Paléolithique supérieur en Suisse
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Frise chronologique du Paléolithique
Définition
Caractéristiques
Répartition géographique Principalement nord et nord-ouest de la Suisse
Période Magdalénien
Chronologie 18 000 à 12 000
Type humain associé Homo sapiens
Tendance climatique froid et sec avec quelques épisodes plus doux

Objets typiques

Propulseurs, sagaies, lamelles à dos, pièces en triangles, perçoirs à longues pointes, figurine féminine ("Vénus") de Monruz

Le Magdalénien est l'une des dernières cultures préhistoriques du Paléolithique supérieur en Europe. Il se développe à la fin de la dernière période glaciaire, dite glaciation de Würm dans les Alpes, entre environ 18 000 et 12 000 ans avant le présent (AP). Avant le début de cette période, les glaciers alpins atteignaient leur taille maximale et la Suisse en était entièrement couverte.

Magdalénien en Suisse

Sites magdaléniens en Suisse

Quarante-neuf sites datant du Magdalénien ont été identifiés en Suisse (état en 2020) :

Carte de la Suisse mettant en exergue les cantons.

Canton de Vaud

Canton de Fribourg

Canton de Neuchâtel

Canton du Jura

Canton de Berne

Canton de Soleure

  • Solothurn-Hauptgasse (Soleure, SO)
  • Thierstein (Büsserach, SO)
  • Chesselgraben (Erschwil, SO)
  • Unter der Fluh (Balm bei Günsberg, SO)
  • Kastelhöhle Nord (Himmelried, SO)
  • Kleine Ganghöhle (Himmelried, SO)
  • Heidenküche (Himmelried, SO)
  • Bolken (Bolken, SO),
  • Moosmatten (Aeschi, SO)
  • Hintere Burg (Burgäschi, SO)
  • Rislisberghöhle (Oensingen, SO)
  • Trimbach (Trimbach, SO)
  • Hard I et II (Olten, SO)
  • Sälihöhle Oben (Olten, SO)
  • Käsloch (Winznau, SO)
  • Wilmatt (Winznau, SO)
  • Köpfli (Winznau, SO)
  • Oberfeld (Winznau, SO)
  • Mühleloch (Starrkirch-Wil, SO)

Canton de Bâle

Canton d'Argovie

Canton de Lucerne

  • Stumpen (Reiden, LU)
  • Stations aux alentours de Kottwil (Kottwil, LU)

Canton de Zoug

Canton de Zurich

  • Rafz (Solgen-Im Grauen, ZH)

Canton de Schaffhouse

  • Freudenthal (Schaffhouse, SH)
  • Schweizersbild (Schaffhouse, SH)
  • Gsang (Schaffhouse, SH)
  • Untere Bsetzi (Thayngen, SH)
  • Vorder Eichen (Thayngen, SH)
  • Kesslerloch (Thayngen, SH)
  • Neue Höhle (Thayngen, SH)

Canton de Schwytz

  • Langrüti (
    Croquis de la pièce archéologique du "renne broutant". Il s'agit d'une pièce maîtresse de l'art préhistorique suisse. Réalisé sur du bois de renne et sur ce qui s'apparente à un propulseur, il date d'environ 13 000 - 9 000 AP. Une réplique de cette pièce peut être vue au Musée national suisse (Zurich) et la pièce originale au musée Rosgarten de Constance en Allemagne[1].

    Le Magdalénien, comme toute culture préhistorique, a été déterminée par l'ensemble de ses vestiges matérielles d'origine lithique et osseuse. Cependant, ce qui marque particulièrement cette époque, ce sont les premières manifestations d'art qui se retrouvent dans une grande partie de l'Europe orientale, centrale et occidentale. Ces manifestations d'art se développent notamment sur des parois qu'on nomme nomme usuellement "art pariétal" (l'art pariétal touche l'ensemble de l'Europe à l'exception de la Suisse qui n'a livré pour l'instant aucun art de ce type) et sur mobiliers[2].

    Photo d'un cheval de Przewalski dans son environnement de nos jours. Ce cheval était sans doute l'animal prédominant durant le Magdalénien. Contrairement aux espèces saisonnières comme le bouquetin, le cheval de przewalski se trouvait en plaine toute l'année. Par ailleurs, il a été l'animal le plus consommé dans la région de Neuchâtel d'après les vestiges osseux retrouvés à Hauterive-Champréveyres et Neuchâtel-Monruz.

    La majorité des sites magdaléniens en Suisse se situent sur l'arc jurassien qui va de Genève à la région de Schaffhouse. Certaines stations, comme le témoigne le site de Mooseedorf-Mossbühl, démontrent une tentative de pénétration sur le Plateau[3]. Le paysage, à l'époque, se présentait sous l'aspect d'un environnement de steppe-toundra, totalement dépourvu d'arbres. Les températures se situaient en moyenne entre +10° Celsius en été et -20°degrés Celsius en janvier. Le climat pouvait être catégorisé de continental, car il était froid et sec.

    Cette environnement très ouvert devait permettre aux Magdaléniens de s'orienter facilement et leur offrait un terrain de chasse adéquat. Néanmoins, un tel paysage présentait des différences altitudinales relativement importantes: les montagnes définissaient l'horizon et les blocs erratiques se profilaient sur les sols, abandonnés lors du retrait des glaciers. Aussi, cette fonte des glaces a permis aux plans d'eaux ainsi qu'aux puissantes rivières de serpenter sur le Plateau. Ainsi, ceux-ci sont vite devenus le lieux de rencontre de grands troupeaux d'herbivores (chevaux, bisons et rennes) et de leurs prédateurs (carnivores et l'Homme).

