF, département des estampes.

Henri passe une partie de sa petite enfance dans la campagne de son pays au château de Coarraze. Il fréquente les paysans au cours de ses parties de chasse [17], et acquiert le surnom de « meunier de Barbaste »[18]. Fidèle à l'esprit du calvinisme, sa mère Jeanne d'Albret prend soin de l'instruire dans cette stricte morale, selon les préceptes de la Réforme[19].

À l'avènement de Charles IX en 1561, son père Antoine de Bourbon l'amène vivre à la cour de France. Il y côtoie le roi et les princes de la maison royale qui sont de son âge. Ses parents s'opposent sur le choix de sa religion, sa mère désirant l'instruire dans le calvinisme, et son père dans le catholicisme.

Durant la première guerre de Religion, Henri est placé par sécurité à Montargis sous la protection de Renée de France. Après la guerre et le décès de son père, il est retenu à la cour comme garant de l'entente entre la monarchie et la reine de Navarre. Jeanne d'Albret obtient de Catherine de Médicis le contrôle de son éducation et sa nomination comme gouverneur de Guyenne (1563)[20].

De 1564 à 1566, il accompagne la famille royale durant son grand tour de France et retrouve à cette occasion sa mère qu'il n'avait pas revue depuis deux ans. En 1567, Jeanne d'Albret le fait revenir vivre auprès d'elle dans le Béarn.

En 1568, Henri participe à titre d'observateur à sa première campagne militaire en Navarre. Il poursuit ensuite son apprentissage militaire durant la troisième guerre de Religion. Sous la tutelle de l'amiral de Coligny, il assiste aux batailles de Jarnac, de La Roche-l'Abeille et de Moncontour. Il combat pour la toute première fois en 1570, lors de la bataille d'Arnay-le-Duc[21].

Roi de Navarre

À la cour de France

Henri et Marguerite de Valois, roi et reine de Navarre (vers 1572).
Miniature du livre d'heures de Catherine de Médicis.

En 1572, succédant à sa mère Jeanne d'Albret, Henri de Navarre devient roi de Navarre sous le nom de Henri III[d]. Le , il est marié à Paris à la sœur du roi Charles IX, Marguerite de Valois (davantage connue à partir du XIXe siècle sous le sobriquet romancé de « reine Margot »). Ce mariage auquel s'était opposée Jeanne d'Albret dans un premier temps[22], a été arrangé pour favoriser la réconciliation entre catholiques et protestants. Comme Marguerite de Valois, catholique, ne peut se marier que devant un prêtre, et que Henri ne peut entrer dans une église, leur mariage fut célébré séparément, l'époux demeurant sur le parvis de Notre-Dame. C'était d'ailleurs coutume au Moyen Âge que le mariage fût célébré devant le porche de l'église. S'ensuivent plusieurs jours de fête.

Cependant, dans un climat très tendu à Paris, et à la suite d'un attentat contre Gaspard de Coligny, le mariage est suivi quelques jours plus tard du massacre de la Saint-Barthélemy. Épargné par les tueries du fait de son statut de prince du sang, Henri est contraint quelques semaines plus tard de se convertir au catholicisme[23]. Assigné à résidence à la cour de France, il se lie politiquement avec le frère du roi François d'Alençon et participe au siège de La Rochelle (1573).

Après sa participation aux complots des Malcontents, il est retenu prisonnier avec le duc d'Alençon au donjon de Vincennes (). La clémence du roi lui évite la peine de mort mais il reste retenu à la cour. À l'avènement de Henri III, il reçoit à Lyon un nouveau pardon du roi et participe à la cérémonie de son sacre à Reims.

La cour de Nérac

Henri III, roi de Navarre (vers 1575).
Huile sur toile, château de Pau.

Après avoir passé plus de trois ans comme otage à la cour, il profite des troubles de la cinquième guerre de Religion pour s'enfuir, le . Ayant rejoint ses partisans, il renoue avec le protestantisme, en abjurant le catholicisme le [24]. Il soutient naturellement la cause des Malcontents (association de catholiques et de protestants modérés contre le gouvernement), mais animé d’un esprit modéré, il ne s’entend pas avec son cousin le prince de Condé qui, d’un tempérament opposé, se bat avec zèle pour le triomphe de la foi protestante[25]. Henri de Navarre entend ménager la cour de France et s'assurer en Guyenne la fonction de gouverneur (représentant administratif et militaire du roi). En 1577, il participe timidement à la sixième guerre de Religion menée par son cousin[26].

