Jazz
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Le trompettiste Louis Armstrong (gravure d'Adi Holzer).
Origines stylistiques Ragtime, blues, marche, musique classique
Origines culturelles Fin des années 1910 ; États-Unis
Instruments typiques Saxophone, trompette, trombone, clarinette, piano, contrebasse, guitare basse, batterie, guitare, guitare électrique, chant, flûte, vibraphone, orgue Hammond, violon, tuba, bugle, cornet à pistons, xylophone
Popularité Très élevée aux États-Unis et en Europe des années 1920 aux années 1950
Scènes régionales Monde entier, principalement en Amérique du Nord, au Japon et en Europe
Voir aussi Standard de jazz, musique afro-américaine, terminologie du jazz, lindy hop

Sous-genres

Acid jazz, afrobeat, avant-garde jazz, bebop, Chicago Jazz, cool jazz, éthio-jazz, ethno-jazz, free jazz, hard bop, jazz afro-cubain, jazz fusion, jazz manouche, jazz modal, jazz Nouvelle-Orléans, jazz punk, jazz rap, jazz vocal, jazz West Coast, latin jazz, mainstream, néo-bop, nu jazz, piano stride, post-bop, ska-jazz, smooth jazz, soul jazz, swing, third stream

Genres dérivés

Bossa nova, funk, jump blues, pop, reggae, rhythm and blues, rock 'n' roll, rock progressif, rock psychédélique, ska

Le jazz est un genre musical originaire du Sud des États-Unis, créé à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle au sein des communautés afro-américaines. Avec plus de cent ans d'existence, du ragtime au jazz actuel, il recouvre de nombreux sous-genres marqués par un héritage de la musique euro-américaine et afro-américaine, et conçus pour être joués en public[1]. Il émerge à partir d'autres genres musicaux, dont le ragtime, la marche, le negro spiritual et le blues, et comporte des caractéristiques telles que l'utilisation fréquente de l'improvisation, de la polyrythmie, de la syncope, du shuffle, du scat et des notes bleues[2]. En route, il emprunte de nombreux éléments à la musique populaire américaine (en) et à la tradition des brass bands[3]. Couramment associé aux cinq instruments emblématiques du jazz — le saxophone, la trompette, le trombone, la clarinette et le piano —, le jazz mobilise cependant un grand nombre d'instruments différents, dont la guitare, la batterie, et la contrebasse.

Au cours du XXe siècle, le jazz a acquis une large popularité au-delà des frontières des États-Unis et s'est répandu dans le monde, donnant naissance à de très nombreux styles et sous-genres selon les pays et les régions. Les premières formes de jazz apparaissent à la Nouvelle-Orléans et à Saint-Louis dès 1910 : le jazz Nouvelle-Orléans mélange le blues à la quadrille et la biguine des Antilles françaises. Dans les années 1930 émergent le swing, un style marqué par le blues et l'improvisation, et le jazz manouche, un genre créé en France sous l'influence des big bands et du bal musette. D'une musique populaire conçue pour la danse, le jazz devient un genre musical complexe avec le bebop, joué à des tempos plus rapides et avec des accords plus élaborés. Le cool jazz de la fin des années 1940 apporte des sons calmes, délicats, et des mélodies longues et linéaires. Le free jazz des années 1950 se libère quant à lui des contraintes harmoniques, et met en valeur l'improvisation et l'énergie.

Le hard bop apparaît au milieu des années 1950 et introduit des influences du rhythm and blues, du gospel et du blues, notamment dans le jeu du saxophone et du piano. Quelques années plus tard, le jazz modal utilise la gamme comme base de la structure musicale et de l'improvisation. Dans les années 1960 et 1970 se développe le jazz fusion, qui combine le jazz et des rythmes rock, des instruments électroniques et utilise une forte amplification sur scène. Une forme commerciale de jazz fusion, appelée smooth jazz, connaît un franc succès dans les années 1980 et atteint un large public grâce à une diffusion radiophonique de grande ampleur. Jusqu'à aujourd'hui, le jazz a engendré plusieurs dizaines de sous-genres, dont le jazz afro-cubain, le jazz West Coast, le ska-jazz, l'avant-garde jazz, l'indo-jazz (en), le soul jazz, le jazz de chambre, le latin jazz, le jazz-funk, le loft jazz (en), le jazz punk, l'acid jazz, le jazz rap, le M-Base (en) et le nu jazz.

