Islam en Belgique
Description de l'image Great Mosque of Brussels.jpg.

Pays Belgique
Population musulmane 781 887 musulmans (2016)

Voir aussi

Islam par pays

Mosquée Yunus Emre à Genk (communauté turque)

La pratique de l'islam en Belgique est relativement nouvelle et est plus particulièrement observée dans les communautés d'immigrations belges. C'est la deuxième religion la plus répandue en Belgique après le christianisme

Suivant l'étude démographique du sociologue Jan Hertogen, publiée le [1], la Belgique compte alors 781 887 musulmans, soit 7 % de la population[2].

Histoire et contexte

En 2012, la grande majorité des musulmans en Belgique est originaire du Maroc (plus de 450 000 personnes avec leurs descendants) et de la Turquie (220 000 individus)[3]. dont la plupart sont venus comme travailleurs immigrés à partir des années 1960. Les lois Jean Gol (1984, d'application le ) facilitant l'acquisition de la nationalité belge par un regroupement des différentes options (naissances, mariages…) et accordant automatiquement la nationalité par filiation maternelle transformeront l'immigration de travail en immigration de peuplement.

Pour Pierre Vermeren, « l'histoire, l'origine et les activités des Marocains de Belgique » expliquent la particularité de l'islam en Belgique. Venant pour leur plus grande partie du Rif marocain, la religion de ces fidèles serait caractérisée par une « hostilité viscérale au régime marocain et à son islam » et, de fait, verserait plus facilement dans « le salafisme voire le chiisme, en rupture complète » avec le sunnisme malékite marocain[4].

La grande mosquée de Bruxelles est en grande partie liée à l’implantation de l’islam en Belgique[5]. Elle conférait principalement à ce moment, en plus de son rôle de célébrations religieuses, un lieu de rassemblement pour les personnes issues de l’immigration de pays musulmans. Les pratiquants de ce culte y trouvaient un regroupement de personnes de la même ethnie avec qui ils pouvaient forger des liens[6]. Aujourd’hui, dans les quartiers Nord et Nord-Ouest de la capitale, figure la majorité de la population musulmane de Bruxelles[7].

La Belgique fut le premier pays d’Europe à reconnaître l'islam par l'inscription du culte dans la loi du modifiant la loi du sur le temporel des cultes[8]. La conséquence immédiate fut l’organisation de cours de religion musulmane dans les écoles publiques, dont la prise en charge était organisée par le CIC (Centre Islamique et Culturel), organe de chef de culte informel abrité dans la grande mosquée. À la suite des problèmes rencontrés dus à la complexité du culte islamique, un Commissariat royal à la Politique des immigrés (CRPI) fut créé et c’est dans son premier rapport de 1989 qu’une élection fut jugée indispensable. En parallèle le CIC avait également mis en place une procédure électorale pour la création d’un Conseil supérieur des musulmans de Belgique. C'est à ce moment que de nombreuses controverses firent surface, le gouvernement et le CRPI considérant le scrutin du CIC comme nul, tandis que l’imam-directeur du CIC estimait que l’État n’avait pas à se mêler des affaires religieuses comme indiquées dans la Constitution belge. Bien que les élections du CIC se poursuivirent, le gouvernement décida de créer un Conseil provisoire des sages pour l’organisation du culte islamique de Belgique, invitant les membres du CIC à y siéger, mais ceux-ci refusèrent et maintinrent leur propre procédure électorale. Une fois élu, ce Conseil supérieur des musulmans ne fut pas reconnu par le gouvernement belge et il déchargea le CIC de certaines de ses prérogatives.

Toutefois, le Conseil provisoire des sages n’étant pas un organe de chef de culte, il représentait davantage les piliers belges que la diversité musulmane du pays[9]. Ce n’est qu’en 1994 que la situation fini par sortir de l’impasse avec la création de l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB). Cet organe provisoire, composé d’aucun représentant religieux, suscita de vives critiques de la communauté musulmane[10]. En 1998, l’EMB proposa une assemblée de 68 membres, qui seraient définis par quatre catégories : Marocains, Turcs, Belges et autres, avec comme objectif de considérer l’EMB comme l’organe de chef de culte[11].