Henri est désormais confronté à la méfiance des protestants qui lui reprochent son manque de sincérité religieuse. Il se tient à l’écart du Béarn qui est fermement tenu par les calvinistes[27]. Henri est plus encore confronté à l’hostilité des catholiques. En , il manque de mourir dans un piège organisé dans la cité d’Eauze ; Bordeaux, pourtant capitale de son gouvernement, refuse même de lui ouvrir ses portes[28]. Henri s’installe alors le long de la Garonne à Lectoure et à Agen qui a l’avantage d’être situé non loin de son château de Nérac. Sa cour est composée de gentilshommes appartenant aux deux religions. Ses conseillers sont essentiellement protestants, tels Duplessis-Mornay et Jean de Lacvivier.

D’ à , la reine mère Catherine de Médicis lui rend visite pour achever la pacification du Royaume. Espérant le maintenir plus facilement en obéissance, elle lui ramène son épouse Marguerite.

Pendant plusieurs mois, le couple Navarre mène grand train au château de Nérac. La cour s’amuse notamment en parties de chasse, de jeux et de danses, ce dont se plaignent amèrement les pasteurs[29]. Sous l’influence de l’idéal platonique imposé par la reine, une atmosphère de galanterie règne sur la cour qui attire également un grand nombre de lettrés (comme Montaigne et Du Bartas). Henri se laisse aller lui-même aux plaisirs de la séduction — il s'éprend tour à tour de deux demoiselles de compagnie de la reine : Mlle Rebours et Françoise de Montmorency-Fosseux[30].

Henri participe ensuite à la septième guerre de Religion relancée par ses coreligionnaires. La prise de Cahors, en , où il réussit à éviter pillage et massacre malgré cinq jours de combats de rue[31], lui vaut un grand prestige à la fois pour son courage et son humanité[32].

Henri de Navarre entretient entre 1582 et 1590 une relation avec la catholique Diane d'Andoins à laquelle il promet le mariage et qui le soutient financièrement, la seule de ses maîtresses à être associée à ses affaires[33] : elle semble avoir joué le rôle tant de conseillère politique que de confidente[34]. Les aventures féminines du roi créent la discorde au sein du couple qui n'a toujours pas d'enfants et provoquent le départ de Marguerite pour Paris. Le coup d'éclat de Marguerite à Agen (1585) consommera leur rupture définitive.

Héritier du trône de France

Henri III, roi de Navarre.
Burin de Jean Rabel, Paris, BnF, département des estampes, 1584.
Sur son lit de mort, Henri III désigne le roi Henri III de Navarre comme son successeur au trône de France (tapisserie du XVIe siècle).

En 1584, le frère cadet du roi de France, François d'Anjou, meurt sans héritier. N'en ayant pas lui-même, le roi Henri III envisage de confirmer Henri de Navarre comme son héritier légitime. Il lui envoie le duc d'Épernon pour l'inviter à se convertir et à revenir à la cour. Mais quelques mois plus tard, contraint de signer le traité de Nemours pour donner des gages à la Sainte Ligue, il lui déclare la guerre et met hors la loi tous les protestants. La rumeur dit qu'en une nuit, la moitié de la moustache du futur Henri IV blanchit[35].

Commence alors un conflit où Henri de Navarre affronte à plusieurs occasions le duc de Mayenne. Relaps, Henri est de nouveau excommunié par le pape, puis doit affronter l'armée royale qu'il bat à la bataille de Coutras en 1587.

Plusieurs revirements apparaissent en 1588. Le , la mort soudaine du prince Henri de Condé positionne clairement le roi de Navarre à la tête des huguenots. Le , par un « coup de majesté »[36], le roi de France fait assassiner le duc Henri de Guise ainsi que le frère de celui-ci, le cardinal Louis, le lendemain. Le changement de la donne politique pousse les souverains de France et de Navarre à se réconcilier. Les deux rois se retrouvent au château de Plessis-lèz-Tours et signent un traité le . Alliés contre la Ligue qui contrôle Paris et la plus grande partie du royaume de France, ils parviennent à mettre le siège devant Paris en juillet.

Le , le roi Henri III est assassiné par Jacques Clément, moine catholique fanatique. Avant de mourir le lendemain de ses blessures, il reconnaît formellement son beau-frère, le roi Henri III de Navarre comme son successeur légitime, et celui-ci devient le roi Henri IV de France. Sur son lit de mort, Henri III lui conseille de se convertir à la religion de la majorité des Français.

