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Jamal Khashoggi
جمال خاشقجي
Image illustrative de l’article Jamal Khashoggi
Jamal Khashoggi en mars 2018.

Nom de naissance Jamal Ahmed Khashoggi
Naissance
Médine (Arabie saoudite)
Décès (à 59 ans)
Istanbul (Turquie)
Nationalité Saoudienne
Profession Journaliste
Spécialité Politique
Médias
Presse écrite Arab News
Al-Watan
The Washington Post
Télévision Al-Arab News
Fonction Rédacteur en chef
Chroniqueur

Jamal Ahmed Khashoggi (en arabe : جمال خاشقجي (Jamāl Khāshuqjī) [ ʒaˈmaːl χaːˈʃoɡʒi]), né le à Médine (Arabie saoudite) et mort assassiné le au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie)[1], est un journaliste saoudien[2] et auteur, ayant notamment été directeur général de la chaîne Al-Arab News[3]. Il a également été rédacteur au journal saoudien Al-Watan, le transformant en une plateforme progressiste[4].

Initialement proche du pouvoir saoudien, il entre en dissidence à partir de 2017, à la suite de l'avènement de Mohammed ben Salmane au statut de prince héritier et de dirigeant de fait du pays. Il fuit l'Arabie saoudite en septembre 2017 et s'exile. Il déclare alors que le gouvernement d'Arabie saoudite l'a « banni de Twitter »[5] et écrit ensuite des articles de presse critiques vis-à-vis du régime saoudien. Extrêmement critique à l'égard du prince héritier, Mohammed ben Salmane, et du roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud[6], Khashoggi s'oppose fermement à l'intervention au Yémen[7].

Khashoggi entre dans le consulat d'Arabie saoudite en Turquie le et y est assassiné par un commando saoudien. L'Arabie saoudite, voire le prince héritier en personne, sont accusés d'avoir commandité l'opération. Une inspection par des officiels saoudiens et turcs a lieu le , alors que la presse affirme qu'il a été démembré vivant à l'intérieur du consulat[8]. Après avoir initialement nié sa mort, affirmant que Khashoggi a quitté le consulat vivant, l'Arabie saoudite finit par reconnaître le que Jamal Khashoggi a été tué à l'intérieur du consulat, mais donne successivement plusieurs versions contradictoires des circonstances de son décès avant d'admettre que le meurtre était prémédité.

Biographie

Famille et jeunesse

Jamal Khashoggi naît le 13 octobre 1958[9] dans une famille de Kayseri aux origines ottomanes[2]. Il est issu d'une grande famille de la ville portuaire de Djeddah très liée à la famille royale. Son grand-père, Mohammed Khashoggi, qui a épousé une saoudienne[10], était par ailleurs le médecin personnel du roi Ibn Séoud, le fondateur du royaume d'Arabie saoudite[11]. Il est le neveu[12] d'Adnan Khashoggi, qui était considéré comme l'homme le plus riche du monde au début des années 1980 grâce aux ventes d'armes[13], et le cousin germain de Dodi Al Fayed, tué à Paris dans un accident de voiture aux côtés de Diana, princesse de Galles[14].

À la fin des années 1970, comme beaucoup de jeunes Saoudiens, il soutient la résistance afghane contre les Soviétiques, tout comme le pouvoir saoudien de l'époque et la CIA. Il se rend lui-même en Afghanistan, et pose à l'époque en photo avec une kalachnikov : ses amis assurent cependant qu'il aurait peu combattu et que, bien qu'étant un musulman conservateur, il n'avait rien d'un extrémiste. C'est également en Afghanistan qu'il réalise ses premières interviews d'Oussama ben Laden, un autre jeune Saoudien originaire de Djeddah, qui combat alors les Soviétiques : les familles Khashoggi et ben Laden sont par ailleurs amies de longue date. Après son passage en Afghanistan, il étudie aux États-Unis puis, de retour en Arabie saoudite, rejoint les Frères musulmans, courant mal vu à Riyad[15].

