Juste parmi les nations
Seconde illustration.
Diplôme de Yad Vashem pour Auguste et Jeanne Bieber
Conditions
Décerné par Drapeau d’Israël Israël
Type Diplôme et médaille
Éligibilité Ne pas être Juif et avoir apporté une aide, dans des situations où les Juifs étaient impuissants et menacés de mort, au risque de sa propre vie et de celle de ses proches.
Statistiques
Création 1963
Total 27 712

« Juste parmi les nations » (en hébreu : חסיד אומות העולם, Hasid Ummot Ha-'Olam, littéralement « généreux des nations du monde ») est une expression du judaïsme tirée du Talmud (traité Baba Batra, 15 b).

En 1953, la Knesset (parlement d'Israël), en même temps qu’elle créait le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem consacré aux victimes de la Shoah, décida d’honorer « les Justes parmi les nations qui ont mis leur vie en danger pour sauver des Juifs ». Le titre de Juste est décerné au nom de l’État d’Israël par le mémorial de Yad Vashem. Au , 27 712 Justes[1] parmi les nations de 46 pays ont été honorés ; la Pologne, les Pays-Bas et la France sont les pays dont les citoyens ont été le plus médaillés. En tout, les Justes ont sauvé des centaines de milliers de personnes.

Il s’agit actuellement de la plus haute distinction honorifique délivrée par l'État d'Israël à des civils.

La notion de « Juste parmi les nations » dans la tradition juive

Monument aux Justes parmi les nations de Shelomo Selinger au Yad Vashem à Jérusalem.

Dans la tradition du judaïsme, la plupart des préceptes et obligations contenus dans la Torah ou dans ses commentaires s’imposent seulement aux Juifs, étant hérités de leurs ancêtres qui furent volontaires pour cette charge. Ces obligations sont détaillées dans les 613 commandements (mitzvot) du judaïsme orthodoxe.

Les non-Juifs ont à suivre des principes éthiques moins détaillés et beaucoup moins nombreux. Au sens large, tout non-Juif qui observe les « Sept commandements » est reconnu en tant que « Juste » (en hébreu Tsadik) et est assuré d’une récompense divine. Par exemple, dans les écritures juives, Job représente parfaitement ce type de personne, tout comme Melchisédech, tous deux non-juifs.

D’après la Halakha[2], les sept catégories d’obligations divines incombant aux non-Juifs (ou lois noahides, de Noé) sont :

  1. reconnaître le Dieu Unique, créateur du monde ;
  2. ne pas blasphémer contre Lui ;
  3. instaurer des cours de Justice dans la société, qui garantissent la moralité publique ;
  4. ne pas commettre de meurtre ;
  5. ne pas commettre de vol ;
  6. ne pas commettre d’adultère ;
  7. ne pas consommer le membre d’un animal vivant (et d’une manière plus large ne pas faire souffrir les animaux).

D’autres normes sont considérées par les rabbins comme importantes mais seules ces Sept Lois, supposées avoir été édictées au temps du patriarche Noé par Dieu pour toute l’humanité, sont impératives.

D’après l’enseignement rabbinique, les sociétés qui s’écartent délibérément de ces prescriptions ne survivront pas, comme le montre l’épisode biblique de Sodome et Gomorrhe. Chaque société n’est ainsi maintenue par Dieu que pour le Bien des « Justes » vivant en son sein.

Origine

Le terme vient du Talmud (traité Baba Batra, 15 b)[3]. Signifiant « les pieux des nations », il sert à désigner des non-juifs craignant Dieu. L’usage du terme devient d’un emploi plus fréquent dans la littérature médiévale où sont désignés ainsi tous ceux qui font preuve de bienveillance à l’égard des Juifs. Le Zohar qualifie ainsi tout non-Juif qui se comporte avec justice[4].

La création du titre de Juste parmi les nations

Stèle trilingue au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem : Allées des Justes.

Le processus de création dans l'ordre juridique israélien

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les années 1950, prend corps en Israël la volonté de commémorer les martyrs de la Shoah. En , le gouvernement israélien dépose à la Knesset un « projet de loi sur la commémoration des martyrs et des héros - Yad Vashem ». C’est lors de débats, par un amendement au projet, qu’est ajoutée une référence aux « Justes parmi les nations », non-Juifs qui ont risqué leur vie pour venir en aide à des Juifs. La notion de Juste entre dans le champ légal et politique par la loi du , au dernier alinéa de l’article I fixant les thèmes d’action du mémorial.

Mais ce n’est qu’à partir de 1963, comme une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem qui entend faire la lumière sur les comportements pendant la guerre et distingue entre les attitudes des différents pays, institutions et communautés, ceux qui ont agi pour sauver des Juifs, que Yad Vashem enclenche une politique active d’identification de ces « Justes »[5].

La signification politique de cet hommage

Yad Vashem estime que l’hommage rendu aux Justes parmi les nations revêt une signification éducative et morale[6] :