Insurrection djihadiste au Mozambique
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Informations générales
Date - en cours
(3 ans, 6 mois et 6 jours)
Lieu Mozambique
Issue En cours
Belligérants
Drapeau du Mozambique Mozambique
Drapeau de la Russie Groupe Wagner (2019)
Drapeau de l'État islamique Ansar al-Sunnah (2017-2019)
Drapeau de l'État islamique État islamique en Afrique centrale (depuis 2019)
Commandants
Drapeau du Mozambique Filipe Nyusi
Forces en présence
Drapeau du Mozambique
11 000 hommes

Drapeau de la Russie
200 hommes (2018-2019)[1]
Drapeau de l'État islamique
2 000 hommes[2]
Pertes
InconnuesInconnues
Total : 2 600 morts au moins[2]

Insurrection djihadiste au Mozambique

Batailles

L'insurrection djihadiste au Mozambique est un conflit armé opposant depuis 2017 le Gouvernement du Mozambique à des groupes salafistes djihadistes.

Origine et contexte de l'insurrection

En 1998[3], une secte islamiste, « Al Sunnah wa Jama'ah » (« les gens de la Sunna et de la communauté » ou simplement « Ansar al-Sunnah ») est fondée[4],[5],[6]. Son but est de faire appliquer la charia et ses membres rejettent l'autorité de l'État, les écoles, le système de santé et la loi[4].

Les premiers membres d'Al Sunnah étaient a priori basés dans le sud de la Tanzanie en 2015, sous l'influence de l'islamiste radical kényan Aboud Rogo Mohammed qui, avant d'être assassiné en 2012, avait été placé sur des listes de sanction américaine et de l'ONU pour collecter de fonds pour le groupe terroriste somalien des shebabs[7],[8],[9].

Selon une autre thèse, la secte pourrait être apparue dans le district de Balama en 2007[10]. Cette année-là, un certain Sualehe Rafayel, de l'ethnie Makua, était retourné dans son village natal de Nhacole (alias Muapé) après avoir passé plusieurs années en Tanzanie. Il s'est intégré dans la société wahhabite locale avant en être expulsé en raison notamment de son discours appelant à rejeter totalement l’État séculier mais sa trace est perdue vers 2011[10].

Dans le district de Chiure, un certain Abdul Carimo, d'origine Makua, a joué un rôle déterminant dans la diffusion de la secte[10].

Al Sunnah recrute tout particulièrement dans la province de Cabo Delgado, l'une des plus pauvres du pays, peuplée de 2,3 millions d’habitants, dont 58 % sont musulmans[4], au sein des populations du groupe des Mwani[4] et Makua (musulmanes)[3]. Or chez les Mwani, historiquement dominants pendant la période pré-coloniale, existe un sentiment de marginalisation depuis des décennies, à la suite de fortes migrations dans leur région, le manque de développement économique[4] et par rapport à leurs voisins, les Makondé, chrétiens, descendants des hommes qui s’étaient réfugiés à l’intérieur des terres pour échapper aux raids esclavagistes, et qui aujourd’hui sont mieux insérés socialement et économiquement[3]. A ceci se superpose un clivage politique : les Makondé sont favorables au Frelimo (parti au pouvoir) tandis que les Mwani soutiennent l’opposition, à savoir le Renamo[11], particulièrement depuis les élections pluralistes de 1994[10].

Ainsi, comme pour de nombreuses zones dans le monde, le débat est vif entre ceux qui désignent la pauvreté et la marginalisation de certaines populations comme étant à l'origine de l'insurrection, et ceux qui y voient la conséquence d'une radicalisation de l'islam local sous l'influence de prêcheurs étrangers ou du retour de jeunes qui ont étudié en Arabie saoudite, en Egypte ou au Soudan[10].

Progressivement émerge d'Ansar al-Sunnah un mouvement violent, « Al-Chabab » (« la jeunesse »)[3], et le groupe se militarise en 2016. À l’origine de cette radicalisation aurait notamment été soutenue par des notables, qui auraient financé la formation militaire[8].

A la fin de l'année 2016, la secte dominait dans quatre districts de la province de Cabo Delgado : Palma, Nangade, Mocímboa da Praia et Montepuez[10].

L'insurrection débute véritablement en 2017 et bascule dans la guérilla[4]. Au milieu de l'année 2018, ses effectifs sont estimés entre 300 et 1 500 combattants[4], puis à 2 000 en 2020[2]. Les violences se déroulent principalement au nord du pays, dans la province de Cabo Delgado[4].

La province de Cabo Delgado est économiquement stratégique pour le Mozambique[5]. Durant la dernière décennie, d’énormes gisements de pétrole et de gaz ont en effet été découverts[4] et deux immenses blocs offshore de gaz, les réserves les plus importantes d’Afrique de l'Est, y sont exploités par les entreprises Total, Eni et ExxonMobil[5].