À la fin de sa vie, il souffre de diabète et d'hypertension[16].

Carrière de journaliste

Jamal Khashoggi en 2011.

Diplômé en administration de l'université d'État d'Indiana (1982), Jamal Khashoggi commence sa carrière en tant que directeur régional de la librairie Tihama Bookstores de 1983 à 1984[17]. il débute ensuite une carrière de journaliste dans différents quotidiens et hebdomadaires saoudiens, dont Saudi Gazette[2], avant d'être nommé rédacteur en chef de Al Madina. De 1991 à 1999, il est correspondant à l'étranger (Afghanistan, Algérie, Koweït, Soudan), puis devient rédacteur en chef adjoint de Arab News, le principal journal en anglais d'Arabie saoudite (1999-2003).

Outre son travail de journaliste, il entretient des liens avec les services de renseignements saoudiens, dont le chef, le prince Turki Al-Faycal, le considère longtemps comme un protégé. Dans les années 1990, il est chargé par les services secrets de contacter Oussama ben Laden pour le persuader de renoncer à la clandestinité et de rentrer au pays. Il échoue cependant à convaincre son ami[15]. Khashoggi prend ensuite ses distances avec ben Laden qui bascule dans le terrorisme contre l'Occident[18] ; en 2011, à la mort de ben Laden, il écrit à propos de ce dernier « Tu étais magnifique et plein de bravoure aux beaux jours de l'Afghanistan, avant que tu succombes à la haine et à la passion[15]. »

Avec les années, Khashoggi se fait le promoteur de la démocratie dans le monde arabe, critiquant les pouvoirs corrompus et plaidant pour un accroissement de la participation politique, y compris au sein des monarchies du Golfe[15]. En 2003, il est très brièvement rédacteur en chef d'Al-Watan mais, jugé trop progressiste, il est licencié par le ministre saoudien de l'Information après avoir publié plusieurs commentaires à propos de l'influence du pouvoir religieux en Arabie saoudite[19]. Il s'exile quelque temps à Londres, puis, au cours des années suivantes, il devient un conseiller très proche de Turki Al-Faycal[2] et un adversaire de Mohammed ben Salmane[11].

En 2007, il est à nouveau nommé à la tête de la rédaction de Al-Watan. Il quitte le journal en 2010 après avoir critiqué les salafistes[20] et est nommé directeur de Al-Arab News à Bahreïn, collaborant aussi à différents médias internationaux comme commentateur politique spécialiste du Moyen-Orient[2].

Demeuré en lien avec les Frères musulmans — ce qu'il reconnaît ou nie en fonction de ses interlocuteurs — Jamal Khashoggi soutient en 2011 les printemps arabes en jouant la carte de l'islam politique. Mais l'échec de ces révolutions vient s'ajouter à la liste de ses déceptions, après les dérives du « djihad » afghan et de ben Laden[15].

Disgrâce et exil

Initialement proche de Mohammed ben Salmane, en qui il voit au départ un réformateur, il rompt peu après avec lui[21]. En , Khashoggi est puni par son pays pour avoir ouvertement critiqué Donald Trump et il lui est interdit d'exercer son métier[22].

En septembre 2017, il s'exile aux États-Unis, où il tient une chronique au Washington Post. Il s'oppose alors de plus en plus ouvertement au prince héritier, Mohammed ben Salmane[23].

Assassinat

Cette section est liée à une affaire judiciaire en cours. 
Le texte peut changer fréquemment, n'est peut-être pas à jour et peut manquer de recul. N'hésitez pas à participer à l'écriture de synthèse de manière neutre et objective, en citant vos sources. N'oubliez pas que, dans nombre de systèmes judiciaires, toute personne est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement et définitivement établie.