Pour Henri IV commence la longue reconquête du Royaume, car les trois quarts des Français ne reconnaissent pas pour roi un noble protestant. Les catholiques de la Ligue refusent de reconnaître la légitimité de cette succession.

Roi de France

La guerre contre la Ligue

Portrait du roi Henri IV par Jacob Bunel, Rijksmuseum Amsterdam, 1592.

Conscient de ses faiblesses, Henri IV doit d’abord conquérir les esprits. Les royalistes catholiques lui demandent d’abjurer le protestantisme, lui qui à dix-neuf ans avait déjà changé trois fois de religion[37]. Il refuse, mais dans une déclaration publiée le , il indique qu’il respectera la religion catholique. Beaucoup hésitent à le suivre, certains protestants comme La Trémoille quittant même l’armée, qui passe de 40 000 à 20 000 hommes.

Affaibli, Henri IV doit abandonner le siège de Paris car les seigneurs rentrent chez eux, ne voulant pas servir un protestant. Appuyés par l'Espagne, les ligueurs relancent les hostilités, le contraignant à se replier personnellement à Dieppe, en raison de l'alliance avec la reine Élisabeth Ire d'Angleterre, tandis que ses troupes refluent partout.

Henri IV à la bataille d'Arques, , école française, Château de Versailles, 1590.

Cependant, Henri IV est victorieux de Charles de Lorraine, duc de Mayenne, le lors de la bataille d'Arques. Les 10 000 hommes du roi ayant battu 35 000 ligueurs, une analogie se fait avec la victoire de David contre Goliath. Au soutien des nobles, huguenots et politiques rassurés par ce chef de guerre solide et humain, s’ajoutent ceux de Conti et Montpensier (princes du sang), Longueville, Luxembourg et Rohan-Montbazon, ducs et pairs, des maréchaux Biron et d’Aumont, et d’assez nombreux nobles (Champagne, Picardie, Île-de-France)[38].

Il échoue par la suite à reprendre Paris, mais prend d’assaut Vendôme. Il arrive devant Le Mans[e], après avoir pris en passant quelques villes de Touraine. Là aussi, il veille à ce que les églises restent intactes, et à ce que les habitants ne souffrent pas du passage de son armée. Grâce à cet exemple, toutes les villes entre Tours et le Mans se rendent sans combat[39]. La plupart des villes voisines, à la suite de la chute du Mans, n'essaient pas de résister. Beaumont, Sablé, Château-Gontier ouvrent leurs portes. Guillaume Fouquet de La Varenne est dépêché dans le Maine et l'Anjou pour y répandre la nouvelle de ce succès. Laval se rend à son tour, Henri de Navarre y entre le [40]. En quittant Laval, Henri se dirige vers Mayenne dont il s'assure, puis vers Alençon où Biron l'attend.

Il bat à nouveau les Ligueurs et les Espagnols à Ivry le où naît le mythe du panache blanc car Henri IV aurait crié : « Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours sur le chemin de la gloire ». Il assiège Dreux sans succès puis affame Paris, mais ne peut prendre la ville, qui est ravitaillée par les Espagnols. L'approche du duc de Mayenne et du duc de Parme lui fait lever le siège.

L'abjuration d'Henri IV, le , en la basilique Saint-Denis. Musée d'art et d'histoire de Meudon, inv. A.1974-1-6.

Les protestants lui reprochent de ne pas leur donner la liberté de culte : en , il rétablit par l’édit de Mantes (à ne pas confondre avec l'édit de Nantes de 1598) les dispositions de l’édit de Poitiers (1577), qui leur donnait une liberté très limitée du culte[41]. Le duc de Mayenne, alors en guerre contre Henri IV, convoque les états généraux en janvier 1593, dans le but d’élire un nouveau roi. Mais il est déjoué : les états négocient avec le parti du roi, obtiennent une trêve, puis sa conversion. Encouragé par l'amour de sa vie, Gabrielle d'Estrées, et surtout très conscient de l'épuisement des forces en présence, tant au niveau moral que financier, Henri IV, en fin politique, choisit d'abjurer la foi calviniste. Le , par une déclaration connue sous le nom d'« expédient », Henri IV annonce son intention d'être instruit dans la religion catholique.