Les musiciens de jazz (jazzmen) jouent au sein de formations qualifiées de jazz bands (orchestres de jazz). Les figures majeures du jazz sont les pianistes Fats Waller, Duke Ellington, Art Tatum, Thelonious Monk, Bud Powell, Oscar Peterson, Herbie Hancock et Count Basie, les trompettistes Louis Armstrong, Dizzy Gillespie et Miles Davis, le contrebassiste Charles Mingus, les saxophonistes Coleman Hawkins, Lester Young, Charlie Parker et John Coltrane, le clarinettiste Sidney Bechet, et les chanteuses Billie Holiday, Nina Simone et Ella Fitzgerald. Présent dans la bande originale de nombreux films, le jazz a marqué l’œuvre de cinéastes comme Martin Scorsese ou Woody Allen, lui-même clarinettiste de jazz. Depuis l'après-guerre, la capitale mondiale du jazz est New York, grâce à ses très nombreux clubs de jazz (notamment dans la 52e rue) et ses auditoriums, dont le Carnegie Hall qui accueillit des concerts mythiques. Toutefois, des festivals de jazz ont été créées partout dans le monde : les principaux sont ceux de Montreux, Montréal et Copenhague.

Caractéristiques

Caractéristiques générales

Le pianiste Duke Ellington en 1971, dans le film L'Aventure du jazz. Refusant de distinguer différents sous-genres du jazz, il déclara : « le jazz, c'est toute la musique ».

Le jazz regroupe de nombreux styles musicaux, du ragtime de la fin du XIXe siècle à nos jours, et s'avère difficile à définir précisément. Certains auteurs ont tenté de le définir en le mettant en perspective avec d'autres genres musicaux — se plaçant du point de vue de l'histoire de la musique européenne ou africaine par exemple —, mais le critique Joachim-Ernst Berendt estime que sa définition doit être élargie[4]. Il définit le jazz comme une forme d'art musical originaire des États-Unis, née de la confrontation entre la musique des esclaves noirs et celle des Européens[5]. Il soutient aussi l'idée selon laquelle le jazz diffère fondamentalement de la musique européenne car il suppose une spontanéité et une vitalité, dans laquelle l'improvisation joue un rôle majeur, une sonorité et un phrasé musical reflétant la personnalité du jazzman, et a une relation particulière au temps, exprimée par la notion de swing[4]. Le tromboniste Jay Jay Johnson exprime cette idée de vitalité permanente en déclarant en 1988 : le jazz n'offre aucun répit. Il ne tient pas en place et ne le fera jamais[6].

Travis Jackson propose une définition encore plus large du genre afin d'y inclure des sous-genres parfois radicalement différents. Selon lui, il s'agit d'une musique qui réunit des qualités telles que le swing, l'improvisation, les interactions entre les musiciens du groupe, le développement d'une expression personnelle, et l'ouverture à différentes possibilités musicales[7]. Krin Gabbard affirme que la notion de jazz est une construction, qui, bien qu'artificielle, demeure utile pour réunir des genres musicaux ayant des éléments en commun au sein d'une même tradition musicale[8]. Cependant, alors que les critiques, les journalistes spécialisés et les amateurs de jazz ont souvent débattu au sujet de la délimitation entre les sous-genres du jazz, les musiciens eux-mêmes peinent fréquemment à définir le sous-genre auquel ils se rattachent. Duke Ellington, l'un des plus grands jazzmen, illustre cette conception en déclarant : le jazz, c'est toute la musique[9].