Chronologie des faits

Le , Jamal Khashoggi, à la demande de l'ambassade d'Arabie saoudite à Washington D.C.[24], entre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul pour obtenir un document nécessaire à son remariage, prévu pour le lendemain[25], avec sa fiancée turque, Hatice Cengiz, rencontrée peu auparavant[26]. Le journaliste s'était rendu une première fois au consulat le 30 septembre[27]. Selon la police turque, le 2 octobre, il y aurait été arrêté, torturé et assassiné par des forces spéciales saoudiennes, puis son corps aurait été démembré et transporté hors du consulat en direction d'un autre pays[28],[29].

Khashoggi dénonçait depuis un certain temps la politique conduite par le prince Mohammed ben Salmane dans le royaume et le désastre de la guerre du Yémen[30],[31].

Dans son édition du , The Washington Post laisse une colonne blanche sous la photo de Khashoggi et le titre A Missing Voice[32].

Le , le gouvernement turc demande aux Saoudiens l'autorisation de fouiller le consulat[33]. Le jour même, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, appelle les autorités saoudiennes à prouver que le journaliste a bien quitté le consulat comme ils l'affirment[30]. Le , la Turquie est autorisée à fouiller le consulat, tandis que la chaîne de radio-télévision turque TRT World affirme que les autorités turques soupçonnent que des individus entrés dans l'ambassade au moment de la disparition, auraient emporté avec eux les images de vidéosurveillance[34], que les autorités saoudiennes affirment ne pas posséder[35].

Le 12 octobre, The New York Times affirme que le commando du consulat transportait une scie à os[36]. The Washington Post ajoute pour sa part que la Turquie possède des enregistrements audio et vidéo qui prouvent que le journaliste a été interrogé, torturé, assassiné puis démembré[37]. Le journaliste porterait également sur lui une montre connectée, qui aurait enregistré une dispute[38], ce qui serait corroboré par l'enregistrement[39]. L'appareil, de type Apple Watch, aurait été ainsi relié à son iPhone, qu'il avait laissé à sa fiancée, mais dont certains enregistrements auraient été supprimés après sa mort[40]. Ces dernières informations ne seraient pas compatibles avec les capacités techniques des produits Apple[41]. Selon The Guardian, les enregistrements pourraient en fait avoir été recueillis grâce à des appareils de surveillance implantés dans le consulat à l'insu du gouvernement saoudien[42].

Le 13 octobre, Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères, demande à Riyad d'autoriser les enquêteurs à perquisitionner le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Une demande à laquelle les autorités saoudiennes ne répondent pas immédiatement[43], avant finalement d'autoriser la fouille qui a lieu le 15 octobre[44]. La police turque a notamment emporté des échantillons de la terre du jardin du consulat[45]. Elle découvre aussi que des façades ont été fraîchement repeintes[46].

Le 15 octobre, CNN affirme que le régime saoudien serait sur le point d'admettre la mort du journaliste à la suite d'un interrogatoire qui aurait mal tourné[47]. Le jour même, le consul saoudien est limogé[48].

Le dissident saoudien Omar Abdulaziz affirme que son téléphone a été piraté alors qu'il aurait discuté à plusieurs reprises avec Khashoggi de sujets sensibles[49]. Un analyste turc affirme pour sa part que Khashoggi aurait prévenu des membres des Frères musulmans[11] qu'ils étaient espionnés par le pouvoir saoudien[50].

La police turque fouille la résidence du consul général saoudien[51],[52] à partir du 17 octobre[53]. Le jour même, le consulat est de nouveau fouillé[54].

Le 17 octobre, The New York Times rapporte qu'un proche du prince héritier a participé à l'assassinat[55]. Le Yeni Şafak, qui dit avoir eu accès à des enregistrements, affirme que le journaliste a eu les doigts coupés puis a été décapité[55]. Pour sa part, le Middle East Eye, qui affirme avoir également eu accès aux enregistrements, ajoute que le journaliste n'a pas été interrogé mais torturé puis démembré vif tandis que son bourreau — qui serait un médecin — écoutait de la musique[55],[56].