Henri IV abjure solennellement le protestantisme, le en la basilique Saint-Denis. On lui a prêté, bien à tort, le mot selon lequel « Paris vaut bien une messe » (1593)[42], même si le fond semble plein de sens[43].

Afin d’accélérer le ralliement des villes et des provinces (et de leurs gouverneurs), il multiplie les promesses et les cadeaux, pour un total de 25 millions de livres. L’augmentation des impôts consécutive (multiplication par 2,7 de la taille) provoque la révolte des croquants dans les provinces les plus fidèles au roi, Poitou, Saintonge, Limousin et Périgord[44].

Au début de 1594, Henri IV assiège avec succès Dreux puis il est sacré le en la cathédrale de Chartres : il est l'un des trois rois de France sacrés ailleurs qu'à Reims et Paris, qui étaient en effet tenus par l'armée de la Ligue. Son entrée dans Paris le , où il distribue des billets exprimant son pardon royal et, pour finir, l'absolution accordée par le pape Clément VIII le , lui assurent le ralliement progressif de toute la noblesse et du reste de la population, malgré des réticences très fortes des opposants les plus exaltés, tel ce Jean Châtel qui tente d'assassiner le roi près du Louvre le . Il bat de manière définitive l'armée de la Ligue à Fontaine-Française[45].

La guerre contre l'Espagne puis la Savoie

Henri IV représenté en Mars vainqueur de la Ligue.
Toile de Jacob Bunel, château de Pau, vers 1605-1606.

En 1595, Henri IV déclare officiellement la guerre à l'Espagne. Il s'agit d'une stratégie habile faisant des derniers ligueurs, soutenus financièrement par Philippe II, des traîtres. Le roi éprouve alors d'énormes difficultés à repousser les attaques espagnoles en Picardie. La prise d'Amiens par les Espagnols et le débarquement d'une troupe hispanique en Bretagne, où le gouverneur Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, cousin des Guise et beau-frère du feu roi Henri III, ne reconnaît toujours pas Henri IV pour roi, laisse celui-ci dans une situation périlleuse.

Le roi perd également l'appui de la noblesse protestante. À l'imitation de La Trémoille et de Bouillon, elle s'abstient de paraître au combat. Choqués par sa conversion et par les nombreuses personnalités qui l'imitent, les protestants en plein désarroi reprochent au roi de les avoir abandonnés. Ils se réunissent régulièrement en assemblée pour réactiver leur organisation politique. Ils vont jusqu'à se saisir de l'impôt royal pour leur propre compte[46].

Après avoir soumis la Bretagne, ravagé la Franche-Comté[47] et repris Amiens aux Espagnols, le , Henri IV signe l’édit de Nantes qui met en place une paix entre protestants et catholiques. Nantes est la ville où siège le gouverneur de Bretagne et dernier ligueur, le duc de Mercœur, dont Henri a acheté le ralliement. Au total, les ralliements de nobles ont coûté 35 millions de livres tournois. Les deux armées étant à bout de forces, le est signée la paix de Vervins entre la France et l'Espagne. Après plusieurs décennies de guerres civiles, la France connaît enfin la paix. Henri IV mène une « bataille de l'édit » pour faire accepter l'édit de Nantes au différents parlements du Royaume. Le dernier est le parlement de Rouen en 1609.

Toutefois, l'article de la paix de Vervins concernant le duc de Savoie devint la cause d'une nouvelle guerre. Le , Henri IV reçut Charles-Emmanuel Ier de Savoie à Fontainebleau afin de régler le différend. En , le duc de Savoie demanda un délai de réflexion de trois mois et repartit pour ses États. Le terme de trois mois étant écoulé, Henri IV fit sommer Charles-Emmanuel de se déclarer. Le prince répondit que la guerre lui serait moins préjudiciable qu'une paix comme celle qu'on lui offrait. Immédiatement, Henri IV lui déclara la guerre, le .

Le mariage

Bustes affrontés d’Henri IV, le buste drapé et de Marie de Médicis avec un large col en dentelle (médaille frappée en 1605).
Henri IV, portrait par François Quesnel.
Paris, BnF, département des estampes, vers 1602.

Henri IV approche de la cinquantaine et n'a toujours pas d'héritier légitime. Depuis quelques années, Gabrielle d'Estrées partage sa vie mais, n'appartenant pas à une famille régnante, elle ne peut guère prétendre devenir reine. Se comportant tout de même comme telle, Gabrielle suscite de nombreuses critiques, tant de l'entourage royal que des pamphlétaires, qui la surnomment la « duchesse d'Ordure ». Sa mort survenue brutalement en 1599, sans doute d'une éclampsie puerpérale, permet au roi d'envisager de prendre une nouvelle épouse digne de son rang.