L'idéologie et les objectifs du Al Sunnah wa Jama'ah restent cependant assez obscures, le groupe ne publiant jamais de communiqués[1].

En revanche, en , l'État islamique revendique ses premières attaques au Mozambique[1],[5] et, un mois plus tard, Ansar al-Sunnah annonce prêter allégeance à l'État islamique[5]. L'agence Amaq présente alors le groupe comme appartenant à la « province d'Afrique centrale » de l'EI[5] ou l'État islamique en Afrique centrale (ISCAP), tout comme les Allied Democratic Forces (ADF) au Congo[12]. Les spécialistes mettent toutefois en doute l’influence réelle de l'Etat islamique, mais n’excluent pas des liens avec certaines milices étrangères[8].

Déroulement

Durant les années 2015 et 2016, les incidents se multiplient entre les membres de la secte et les habitants ainsi que la police[10]. Le plus grave se déroule à Chiure les 3 et 4 novembre 2016, qui aboutit à l'arrestation par la police de 21 membres tandis que le cheikh Abdul Carimo est blessé. Il mourra probablement en prison en 2018[10].

Le , 30 hommes attaquent trois postes de police dans la ville de Mocímboa da Praia[4],[2]. Deux policiers sont tués et des armes dérobées. Les insurgés occupent la localité pendant 48 heures et ne prennent la fuite que lorsque des renforts de la police arrivent[10]. La plupart des insurgés viennent de Mocímboa da Praia elle-même et appartiennent à la secte religieuse « Al-Chabab » qui avait une mosquée dans le quartier de Nanduadua[10]. A ce moment, seules les forces de sécurité sont visées[10].

Vers fin mai et début , une quarantaine de personnes sont tuées dans les violences, certaines sont décapitées et des centaines de maisons sont incendiées[4]. Les insurgés commencent à lancer des attaques en plein jour[10].

En 2019, ils ont commencé à cibler les petites villes, les avant-postes de l'armée et les transports routiers[10]. En juillet 2019, ils prêtent allégeance à l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL, plus communément appelé ISIS)[10].

Les Forces armées du Mozambique sont envoyées dans la province de Cabo Delgado[1]. L'Etat mozambicain fait également appel à des mercenaires russes : en , 200 hommes du Groupe Wagner arrivent au Mozambique avec des hélicoptères et des drones[1],[13],[5] mais ils quittent les lieux quelques mois après avoir subi des pertes. La SMP sud-africaine Dyck Advisory Group (DAG) (en) agit aussi sur place avec des hélicoptères d'attaque légers[14].

Fin 2019, les violences gagnent en intensité[1]. Les attaques contre les forces de sécurité se multiplient[5]. En novembre, 31 attaques sont commises[1]. Le , 9 à 14 soldats sont tués dans une embuscade commise par l'État islamique dans le village de Narere[1]. Les Russes auraient également subi de lourdes pertes à cette période, avec plusieurs dizaines de morts[5],[6].

Le , l'État islamique s'empare brièvement de la ville de Mocímboa da Praia[5]. Ils pillent les commerces et détruisent les banques et les bâtiments liés à l'État, puis ils se retirent après avoir distribué de l'argent et des vivres aux habitants pour se concilier les populations locales[5]. Deux jours plus tard, les djihadistes envahissent Quissanga[5].

L'armée mozambicaine affirme pour sa part avoir tué 42 djihadistes le , entre les villages de Chinda et Mbau, et huit autres le lendemain dans le district de Quissanga[15].

Le , l'EI attaque la ville de Macomia, mais l'armée parvient à repousser les assaillants au bout de trois jours de combats et revendique la mort de 78 djihadistes[16].

Le , les djihadistes lancent une grande offensive contre la ville de Mocímboa da Praia, qui est entièrement prise d'assaut le [6],[17].

Le , environ 50 jeunes hommes sont capturés dans le district de Muidumbe et décapités sur un terrain de football[18],[19].

Le , l'État islamique s'empare de la ville de Palma, après trois jours de combats[20]. L'attaque se solde, selon le ministère mozambicain de la Défense, par des dizaines de morts civils. Des milliers de personnes quittent Palma, assiégée par les djihadistes, pour rejoindre Pemba, principale ville de la province de Cabo Delgado. Un important projet gazier qui représente près de 50 milliards d’euros d’investissements, se trouve à seulement 10 kilomètres de la ville[21],[22]. Le 5 avril 2021, un porte-parole de l'armée mozambicaine annonce que les forces gouvernementales ont repris le contrôle de Palma.

Bilan humain

En , l'ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (Acled) évalue le nombre des morts causés par le conflit à 1 100, dont 700 civils[15].

En , le bilan est d'au moins 2 000 morts selon l'ONU[2].

Bibliographie