Le 18 octobre, l'un des membres du commando décède, officiellement dans un accident de voiture[57]. Par ailleurs, la presse du régime saoudien présente les membres du commando comme de « simples touristes »[58]. Pour sa part, The New York Times affirme que les autorités saoudiennes allaient faire porter la responsabilité de l'opération au général Ahmed Assiri[59] afin d'essayer de dédouaner Mohammed ben Salmane[60]. Par ailleurs, la police turque procède à des fouilles dans la forêt de Belgrad, à Marmara[61].

Le 20 octobre, l'Arabie saoudite confirme la mort de Jamal Khashoggi le 2 octobre dans le consulat d'Istanbul et limoge effectivement le général Assiri[62] conseiller de haut rang à la cour royale ainsi que Saoud Al-Qahtani, responsable média et homme clé de l'entourage du prince héritier[60]. 18 personnes sont également arrêtées par le royaume[63]. Pour sa part, Ali Shihabi, proche des cercles du pouvoir saoudien, estime que la mort a eu lieu par « étranglement et pas à une rixe à coups de poings »[64]. Les autorités saoudiennes affirment ne pas savoir ce qui est advenu du corps, en ajoutant qu'il a été confié à un « opérateur local »[65].

Ce même jour, Ömer Çelik, ministre des Affaires européennes du gouvernement turc, fait la première déclaration officielle turque : « Nous ne blâmons personne de manière préemptive mais nous n'autoriserons pas non plus une dissimulation »[66].

Le 21 octobre, l'Arabie saoudite change de version et affirme que sa mort aurait eu lieu alors qu'une discussion visant à « négocier de façon pacifique » son retour au pays aurait « mal tourné »[67].

Le jour même, Hatice Cengiz est placée sous protection policière[68].

Le 22 octobre, le Yeni Şafak affirme que Mohammed ben Salmane aurait parlé au téléphone avec Khashoggi, peu avant son exécution et alors qu'il était détenu au consulat[69]. Un des membres du commando a également quitté le consulat en portant les habits de la victime[70]. Le jour même, un véhicule diplomatique saoudien est retrouvé abandonné sur un parking[71].

Le 23 octobre, Sky News affirme que des restes du corps auraient été retrouvés dans le jardin du consulat[72]. Le jour même, Reuters affirme que Saoud al-Qahtani, conseiller de Mohammed ben Salmane, aurait supervisé les opérations via Skype et aurait demandé aux membres du commando de lui apporter la tête de Khashoggi[73].

Le , l'Arabie saoudite admet que le meurtre de Jamal Khashoggi était prémédité[74].

Le 26 octobre, le parquet turc lance une procédure d'extradition des 18 suspects saoudiens[75]. Le lendemain, Adel al-Joubeir, ministre saoudien des Affaires étrangères, refuse cette demande[76].

Le 31 octobre, le procureur général turc affirme que le journaliste a été étranglé puis son corps démembré[77]. Le jour même, la presse turque révèle que des employés consulaires auraient détruit des documents le lendemain de l'assassinat[78].

Le 1er novembre, citant un responsable turc anonyme, The New York Times affirme que le corps aurait pu être dissout dans de l'acide[79].

Le 5 novembre, des responsables turques et le quotidien Sabah révèle qu'une équipe de nettoyage de deux personnes, dont un chimiste, auraient détruit les preuves entre le 12 et le 17 octobre[80].

Le 8 novembre, une source policière révèle que de l'acide fluorhydrique a été utilisé pour dissoudre le corps[81]. Le 10 novembre, Sabah affirme que le corps dissout aurait été jeté dans les canalisations[82].