En 2017, la Wallonie compte 140 mosquées, soit environ deux fois plus qu'en 2007. La progression du nombre de lieux de culte serait semblable à Bruxelles et en Flandre[12].

Démographie

Mosquée Al-Amal à Anderlecht (communauté marocaine)
Mosquée Mimar Sinan de Cheratte (communauté turque)
Mosquée Hatice de Charleroi-Broucheterre (communauté turque)

La communauté musulmane belge est largement urbaine et réside principalement dans la Région de Bruxelles-Capitale. Ainsi, suivant l'étude de Hertogen de , 23,6 % des Bruxellois sont musulmans[2], avec de grandes disparités entre les communes : si l'on dénombre une proportion de 49,3 % à Saint-Josse, de 41,2 % à Molenbeek-Saint-Jean ou encore de 38,5 % à Schaerbeek, des communes affichent des proportions de moins de 12 % à l'instar de Berchem-Sainte-Agathe (11 %), Ganshoren (10,7 %) et Uccle (6 %)[réf. nécessaire].

Dans son ouvrage L’iris et le croissant (2011), le sociologue Felice Dassetto avance des chiffres semblables et affirme qu’un quart des Bruxellois serait d’origine musulmane, « soit entre 250 000 et 300 000 personnes, dont une moitié de pratiquants »[13].

La Flandre et la Région wallonne affichent, les deux, des moyennes de 4 % de musulmans, avec des concentrations dans les agglomérations comme Anvers qui avec 81 933 personnes représentant 17,1 % de la population accueille la première communauté musulmane de Belgique[réf. nécessaire]. En chiffres absolus, après Anvers, on dénombre les plus importantes communautés du pays à Schaerbeek (45 781), Bruxelles (44 599), Molenbeek-Saint-Jean (34 083), Gand (29 926), Liège (28 341), Anderlecht (27 227) et Charleroi (25 962)[réf. nécessaire].

La moitié de la communauté turque habite en Flandre[14]. Les villes les plus influencées par la communauté turque sont, à part Bruxelles, les villes néerlandophones d'Anvers, de Gand et de Genk[15].

Les centres de la communauté marocaine sont situés à Bruxelles et en Wallonie francophone, particulièrement dans les villes industrielles comme Liège et Charleroi.

La proportion de musulmans dans l'ensemble de la Belgique est passée, en 4 ans, de 6,3 % à 7 % de la population belge[2].

Le sociologue Jan Hertogen a réalisé des études en 2011, 2013 et 2015 dont les principaux résultats sont indiqués dans les tableaux ci-dessous :

Pourcentage de musulmans par région[16]
Région 2011 2013 2015
Drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale Région de Bruxelles-Capitale 22,4 % 22,6 % 23,6 %
Drapeau de la Région flamande Région flamande 4,5 % 4,7 % 5,1 %
Drapeau de la Région wallonne Région wallonne 4,4 % 4,5 % 4,9 %
Drapeau de la Belgique Belgique 6,3 % 6,5 % 7,0 %
Pourcentage de musulmans dans quelques communes[16]
Commune 2011 2013 2015
Anderlecht 27,6 % 28,6 % 30,2 %
Anvers 16,7 % 17,5 % 18,8 %
Bruges 1,2 % 1,6 % 1,8 %
Charleroi 14,3 % 15,2 % 16,3 %
Molenbeek-Saint-Jean 39,1 % 38,5 % 41,2 %
Saint-Josse-ten-Noode 47,0 % 43,7 % 45,0 %
Schaerbeek 37,2 % 37,1 % 37,3 %
Ville de Bruxelles 29,3 % 29,8 % 31,0 %

Projections

D'après les extrapolations de Jan Hertogen, corroborées par une étude du Pew Forum of Religion and Public Life menée en 2011, la Belgique pourrait compter 1 149 000 de musulmans en 2030, représentant alors 10,2 % de la population[17]. Cependant des chercheurs comme Felice Dassetto récusent la pertinence de cette approche quantitative accusée de « souleve[r] un épouvantail démographique » en réduisant tout individu d’origine musulmane à des « religieux », en ignorant les indifférents, les agnostiques et autres athées[18].