Importance de l'improvisation

Le big band de Paul Whiteman en 1921. Marqué par la tradition de la musique classique, il ne fait que peu usage de l'improvisation et joue essentiellement des mélodies pré-composées.

Bien que le jazz soit considéré comme un genre musical difficile à définir, l'improvisation en est l'un des principaux traits distinctifs. Le caractère central de l'improvisation peut s'expliquer par son importance dans les genres musicaux à la source du jazz, et notamment dans le blues des origines, qui s'inspire des chants de travail et complaintes des esclaves afro-américains dans les plantations. Ces derniers étaient généralement composés d'un motif répétitif sous forme d'un appel suivi d'une réponse (call-and-response), mais le blues comportait une part importante d'improvisation. La musique classique européenne, en revanche, valorisait la fidélité des musiciens à la partition, et rejetait les tentatives d'interprétation personnelle et l'ornementation musicale : l'objectif premier du musicien classique était alors de jouer la composition telle qu'elle est écrite. Le jazz est au contraire le produit des interactions et de la créativité des musiciens au sein du groupe ; bien souvent, ces paramètres déterminent la valeur de l'œuvre du compositeur (s'il y en a un) et des musiciens[10]. Par conséquent, dans le jazz, le musicien expérimenté interprétera une mélodie de manière personnelle, sans pouvoir la rejouer exactement de la même manière une seconde fois. Selon l'humeur du musicien, les interactions entre les membres du groupe, voire avec le public, le jazzman peut modifier la mélodie, les harmonies ou l'indication de la mesure à sa guise[11].

L'usage de l'improvisation s'est développé tout au long de l'histoire du jazz. Au début du XXe siècle, dans le jazz Nouvelle-Orléans et le Dixieland, les musiciens improvisaient soudainement en pleine mélodie, tandis que les autres improvisaient des contre-mélodies. À l'époque du swing, les big bands se reposaient davantage sur des mélodies déjà composées : les compositions étaient soit écrites, soit apprises à l'oreille et mémorisées, et seuls les musiciens solo pouvaient improviser au sein de la composition. Quelques années plus tard, dans le bebop, les formations de jazz sont plus petites et les arrangements sont minimaux ; la mélodie est généralement fixée brièvement au début de la chanson et rappelée à la fin, mais la quasi-intégralité de la performance est composée de séries d'improvisations. Les sous-genres qui suivirent, comme le jazz modal, abandonnent la notion de progression d'accords et permettent aux musiciens d'improviser encore davantage de manière individuelle, en ne conservant qu'une échelle musicale ou un mode commun. Dans la plupart de ces styles de jazz, un musicien solo est accompagné par d'autres qui jouent des accords pour définir la structure de la chanson, et ainsi compléter son jeu. Dans certaines formes de jazz expérimental, telles que l'avant-garde jazz et le free jazz, la séparation entre le musicien solo et le reste du groupe est réduite, et il est accepté, voire obligatoire, de ne pas utiliser d'accords, d'échelles et de pulsations rythmiques — ces extrêmes constituant une forme d'improvisation quasi-totale.

Débats

Le trompettiste Miles Davis en 1971. Avec In a Silent Way (1969) et Bitches Brew (1970), il donne naissance au jazz fusion et est accusé de rompre avec les fondements du jazz.

Depuis l'émergence du courant bebop, les formes de jazz produites à des fins commerciales ou influencées par la musique populaire ont été critiquées par certains puristes. Selon le critique de jazz Bruce Johnson, une tension entre le jazz commercial et le jazz en tant qu'art aurait existé dès la naissance du genre[7]. Les amateurs de jazz traditionnel ont rejeté le bebop, le free jazz et le jazz fusion des années 1970 (Miles Davis, Frank Zappa, ou encore Herbie Hancock), estimant qu'il s'agissait d'une dénaturation de la musique et d'une trahison envers les pionniers du jazz. Le critique et producteur de jazz français Hugues Panassié a ainsi considéré le bebop comme un genre musical non authentique et distinct du jazz, provoquant la controverse dans le milieu musical et entraînant la scission du Hot Club de France[7]. Une conception opposée veut que le jazz soit un genre protéiforme, capable d'absorber des influences de divers styles musicaux : l'absence de création de normes internes au genre permet l'émergence de nouveaux sous-genres à l'avant-garde du jazz[7].