Le 13 novembre, The Daily Sabah affirme que le commando transportait des scalpels, des ciseaux, des instruments servant à donner des chocs électriques[83], des agrafeuses, des seringues dans leurs bagages tandis que The New York Times affirme que des sources des renseignements américains estiment que l'un des membres du commando téléphone à une personne, en lui demandant de prévenir « patron », qui serait MBS, du succès de l'opération[84].

Le 15 novembre, le parquet saoudien affirme que le journaliste a été drogué avant d'être tué[85]. Dédouanant le prince héritier de tout rôle, le procureur général saoudien requiert la peine de mort à l'encontre de cinq accusés[86]. La diplomatie turque juge les explications « insuffisantes »[87].

Le 16 novembre 2018, selon le quotidien turc Hürriyet, un journal proche du pouvoir turc, il existe des enregistrements contredisant les conclusions de la justice saoudienne. Notamment 15 minutes de conversations avant le meurtre démontrant la préméditation, et des appels téléphoniques internationaux passés par le commando[88].

Le 17 novembre 2018, The Washington Post affirme que la CIA a conclu que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane Al Saoud était le commanditaire de l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à Istanbul[89].

Liste des membres du commando saoudien

Les presses turque et américaine publient la liste des quinze membres du commando saoudien accusé d'avoir perpétré l'assassinat[90],[91],[92] :

  • Maher Abdelaziz Mutreb (arabe : ماهر عبد العزيز مطرب) (47 ans) : agent de Mohammed ben Salmane, visible sur plusieurs photos avec ce dernier, il serait le chef du commando[93] ;
  • Salah Mohammed Al-Tubaigy (arabe : صلاح محمد الطبيقي) (47 ans) : médecin légiste, responsable de la médecine légale au département de la sécurité générale d'Arabie saoudite, président de l'ordre saoudien des médecins légistes et membre de l'association saoudienne de médecine légale, celui qui aurait démembré le journaliste ;
  • Abdelaziz Mohammed Al-Hasawi (arabe : عبد العزيز محمد الحساوي) (31 ans) : membre de la garde royale ;
  • Thaer Ghaleb Al-Harbi (arabe : ثائر غالب الحربي) (39 ans) : militaire ;
  • Mohammed Saad Al-Zahrani (arabe : محمد سعد الزهراني) (30 ans) : membre de la garde royale ;
  • Meshal Saad Al-Bostani (arabe : مشعل سعد البستاني) (31 ans) : membre de l'armée de l'air, décédé dans un accident de voiture le 18 octobre[57] ;
  • Naif Hassan Al-Arifi (arabe : نايف حسن العريفي) (32 ans) : membre des forces spéciales ;
  • Moustapha Mohammed Al-Madani (arabe : مصطفى محمد المدني) (57 ans) : officier des services secrets, doublure physique de Jamal Khashoggi quittant le consulat saoudien par la porte de derrière, habillé avec les vêtements de Khashoggi, une fausse barbe et ses lunettes. Le même homme est vu à la Mosquée bleue afin d'essayer de montrer que Jamal Khashoggi a quitté le consulat bien vivant[94],[95],[96] ;
  • Mansûr Othmân Abahussein (arabe : منصور عثمان أباحسين) (46 ans) : militaire, membre des services secrets ;
  • Waleed Abdallah Al-Shehri (arabe : وليد عبد الله الشهري) (38 ans) : membre de l'armée de l'air ;
  • Tourki Moucharraf Al-Shehri (arabe : تركي مشرف الشهري) (36 ans) : pas d'information ;
  • Fahad Shabib Al-Balawi (arabe : فهد شبيب البلوي) (33 ans) : membre de la garde royale ;
  • Saïf Saad Al-Qahtani (arabe : سيف سعد القحطاني) (45 ans) : agent de Mohammed ben Salmane ;
  • Khaled Aedh Al-Taibi (arabe : خالد عايض الطيبي) (30 ans) : membre de la garde royale ;
  • Bader Lafi Al-Otaibi (

    L'affaire est émaillée de fausses pistes de part et d'autres.