Lieu de culte

Il existe près de 328 mosquées recensées en Belgique[19]. Les villes de Bruxelles et d'Anvers totalisent près de 40 % des lieux de prière du pays. Voir la Liste de mosquées de Belgique.

Reconnaissance

Jusqu'en 2017, seules 81 mosquées ont réussi à obtenir une reconnaissance officielle des autorités, ce qui leur donne accès à d'éventuels subsides pour financer leurs activités. Cependant, les mosquées non reconnues font état de difficultés procédurales qui peuvent durer des années avant d'aboutir à une reconnaissance.

La plupart des établissements agissent sous la forme juridique d'ASBL[20].

La mosquée qui est reconnue devient un lieu public. Avec la reconnaissance, la mosquée passe alors sous le contrôle et la tutelle de l’Exécutif des musulmans de Belgique. La surveillance devient beaucoup plus facile. Cela permet aussi d’avoir une liste bien détaillée de tous les fidèles qui fréquentent la mosquée, avec leurs coordonnées. Ce qui est une obligation ministérielle[21].

Histoire

L'histoire des mosquées en Belgique reste assez méconnue. En 1978, la transformation du pavillon oriental au parc du Cinquantenaire est aboutie grâce aux financements de l'Arabie Saoudite[22], et la plus grande mosquée en Belgique était inaugurée. Cependant, elle n'est plus la plus grande mosquée de Belgique depuis les transformations de la mosquée al Khalil, située à Molenbeek. Et, bien qu'il s'agisse de la première mosquée reconnue en tant que telle, il ne s'agit pas du premier lieu de culte musulman dans le pays.

Déjà en 1968, un groupe de pionniers de l'immigration marocaine en Belgique (Mohamed Nekkach, Ahmed Diyani, Ahmed Msawri, Le feqih El Asri, Si hamadi, Ahmed El Hayek, Abdeslam Sghiar, Mohamed El Himdi) faisait l'acquisition d'un local à la chaussée de Jette (Koekelberg) pour 100 francs par mois afin d'établir un premier lieu de culte pour les musulmans vivant à Bruxelles. À cette époque, la mosquée a enregistré une affluence d'une centaine de personnes une semaine après son ouverture. Cette mosquée était financée par les fidèles par des cotisations à hauteur de 100 francs (environ 2,48 euros). Ces rentrées d'argent servaient à financer les fidèles qui se proposent pour diriger les prières (les imams), et servaient également à financer l'ensemble des activités d'entretien, etc.

Ce lieu de culte a ensuite déménagé à la rue de l'école à Molenbeek-Saint-Jean, puis a déménagé à la rue Sainte-Marie, et pour finir il s'est établi définitivement au boulevard de Nieuport 8 1000 Bruxelles en 1971. La mosquée porte actuellement le nom de Mosquée Hamza, et n'a pu obtenir une reconnaissance officielle que depuis une dizaine d'années.

Financement

L'observatoire des religions et de la laïcité, rapportait en 2012, que le culte islamique bénéficiait de 2,1 % des financements destinés aux différents cultes par l'État belge, contre 85,8 % destinés au culte catholique et 8 % pour la laïcité[23].

Les mosquées sont généralement financées par les fidèles qui contribuent avec des dons allant de quelques euros, à quelques milliers d'euros pour les plus fortunés.

Influence extérieure et salafisme

Établir un diagnostic qui définirait s'il existe ou non une influence extérieure dans les mosquées belges reste un exercice assez difficile. Par définition, une mosquée est un lieu de culte islamique, universel et qui est défini dans la religion islamique comme étant « La maison de Dieu ». Par conséquent, la sacralité du lieu et son caractère universel interdisent, par principe, l'exclusion d'individus qui porteraient des opinions contraires au consensus. Donc, à moins que la présence d'individus présente un risque immédiat et réel pour l'ordre public, tout le monde peut assister et/ou participer aux prières (même non musulmans). Ce qui fait qu'il n'est pas rare que des personnes de courants philosophiques contradictoires se croisent le vendredi à la mosquée sans que la croyance de l'un trouble celle de l'autre.