En , il obtient l'annulation de son mariage avec la reine Marguerite, et épouse, à la cathédrale Saint-Jean de Lyon, le , Marie de Médicis, fille de François Ier de Médicis et de Jeanne d'Autriche, et nièce de Ferdinand Ier, grand-duc de Toscane alors régnant. Ce mariage est une double bénédiction puisque la dot permet d'effacer toute une année de dette et Marie de Médicis met au monde le dauphin Louis l'année suivante, assurant ainsi l'avenir de la dynastie de Bourbon.

Henri IV compromet son mariage et sa couronne en poursuivant sa relation extra-conjugale, commencée peu de temps après la mort de Gabrielle d'Estrées, avec Henriette d'Entragues, jeune femme ambitieuse, qui n'hésite pas à faire du chantage au roi, pour légitimer les enfants qu'elle a eus de lui. Ses requêtes repoussées, Henriette d'Entragues complote à plusieurs reprises contre son royal amant. En 1602, Henri IV, vient présenter sa filleule, Louise de Gondi, au Prieuré Saint-Louis de Poissy et qui deviendra prieure en 1623, il remarque en passant la beauté de Louise de Maupeou à qui il fait la cour.

En 1609, après plusieurs autres passades, Henri va se prendre de passion pour la jeune Charlotte-Marguerite de Montmorency.

Reconstruction et pacification du Royaume

Henri IV s'appuie, pour gouverner, sur des ministres et conseillers compétents comme le baron de Rosny, futur duc de Sully, le catholique Villeroy et l'économiste Barthélemy de Laffemas. Les années de paix permettent de renflouer les caisses. Henri IV fait construire la grande galerie du Louvre qui relie le palais aux Tuileries. Il lance plusieurs campagnes d'agrandissement et de décors dans les grands châteaux royaux, à Fontainebleau et à Saint-Germain-en-Laye, en faisant appel à plusieurs sculpteurs de talent (Pierre Biard l'Aîné, Pierre Franqueville, Matthieu Jacquet, Barthélemy Prieur, Jean Mansart) et des peintres français ou flamands (Toussaint Dubreuil, Ambroise Dubois, Jacob Bunel, Martin Fréminet). Il met en place une politique d'urbanisme moderne. Il poursuit ainsi la construction du pont Neuf commencé sous son prédécesseur. Il fait bâtir à Paris deux nouvelles places, la place Royale (aujourd'hui Place des Vosges) et la place Dauphine, sur l'île de la Cité. Il projette également de créer une « place de France » semi-circulaire au nord du Marais, mais elle ne verra jamais le jour.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Son règne voit cependant le soulèvement des paysans dans le centre du pays et le roi doit intervenir à la tête de son armée. En 1601, après la guerre franco-savoyarde, le traité de Lyon établit un échange territorial entre Henri IV et Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie : le duc céda à la France les territoires de la Bresse et du Bugey et en plus les pays de Gex et de Valromey, de plusieurs siècles possession du duché de Savoie, au lieu du marquisat de Saluces, situé en territoire italien. Après le traité, Henri IV doit faire face à plusieurs complots dirigés depuis l'Espagne et la Savoie. Il fait ainsi exécuter le duc de Biron et embastiller le duc d’Angoulême, le dernier des Valois, fils bâtard de Charles IX.

Pour rassurer les anciens partisans de la Ligue, Henri IV favorise également l'entrée en France des jésuites qui pendant la guerre avaient appelé à l'assassinat du roi[48], crée une « caisse des conversions » en 1598[49]. Il se réconcilie avec le duc de Lorraine Charles III et marie, avec le fils de celui-ci, sa sœur Catherine de Bourbon. Henri IV se montre fervent catholique — sans être dévot — et incite sa sœur et son ministre Sully à se convertir, mais aucun d'eux ne le fait.

Une période d'essor économique et des arts et métiers

Maximilien de Béthune, duc de Sully.
Huile sur toile, école française du XVIe siècle, musée des beaux-arts de Blois.
La manufacture des Gobelins, dans son aspect du XIXe siècle.
Canal de Briare.