Un autre débat porte sur la question de l'ethnicité dans la musique jazz. Alors que le jazz commençait à se développer, au début du siècle, beaucoup s'interrogeaient sur la manière dont il allait influencer les représentations des Blancs à propos de la communauté afro-américaine — auquel le jazz était alors associé. Pour certains Afro-Américains, le jazz a permis de mettre en lumière la contribution des Noirs à la culture et à la société américaines, et d'attirer l'attention sur l'histoire et la culture noire. Pour d'autres, la musique et le terme jazz rappelleraient en revanche une société oppressante et raciste, qui restreint leur liberté artistique[12]. En outre, l'écrivain afro-américain Amiri Baraka estime qu'il existe un jazz blanc, qui serait le genre musical de l'expression de l'identité blanche[13]. Le cornettiste Bix Beiderbecke est l'un des premiers jazzmen blancs, et fut la figure de proue du jazz blanc jusqu'à sa mort en 1931[14]. Des musiciens de jazz blancs firent leur apparition au début des années 1920, dans le Mid-Ouest essentiellement, mais aussi sur la côte est. Le Chicago Jazz naît ainsi à la suite du déplacement de nombreux jazzmen du Sud, et est développé par plusieurs musiciens blancs, comme Bud Freeman, Jimmy McPartland, Frank Teschemacher, Dave Tough et Eddie Condon. D'autres musiciens originaires de Chicago, dont le clarinettiste Benny Goodman et le batteur Gene Krupa, prendront la tête de big bands de swing au début de leur carrière, durant les années 1930[15]. À l'origine dominé par les musiciens d'origine afro-américaine, le jazz est par la suite devenu un genre musical multiculturel.

Étymologie

Au-delà de la difficulté à définir précisément la musique qu'il désigne, l'origine du mot jazz est sujet à controverses. Les hypothèses avancées quant aux origines de ce nom sont multiples et aucune ne semble faire l'unanimité. Le mot jazz pourrait être dérivé :

  • du terme français jaser (discuter, palabrer)[16], en référence aux rythmes et au mot phrasé ou en référence à la réflexion « Ça va jaser »[réf. nécessaire] que pouvait inspirer la crainte des conséquences des concerts de jazz sur le voisinage ;
  • du nom de musiciens (comme Chaz Washington) ;
  • de l'argot avec des connotations sexuelles (jizz) ou qui indiquent l'énergie ou la force ;
  • du jasmin que l'industrie cosmétique française avait utilisé dans ses parfums, qui étaient vendus à La Nouvelle-Orléans (une théorie de Garvin Bushell) ;
  • d'une déformation du chassé ou chasse-beau, figure du cakewalk (danse du gâteau, à la mode au XIXe siècle) ;
  • des racines africaines comme le mot bantou jaja (« danser », « jouer de la musique »), sur le terme africain jasi (« être excité », « vivre à un rythme rapide, sous pression ») ;
  • Jaiza (« son lointain des percussions »). La dernière appellation viendrait de certaines tribus indonésiennes qui appelaient « jaze baqti » une musique rythmée ;
  • le nom donné aux jazzmen[17] vient du surnom donné à ceux qui fréquentaient les prostituées de La Nouvelle-Orléans, dont l'habitude était de se parfumer au jasmin, dont ils exhalaient l'odeur après les ébats[18] ;
  • les prostituées de La Nouvelle-Orléans sont appelées « jazz-belles » en argot cajun, en référence à la Jézabel biblique[19] ;
  • de l'occitan « jaç », signifiant « couche sommaire », « gîte » et par dérivation « bordel »[20]. Cette théorie serait notamment retenue par le saxophoniste Archie Shepp[21]. Il faut noter à l'appui de cette hypothèse que le mot jambalaya, spécialité culinaire de Louisiane, proviendrait également de l'occitan et aurait été importé en Louisiane au début du XIXe siècle par des travailleurs originaires du sud de la France.