    D'abord, l'enregistrement des conversations dans le consulat avec la montre Apple Watch 3 de Khashoggi, reliée à l'iPhone confié à sa fiancée restée à l'extérieur du consulat. Les assaillants auraient essayé de deviner le code, avant d'utiliser l'empreinte digitale de Khashoggi pour débloquer la montre et supprimer certains fichiers[97] : hors l'Apple Watch n'utilise pas de système Touch ID, l'Iphone si, mais celui-ci était resté à l'extérieur et s'avérait nécessaire pour débloquer l'Apple Watch. De plus la fonction enregistrement n'est pas native dans la montre Apple, seulement par des fournisseurs externes. Pour être téléchargée vers le téléphone à la fin de l'enregistrement, Khashoggi aurait eu besoin d'une connexion Bluetooth, qui est d'une portée très limitée. En deuxième lieu, une connexion mobile pour un enregistrement vers iCloud n'est pas possible en Turquie, avec cette version de montre[97]. Il est donc très probable que l'histoire de la montre a été divulguée pour masquer l'usage d'autres modes de renseignements par les services turcs (système d'écoutes).

    Ensuite, l'assassinat. Des sources officielles turques, non citées, ont d'abord affirmé que Jamal Khashoggi avait été torturé et démembré vivant, puis tué par une injection mortelle. Cette version a été contredite par la version officielle turque plus récente du 31 octobre 2018, qui fait état d'une strangulation dès l'entrée dans le consulat, qui entraîne la mort, puis du démembrement de la vicitime une fois mise à nu[98]. Les officiels saoudiens ont d'abord nié l'assassinat, puis allégué d'un meurtre non prémédité après une rixe, et finalement reconnu le meurtre pour lequel ils blament une initiative non contrôlée de Ahmad al-Assiri et Saud al-Qahtani.

    Enfin, l'enlèvement du corps depuis le consulat. Les officiels saoudiens disent que le corps a été enlevé entier enroulé dans un tapis puis confié à un collaborateur local[99]. À l'inverse, les sources officielles turques affirment que le corps a été découpé en morceaux puis mis dans cinq valises[100]. Selon ces dernières, le corps morcelé a été éliminé à la résidence du consul, distante de 200 m, par trempage dans un bain d'acide fluorhydrique ou alors caché dans le puits du jardin de la résidence, ou une combinaison des deux versions selon les révélations d'un officiel turc à la presse le 8 novembre, puisque des traces d'acide ont été retrouvées au fond du puits de la résidence et dans les égouts de la ville à proximité de la maison du consul. Au 5 novembre 2018, aucun reste du corps n'a été localisé, malgré les demandes reitérées de la famille, d'officiels des Etats-Unis, comme du président turc Erdoğan pour la restitution aux proches[101].

    Par ailleurs, l'utilisation d'un sosie, membre du commando de Riyad, qui se promène dans la ville d'Istanbul l'après-midi de la disparition de Jamal Khashoggi. Il est vêtu des mêmes affaires que le journaliste, des mêmes lunettes de vue et porte selon toute vraisemblance une fausse barbe ; seules ses chaussures diffèrent de celles de la victime[102]. Cet individu filmé par une vidéosurveillance sort du consulat par la porte arrière, c'est l'agent saoudien Mustafa al-Madani. Il sera vu plus tard à la Mosquée bleue, haut lieu touristique d'Istanbul, avant de se changer dans des toilettes publiques pour remettre les habits qu'il avait à l'entrée dans le consulat le matin[103]. Al-Madani est de même âge et corpulence que le journaliste. Il ne sera présent dans le consultat que quelques heures avant l'arrivée de Khashoggi puis quelques heures après. Il repart pour Riyad le soir même. Ce point confirme que le commando saoudien avait connaissance que les environs du consulat et différents points de la ville étaient filmés, qu'il souhaitait faire croire en la sortie du journaliste vivant. Pour les renseignements turcs, en revanche, il confirmera la préméditation du meurtre, car dans le cas où le commando saoudien avait simplement souhaité interroger le journaliste voire le ramener vivant en Arabie Saoudite, le choix d'un sosie n'était pas nécessaire[104].