Redresser l'économie

Petit à petit, la France doit être remise en état. La production agricole retrouve son niveau de 1560 en 1610. Le désir de paix est unanime : il favorise la mise en place de l’édit de Nantes, la reconstruction, dans le Languedoc et le Nord de la France, a un effet d’entraînement sur toute l’économie.

Le roi et son ministre Sully sont conscients que les arts et l'artisanat d'excellence ont un rôle à jouer dans le redressement économique du Royaume. Henri IV cherche notamment à mettre fin aux importations massives de tapisseries des Flandres, qui déséquilibrent la balance commerciale française : il offre en 1597 au maître lissier Girard Laurent de s'établir dans l'ancienne Maison professe des jésuites (désertée par ces derniers à la suite de l'expulsion des jésuites du Royaume), où il sera rejoint par le lissier Maurice Dubout. En 1606, les deux tapissiers du roi s'installent dans les nouvelles galeries du Louvre, que le roi transforme en véritable « pépinière » d'artistes. Peintres, sculpteurs, brodeurs, orfèvres, armuriers et ingénieurs y sont logés et bénéficient d'un brevet qui les tient à l'écart des règles contraignantes des corporations. Dans le même temps, les lissiers flamands Marc de Comans et François de La Planche reçoivent l'autorisation pour l'ouverture d'une manufacture de tapisseries « façon de Flandres » dans des ateliers du faubourg Saint-Marcel. C'est l'ancêtre de la célèbre manufacture royale des Gobelins.

Barthélemy de Laffemas et le jardinier nîmois François Traucat s'inspirent des travaux de l'agronome protestant Olivier de Serres et jouent un rôle majeur dans l'histoire de la soie en faisant planter des millions de mûriers dans les Cévennes, à Paris et d'autres régions.

Le canal de Briare reliant la Seine et la Loire pour le développement agricole est le premier canal de transport fluvial creusé en France. D'autres projets sont préparés mais ensuite abandonnés à la mort d'Henri IV.

« Poule chimérique que le roi Henri aurait promise à toutes les marmites du royaume, la poule au pot s'est construite depuis le xviiie siècle comme plat mythique et comme lieu de mémoire »[50]. Mais dans une querelle avec le duc de Savoie, il aurait prononcé son désir que chaque laboureur ait les moyens d'avoir une poule dans son pot. Le duc de Savoie, en visite en France, apprenant que les gardes du roi ne sont payés que quatre écus par mois, propose au roi de leur offrir à chacun un mois de paye ; ce à quoi le roi, humilié, répond qu'il pendra tous ceux qui accepteront, et évoque alors son souhait de prospérité pour les Français, symbolisé par la poule au pot[51],[52]. Son ministre Sully explique dans ses mémoires intitulés Les Œconomies royales sa conception de la prospérité de la France, liée au développement de l'agriculture : « pâturage et labourage sont les deux mamelles de la France. »

Sully règle le problème de la dette en déclarant la France en faillite vis-à-vis de certains créanciers et en négociant les remboursements à la baisse vis-à-vis des autres. Par exemple, en 1602, la France doit 36 millions de livres tournois aux cantons suisses mais, après négociation, elle n'en doit plus que 16 millions en 1607. À partir de 1598 est lancée une enquête contre les faux nobles. Aussi, en 1604, un impôt de succession pour les charges d'officiers est créé : la paulette. L'officier doit verser chaque année un soixantième de la valeur de l'office pour qu'elle devienne héréditaire.

La société reste cependant violente : les soldats congédiés forment des bandes organisées militairement qui écument les campagnes. Pourchassées par les forces de l'ordre royales légitimes, elles disparaîtront progressivement dans les années 1600. Les mœurs au sein de la noblesse restent également violentes : ainsi en 1607 sont enregistrés 4 000 morts par duel ; par ailleurs les enlèvements de jeunes filles à marier provoquent des guerres privées, où là aussi le roi doit intervenir[53].