Les recherches de Gerald Cohen indiquent que le mot apparaît pour la première fois sous la plume de E. T. « Scoop » Gleeson dans le San Francisco bulletin en . La plupart des historiens penchent cependant sur le fait que ce mot est apparu pour la première fois dans le Chicago Herald du 1er mai 1916[22] Il appartient au jargon du baseball pour désigner l'énergie d'un joueur. Le mot aurait été employé pour qualifier la musique du groupe d'Art Hickman qui jouait dans le camp d'entraînement des San Francisco Seals. Le groupe endossa l'adjectif lors de ses engagements à New York en 1914 et le terme se répandit progressivement jusqu'à Chicago avant de revenir à La Nouvelle-Orléans sous la forme d'une lettre de Freddie Keppard à King Oliver qui le popularisera dès 1917 avec son protégé Louis Armstrong.

En raison de ses connotations scabreuses, le terme était diversement apprécié des musiciens (Duke Ellington en particulier préférait l'appellation « Negro music »). Durant les années 1930 et 1940, de nombreuses alternatives ont été proposées telles que ragtonia, syncopep, crewcut, Amerimusic, ou encore jarb, sans grand succès. La diffusion du mot « jazz » (bien que sous la forme Jass) est largement associée à son apparition sur le premier enregistrement du style, en par l'Original Dixieland Jass Band.

Histoire

Le jazz prend ses sources à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, à partir de la musique classique européenne et de la musique populaire américaine (en), mélangées à des influences culturelles de l'Afrique de l'Ouest[23]. Sa nature, ses sous-genres et sa composition ont évolué au fil du siècle, incorporant les innovations et les interprétations personnelles des différents musiciens.

Origines

Musique et danses des esclaves

Danse à Congo Square vers la fin du XVIIIe siècle, par E. W. Kemble (1861-1933).

Avant 1808, la traite des esclaves avait déjà provoqué l'arrivée aux États-Unis d'un million d'Africains subsahariens, principalement en provenance d'Afrique de l'Ouest et du bassin du fleuve Congo. Ceux-ci ont importé leurs traditions musicales[24] : la musique africaine utilisait une seule mélodie, des rythmes contre-métriques, et une structure en appel et réponse (en) (call and response)[25] (exemple : work song). Elle avait essentiellement un but fonctionnel, pour accompagner le travail (chant de travail) ou les rites funéraires. Des rassemblements d'esclaves donnaient lieu à de grandes fêtes urbaines où se mêlaient danses africaines et percussions. Jusqu'en 1843, une fête était organisée chaque dimanche à Congo Square, à la Nouvelle-Orléans[26], et d'autres rassemblements avaient lieu à la même époque dans le Sud des États-Unis.

En outre, le jazz a aussi pour origine la musique religieuse : les esclaves apprennent les harmonies des hymnes lors de l'office dominical[27], et y ajoutent des influences africaines pour créer les negro spirituals et le gospel, peu à peu chantés dans les églises méthodistes, baptistes ou pentecôtistes[28]. De même, au cours du XIXe siècle, un nombre grandissant de musiciens noirs apprennent à jouer d'un instrument européen, notamment le violon, et parodient la musique de bal dans les cakewalks. À l'inverse, les minstrel shows, réalisés par des Euro-Américains au visage peint en noir (blackface), combinent la syncope des rythmes africains et l'harmonie de la musique européenne.