    Réactions

    Dessin de l'agence de presse iranienne Fars news.

    Les réactions des pays occidentaux sont mesurées afin de préserver leurs relations économiques et militaires avec le royaume saoudien[105]. Certains médias soulignent le contraste entre l'ampleur des réactions des puissances occidentales dans l’affaire Skripal, qui a conduit à la plus grande expulsion de diplomates russes de l’Occident depuis la fin de la guerre froide et leur retenue vis-à-vis de l'Arabie saoudite à propos du cas « plus choquant et prouvable » du journaliste assassiné Jamal Khashoggi[106],[107] .

    Le 12 octobre, Donald Trump, le président américain, fait savoir qu'il estime que l'Arabie saoudite serait impliquée dans la disparition du journaliste. Il annonce également que si cela est prouvé, les États-Unis réagiraient en « infligeant un châtiment sévère » aux autorités saoudiennes, mais exclut toute limitation des ventes d’armes au royaume wahhabite[108],[109]. Le 15 octobre, celui-ci formule l'hypothèse de tueurs hors de contrôle[110]. Le 20 octobre, il dit juger les explications saoudiennes crédibles et déclare « préférer que nous n'utilisions pas, comme représailles, l'annulation de l'équivalent de 110 milliards de dollars de travail, ce qui veut dire 600 000 emplois »[111].

    Le même jour, le président français, Emmanuel Macron, affirme, pour sa part, que « les faits sont très graves » et qu'il souhaite « que la vérité et la clarté soient établies »[112],[113].

    Le 13 octobre, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) annonce qu'elle est « horrifiée » par cette affaire, mais ira à Ryad[114]. Le 17 octobre, elle fait savoir que finalement elle n'ira pas au sommet économique « Davos du désert » de Riyad. Le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, fait également savoir qu'il annule sa visite[115].

    Plusieurs manifestations de protestation ont lieu, notamment le 10 octobre devant l'ambassade d'Arabie saoudite aux États-Unis[116].

    Le 18 octobre, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, dénonce un « crime d'État d’un autre âge. On pensait cet âge presque révolu mais avec l'affaiblissement des démocraties, les régimes autocratiques se sentent de plus en plus légitimés, même dans leurs actes les plus vils »[57]. Pour Sarah Leah Whitson, directrice de la section MENA de Human Rights Watch, qui s'exprime le 18 octobre, « si l'Arabie saoudite est responsable de la disparition de Khashoggi et peut-être de son assassinat, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union européenne et d'autres alliés de ce pays doivent réviser fondamentalement leurs relations avec des autorités dont le comportement ressemble à celui d'un régime-voyou »[117]. Amnesty International, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, le Comité pour la protection des journalistes, ainsi que la famille Khashoggi, appellent à une enquête internationale[118]. Le 20 octobre, Audrey Azoulay, directrice générale de l'UNESCO, a « condamné fermement l'assassinat »[119].

    Le 21 octobre, dans un communiqué commun, les chancelleries françaises, britanniques et allemandes appellent à des « clarifications urgentes » tandis que Donald Trump « évoque tromperies et mensonges »[120]. Pour sa part, le Canada « condamne le meurtre » du journaliste[121]. Le 22 octobre, la chancelière allemande Angela Merkel annonce la suspension de ventes d'armes aux Saoudiens, et appelle les autres pays européens à faire de même[122].

    Le 23 octobre, le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, confirme l'essentiel des révélations de la presse, ajoute que l'assassinat était « politique, était planifié », et appelle à juger les coupables en Turquie[123]. Le , le prince Mohammed ben Salmane qualifie les faits de « crime haineux qui ne peut être justifié »[124].