Implantation française en Amérique

Dans la continuité de ses prédécesseurs, Henri soutient les expéditions maritimes en Amérique du Sud et favorise le projet d'une implantation au Brésil[54]. Mais c'est en Nouvelle-France que les Français parviennent à se fixer durablement. Dès 1599, le roi accorde le monopole du commerce des fourrures à Tadoussac, en Nouvelle-France, à François Dupont-Gravé et à Pierre Chauvin. Par la suite, Henri IV donne le monopole du commerce des fourrures et charge Pierre Dugua de Mons (protestant) de monter une expédition, sous les ordres de Samuel de Champlain, et d'établir un poste français en Acadie. Ce sera en premier sur l'Île Sainte-Croix (aujourd'hui Dochet Island au Maine), en 1604 et par la suite à Port-Royal, en Nouvelle-France, au printemps 1605. Mais le monopole est révoqué en 1607, ce qui mettra fin à la tentative de peuplement. Le roi charge Samuel de Champlain de lui faire rapport de ses découvertes. En 1608 le monopole est rétabli, mais pour un an seulement. Champlain est envoyé, avec François Dupont-Gravé, pour fonder Québec, qui est le départ de la colonisation française en Amérique, pendant que de Mons reste en France pour faire prolonger le monopole.

Fin de règne et assassinat

L'assassinat d'Henri IV, rue de la Ferronnerie à Paris. Gravure de Gaspar Bouttats, fin du XVIIe siècle.
Plaque précisant le lieu de l'assassinat du roi Henri IV par François Ravaillac le rue de la Ferronnerie à Paris.

La fin du règne d'Henri IV est marquée par des tensions avec les Habsbourg et la reprise des hostilités contre l'Espagne. Henri IV intervient dans le conflit de succession qui oppose l'empereur de confession catholique aux princes allemands protestants qu'il soutient, dans la succession de Clèves et de Juliers. La fuite du prince de Condé en 1609 à la cour de l'infante Isabelle ravive les tensions entre Paris et Bruxelles. Henri IV estime son armée prête à reprendre le conflit qui s'était arrêté dix ans plus tôt. Le , François de Bonne de Lesdiguières, représentant d'Henri IV de France dans le château de Bruzolo en Val de Suse, signe le traité de Bruzolo, avec Charles-Emmanuel Ier, duc de Savoie.

Le déclenchement d'une guerre européenne ne plaît ni au pape, soucieux de la paix entre princes chrétiens, ni aux sujets français, inquiets de leur tranquillité. Ne pouvant accepter une alliance avec des princes protestants contre un souverain catholique, des prêtres ravivent par leurs sermons les esprits échauffés des anciens Ligueurs. Le roi voit également un parti qui s'oppose à sa politique au sein même de l'entourage de la reine. Le roi est dans une position fragile qui n'est pas seulement le fait des catholiques, puisque les protestants cherchent à maintenir grâce à l'édit de Nantes leurs privilèges politiques.

Tout en préparant la guerre, on s'apprête au couronnement officiel de la reine à Saint-Denis qui se déroule le . Le lendemain, Henri IV meurt poignardé par François Ravaillac, catholique fanatique, au 8-10 rue de la Ferronnerie à Paris, alors qu'il se rendait à l'Arsenal pour rendre visite à Sully qui était souffrant[55]. L'enquête conclut à l'action isolée d'un fou[56].

Ravaillac est écartelé le sur la place de Grève, à Paris, pour avoir assassiné le roi Henri IV.

L'Apothéose de Henri IV et la proclamation de la régence de Marie de Médicis, Pierre Paul Rubens.

Après autopsie et embaumement (son cœur placé dans une urne de plomb contenue dans un reliquaire d'argent est envoyé à l’église Saint-Louis de La Flèche, le roi ayant promis sa relique royale au collège des jésuites de La Flèche), le corps est exposé dans une chambre de parade du Louvre puis son effigie dans la salle des Cariatides[57].

Henri IV est enterré à la basilique Saint-Denis le , à l'issue de plusieurs semaines de cérémonies funèbres qui commencent déjà à faire naître la légende du bon roi Henri[58]. Au cours du lit de justice tenu le , son fils aîné âgé de neuf ans, le roi Louis XIII, proclame la régence de la reine Marie de Médicis, veuve d'Henri IV[59].

Armoiries successives

Ascendance

Enfants

Enfants légitimes

Henri IV et la famille royale : son épouse Marie de Médicis et ses quatre enfants Louis XIII, Élisabeth, Christine et Monsieur d’Orléans.

Son premier mariage avec Marguerite de France fut infécond. Le roi était en effet atteint d'une malformation congénitale des organes reproducteurs connue sous le nom d'hypospadias ayant pour conséquence une courbure de la verge accompagnée d'un phimosis. Sa malformation ne fut corrigée que par une opération alors que le roi avait plus de 40 ans[60]. Henri IV eut six enfants de son mariage avec Marie de Médicis :