Influences afro-caribéennes

Un tresillo[29],[30]. Jouer

Vers 1850, le compositeur blanc Louis Moreau Gottschalk adapte les rythmes de la musique des esclaves et des mélodies des Caraïbes pour le piano de salon. Dans Souvenirs from Havana (1859) tout comme dans la musique de la culture créole des Caraïbes et de la Nouvelle-Orléans, on retrouve le même motif à trois coups nommé tresillo. Celui-ci est une entité rythmique basique dans la musique d'Afrique subsaharienne et de la diaspora africaine[31],[32].

Ragtime et blues (1890-1910)

Le pianiste de stride James P. Johnson en 1948.

Au début du XXe siècle, le blues se développe dans le Delta du Mississippi et est largement diffusé à partir de 1920 avec entre autres le premier enregistrement de Mamie Smith. Parallèlement, le ragtime apparaît, style de piano incarné par Scott Joplin, musique syncopée influencée par la musique classique occidentale. Dans les années 1920, le stride se développe à Harlem. Héritier du ragtime, le stride introduit l'utilisation d'une pulsation ternaire, et la virtuosité des musiciens augmente, comme chez James P. Johnson. Le boogie-woogie se développe à la même époque à Chicago.

Jazz Nouvelle-Orléans et Dixieland (1910-1930)

C'est à La Nouvelle-Orléans que l'on fait en général naître le jazz, en particulier dans le quartier chaud de Storyville, avec les formations orchestrales des « brass bands », mélange de marches militaires revisitées par les noirs américains et les créoles, qui privilégie l'expression collective. Dans les années 1910 apparaissent les premières formes de jazz (« proto-jazz »), notamment sous l'impulsion du chef d'orchestre James Reese Europe, qui créa le Clef Club. Cette salle de concert de Harlem accueille dès 1912 le premier orchestre de jazz composé uniquement d'Afro-Américains, le Clef Club Orchestra. En 1913 et 1914 sont réalisés des enregistrements au phonographe pour la Victor Talking Machine Company[réf. nécessaire].

Le premier enregistrement de jazz voit le jour en par l'Original Dixieland Jass Band, orchestre composé exclusivement de musiciens blancs.

Le pianiste et chef d'orchestre créole Jelly Roll Morton s'autoproclame "inventeur du jazz". S'il est en effet un passeur entre ragtime et jazz, ce sont plutôt Kid Ory, Sidney Bechet et surtout Louis Armstrong qui s'imposent comme les grands solistes des formations Nouvelle-Orléans caractérisées par l'improvisation collective sur le schéma instrumental trompette, trombone, clarinette.

Du swing au bebop

Considéré comme l'âge d'or du jazz, apparu vers les années 1930, le swing (ou middle jazz) se démarque du jazz Nouvelle-Orléans par un orchestre de plus grande taille sur le modèle des trois sections de trompettes, trombones et anches qui privilégie les solistes prenant des chorus intégrés dans des arrangements écrits au détriment de l'improvisation collective. C'est l'ère des big bands de Duke Ellington, Count Basie, Glenn Miller, Benny Goodman, avec un répertoire marqué par les compositions de George Gershwin, Cole Porter, Richard Rodgers etc. et les chansons de variété de Tin Pan Alley, qui forment l'ossature des standards de jazz. Les grands solistes de cette époque sont Coleman Hawkins, Roy Eldridge, Benny Carter, Johnny Hodges, Ben Webster, Art Tatum, et Lester Young.

Au début des années 1940 naît le bebop. Tempos ultras rapides, petites formations, virtuosité époustouflante, innovations harmoniques et rythmiques, la rupture est brutale et emmenée par Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Kenny Clarke, Thelonious Monk. L'intellectualisation du jazz par le bebop ne sera pas toujours bien perçue par le public et certains critiques, notamment Hugues Panassié en France sera particulièrement virulent contre cette nouvelle forme de jazz.