Partant du postulat qui établit l'universalité des mosquées, seuls les lieux de cultes ouverts au public sont à prendre en compte dans toute analyse qui vise à déceler la présence ou non de courants religieux se réclamant du salafisme.

Pour commencer, le salafisme se définit comme étant une doctrine prônant le retour aux valeurs fondamentales de l'islam.

Au-delà de cette définition, il n'existe pas d'outils intellectuels, ou de caractéristiques propres qui permettraient de définir où commence le salafisme et où il se termine.

Ce problème se complique davantage quand on évoque le concept de « Mosquée Salafiste ». Une tentative de mettre en lumière ce concept aboutit à deux éventualités :

  1. Il s'agit d'une mosquée dirigée par des personnes se réclamant du salafisme.
  2. Ou d'une mosquée prêchant le salafisme.

Il n'existe pas, à présent de chiffres ou d'éléments statistiquement crédibles qui fourniraient un nombre précis, qui nous indiqueraient la proportion de mosquées dirigées par des salafistes, surtout qu'on ne sait pas précisément ce que c'est le salafisme et ce qu'il n'est pas.

Pour la seconde possibilité, le problème subsiste alors dans les contours de ce que serait un discours salafiste et ce qui ne serait pas. D'autant plus qu'il n'existe pas non plus de chiffres établissant le nombre d'établissements concernés.

Répartition des mosquées en Belgique

Nombre de mosquées par localisation
Localisation Nombre
Anvers 55
Brabant-Wallon 5
Brabant-Flamand 11
Bruxelles-Capitale 77
Hainaut 36
Liège 33
Limbourg 40
Luxembourg 3
Namur 4
Flandre occidentale 37
Flandre orientale 7
Autres 20

Attentat contre une mosquée d'Anderlecht

En mars 2012, une mosquée chiite est victime d'une attaque par un individu motivé par la situation en Syrie. L'imam décède suite à l'incendie criminel. Azzedine Laghmish, du centre culturel chiite incendié témoigne à la RTBF : « Une dizaine de fidèles attendaient pour la prière et une personne est rentrée avec un sac. Dedans, il y avait une bonbonne d'essence qu'il a jetée au centre de la salle. Une des personnes l'a attrapé (l'auteur, NDLR) et on a découvert qu'il y avait une hache dans le sac. Le feu a pris rapidement. L'imam de la mosquée a essayé d'étouffer le feu, il s'est retrouvé isolé dans une pièce et a été intoxiqué »[24].

Impact politique et social

Avec plus de 200 associations, l’islam serait, selon Dassetto, « après le soccer [football], la réalité organisée la plus mobilisatrice à Bruxelles. Plus que l’Église catholique, plus que les partis politiques, plus que les syndicats. »[13]

Perception

À la suite d'un sondage effectué par l'institut Ipsos en 2014[25], il apparaît que les Belges sont, avec les Français, parmi les occidentaux qui sur-évaluent le plus le nombre de musulmans et d'étrangers dans leur pays : les Belges interrogés estiment que la population serait composée de 29 % de musulmans, ce qui représente une perception éloignée de près de 23 % supérieure à la réalité[26].

Selon un sondage publié en , 74 % des personnes sondées considèrent que l'islam n'est pas une religion tolérante et 43 % d'entre eux pensent qu'être Belge et musulman n'est pas compatible. Parmi les musulmans qui ont été sondés, 70 % des personnes interrogées se sentent toujours perçues comme des étrangers, malgré leur nationalité belge. 60 % d'entre eux estiment que l’islam est « trop attaqué »[27].

Formation des imams

Selon le quotidien Le Monde, une des particularités de l'islam en Belgique serait qu'en grande partie des imams seraient formés en Arabie saoudite, les autres viendraient des pays d’origine des populations immigrées, formant ainsi des mosquées « marocaines », « turques »[28].

Partis politiques