    Le 24 octobre, le président iranien, Hassan Rohani déclare dans une allocution retransmise par la télévision d'État iranienne que le « meurtre odieux » du journaliste saoudien Jamal Khashoggi serait impensable sans le soutien des États-Unis[125].

    Manifestation suivant l'assassinat de Jamal Khashoggi devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul le 25 octobre 2018.

    Le 25 octobre, Agnès Callamard, rapporteur spécial de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, estime qu'il s'agit d'une « exécution extrajudiciaire » de la part du régime saoudien, et qu'au vu du rang des suspects, ce n'est pas un cas isolé[126].

    Le 26 octobre, Hatice Cengiz, la fiancée de Khashoggi, appelle à punir les responsables[127].

    Le même jour, Emmanuel Macron déclare qu’il ne veut pas remettre en cause les ventes d’armes à Riyad, affirmant que « c’est pure démagogie que de dire d’arrêter les ventes d’armes »[128].

    Le 6 novembre 2018, un collectif d'artistes, comprenant Meryl Streep, J. K. Rowling et Zadie Smith, appelle l'ONU à enquêter sur l'affaire[129].

    Le 14 novembre, la Turquie réclame une enquête internationale[130], prérogative qui revient à l'un ou l'autre des deux pays. L'Arabie saoudite refuse une telle enquête[131].

    Analyses

    Selon la journaliste Christine Ockrent, cet assassinat « porte la marque de MBS », ce qui concorderait avec son tempérament et ses méthodes brutales[132].

    Pour Karim Sader, spécialiste des pays du Golfe, « cette affaire témoigne de la nervosité et de l’agressivité du prince héritier ainsi que de la brutalité de ses méthodes, et un tel excès de confiance ne peut venir que du sentiment d’impunité que lui procure le blanc-seing américain[133] ».

    Selon John Sawers, ancien directeur du Secret Intelligence Service (MI6), Mohammed ben Salmane a forcément un rôle dans l'élimination de Khashoggi, et la théorie d'un acte isolé ne tient pas[134].

    Selon David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS), « les personnes qui ont été destituées sont des gages qui sont donnés à l'administration Trump pour proposer une version crédible. Ceux qui sont formellement incriminés sont juste en-dessous du prince héritier »[135].

    D’après Daniel Shapiro, membre de l'Institut israélien d'études stratégiques, l'assassinat de Khashoggi serait « un désastre pour Israël ». Selon lui, « ce meurtre, au-delà de son immoralité, montre le manque de fiabilité de l'Arabie saoudite dirigée par MBS (Mohammed ben Salmane) en tant que partenaire stratégique ». Il ajoute qu’Israël est confrontée à une nouvelle réalité : l'Arabie saoudite est devenue le maillon faible de la coalition régionale anti-Iran en raison de l’impulsivité, de l’imprudence et du manque de fiabilité du prince héritier, son dirigeant de facto[136].

    Un grand nombre de journaux rappellent les affaires embarrassantes qui jettent une ombre sur la personnalité du prince ben Salmane, allant de la guerre au Yémen à l’assassinat d’un journaliste, en passant par la « prison dorée » du Ritz-Carlton, sans oublier la détention du président du Conseil libanais Saad Hariri[137],[138].

    De nombreux journaux[139], comme le quotidien espagnol El Mundo et l'écrivain et poète marocain Tahar Ben Jelloun font la comparaison entre la disparition de Jamal Khashoggi et celle du Marocain Mehdi Ben Barka, homme politique marocain, enlevé et disparu en 1965 dans des conditions très mystérieuses[140],[141].

    Le 8 novembre 2018, Edward Snowden émet l'hypothèse que le journaliste aurait été espionné grâce aux solutions de l'entreprise israélienne NSO[142].

Références

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