Cool jazz, hard bop, jazz modal, free jazz (années 1950)

Vers les années 1950 apparaissent des évolutions au bebop, comme le cool et le hard bop. Le cool et le jazz West Coast regroupent des évolutions du bop moins marquées par le rythme, et généralement faites par des blancs. Les four Brothers de Jimmy Giuffre, les innovations de Lennie Tristano et la collaboration entre Miles Davis et Gil Evans sont généralement regroupées sous cette bannière. Au contraire, le hard bop est plutôt un mouvement noir, visant à réintroduire plus de soul et de blues dans le bop, et pour qui l'aspect rythmique est prédominant. Art Blakey, Horace Silver ou Sonny Rollins y participent. D'autres personnalités inclassables émergent : Bill Evans, Charles Mingus, Oscar Peterson

À la fin des années 1950, les structures harmoniques et l'improvisation sont portées à leurs limites par John Coltrane. Emmenés par Coltrane et Ornette Coleman les musiciens bouleversent la structure musicale et les techniques instrumentales. La grille harmonique, le rythme régulier, et même le thème sont supprimés, au profit d'improvisations collectives, la prédominance de l'énergie, et l'utilisation de techniques non conventionnelles (suraigus, growl, cris, slaps, « sons sales », voire bruitistes), c'est la naissance du free jazz. Les réactions des critiques à cette nouvelle forme de jazz sont féroces, et le public beaucoup moins nombreux à suivre cette musique nouvelle.

Third Stream

Le mouvement « Third Stream » naît vers le milieu des années 1950, en même temps que les premiers frémissements du free jazz, et participe de la volonté des acteurs de la scène jazz d'élargir encore leurs horizons musicaux. Parmi les principaux représentants du Third stream, on peut citer George Russell, John Lewis, Georges Handy, Jimmy Giuffre et Ran Blake. Bien que non-exclusivement liés à ce courant, de nombreux musiciens comme Bill Evans, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Kobi Arad ou encore Scott LaFaro ont contribué aux concerts ou enregistrements relevant de cette esthétique.

Jazz fusion et sous-genres

Dès les années 1960 et surtout 1970, s'amorcent des mouvements de fusion entre le jazz et d'autres courants musicaux, le jazz et la musique latine donnent le latin jazz, ou encore le jazz et la funk le jazz-funk, mais c'est surtout la fusion entre le jazz et le rock, le jazz-rock, qui remporte l'adhésion du public. Les grandes figures en sont Miles Davis, Frank Zappa, Herbie Hancock ou encore le groupe Weather Report. Au même moment, la création de la maison de disques ECM à Munich participe à la création et à la diffusion d'un jazz plus « européen », aux sonorités plus feutrées et subtiles, inspiré par la musique classique, la musique contemporaine et les musiques du monde. Jan Garbarek, John Surman, Louis Sclavis, Kenny Wheeler en sont quelques représentants.

Smooth jazz, nu jazz et jazz rap

Jazz contemporain

Caractères clés

Le jazz est un mélange de courants musicaux très divers. Au cours de son évolution, il a su intégrer de nombreuses influences et se prêter à de nombreux métissages, comme le blues, le rock, la musique latine, le hard rock, et ainsi de suite. Du point de vue de la technique musicale, sa richesse et sa complexité sont aujourd'hui telles qu'il est difficile de décrire précisément ce qui le caractérise. Le jazz comprend une grande variété de sous-types, comme traditionnel, be-bop, fusion, free-jazz, etc. D'après Travis Jackson, le jazz peut être défini d'une façon plus « ouverte », en disant que le jazz (soit qu'on parle de swing, fusion, ou latin-jazz) est une musique qui inclut souvent des qualités comme le swing, l'improvisation, l'interaction en groupe, le développement d'une voix individuelle comme artiste, et qui est ouverte aux diverses possibilités musicales[33].

Les éléments distinctifs suivants se retrouvent dans la majorité des styles de jazz :