    Par leur déplacement, on imagine que ceux-ci auraient tracé des sillons visibles dans la végétation rase du sol, ce qui devait donc faciliter la traque de proies. Différents moyens pouvaient être usés pour ruser les herbivores, comme les pièges (il faut noter que le sol gelé une grande partie de l'année ne permettait pas de creuser des pièges pour capturer le gibier) ou encore la disposition de pierres en alignement pour orienter différemment les groupes d'herbivores (à l'instar de ce qui est observé de nos jours au Groenland). Ainsi, les animaux n'étaient pas les seuls à transformer l'environnement et le paysage par leur déplacement et leur présence. En effet, comme susmentionné, l'Homme a jouer un rôle non seulement dans un contexte cynégétique, mais aussi dans un contexte domestique. En établissant ses campements, l'Homme devait faire face aux conditions rudes de l'ère glacière qui gelait le sol et donc il lui était impossible d'établir des habitations semi-creusées. On imagine alors que ces Magdaléniens préféraient les constructions légères avec des structures en bois, bien que le bois fût rare à cette époque. Des pierres pouvaient être alors aussi utilisées pour caler la bases des couvertures servant de tentures.

    Croquis d'un rhinocéros laineux. Le coelodonta antiquitatis, dont le biome s'étendait de l'Europe à la Russie est une espèce éteinte lors de la dernière glaciation du Würm, entre 13 000 et 10 000. Malgré sa présence marquée, il est rare de retrouver un squelette complet. Le genre Coelodonta serait originaire de Chine du Nord, dont le premier représentant serait Coelodonta nihowanensis, avec une taille plus petite et les naseaux sont plus étroits que le coelodonta antiquitatis. L'ancêtre directe du Coelodonta antiquitatis serait Coelodonta tologoijensis, dont les traces de sa présence ont été dénotées en Transbaïkalie occidentale. Cette espèce se distingue encore du coelodonta antiquitatis par sa taille plus élancée et par l'absence de jugales d'hypsodontes[4].

    L'industrie de cette époque se subdivise en trois groupes définis par les matières premières utilisées pour leur confection: la pierre, l'os et le bois de rennes. L'industrie lithique de cette période est donc caractérisée par un débitage dit "laminaire". L'ensemble de l'outillage, en tout cas pour ce qui concerne les outils domestiques, regroupe: les burins, grattoirs, perçoirs, lamelles à bord abattu auxquelles peuvent se joindre d'autres armatures de chasses (triangles scalènes, pointes à dos anguleux et pointes à cran). Pour ce qui touche l'industrie osseuse, les archéologues ont pu retrouver sur divers sites des aiguilles à chas et des poinçons. Enfin, l'industrie en bois de rennes regroupe différentes pointes de sagaies, des bâtons percés, des propulseurs, des ciseaux et des baguettes-supports. Ces dernières étaient principalement utilisées pour la confection d'aiguille en os et de têtes de sagaie[2].

    Durant le Magdalénien suisse, la mégafaune décline jusqu'à s'éteindre complètement. Dès 17 200 AP, le rhinocéros laineux (coelodontha antiquitatis) s'éteint dans les régions helvétiques. Le spécimen le plus récent retrouvé à ce jour se situe à Neuchâtel, lieu de sa découvert et plus précisément dans le Musée du Laténium. Lors de dragages effectué dans lac de Neuchâtel en 1991, un crâne de rhinocéros laineux a été découvert et ceci est la seule partie que les archéologues aient retrouvée à ce jour.Un autre géant de l'époque, le mammouth (mammuthus primigenius) disparaît en 16 000 AP. Ce dernier a été retrouvé dans une gravière au Brassus près du lac de Joux. Les différentes hypothèses ont été proposées concernant l'extinction de la mégafaune en Europe. Deux prédominent, la théorie de l'overkill qui a été développée en Amérique du Nord et celle de la réduction de leur habitat. Aujourd'hui, les chercheurs penchent davantage pour la seconde qui découleraient elle-même d'un changement climatique important[2].

Références

  1. Marc-Antoine Kaeser, L'univers du préhistorien : science, foi et politique dans l'oeuvre et la vie d'Édouard Desor (1811-1882), Lausanne, Société d'histoire de la Suisse romande, (ISBN 2-7475-6409-6)
  2. a b et c Denise Leesch, Jérôme Bullinger et Werner Müller, Vivre en Suisse il y a 15 000 ans. Le Magdalénien, Suisse, Archéologie Suisse, , 175 p. (ISBN 978-3-906182-30-8)
  3. Jean-Marie Le Tensorer, Le Paléolithique en Suisse, Grenoble, Edition Jérôme Millon, , 499 p. (ISBN 2-84137-063-1)
  4. Carole Vercoutère, Claude Guérin, Laurent Crépin, Pascale Richardin, Nathalie Gandolfo, Julien Vincent, Jean Marsac, Sophie Cersoy, Hélène Rousselière, Philippe Walter, Alain Brunelle, Witold Nowik, Didier Brissaud, Dorothée G. Drucker, « Étude pluridisciplinaire du squelette de rhinocéros laineux, Coelodonta antiquitatis (Blumenbach, 1799), de l’Institut de paléontologie humaine (Paris, France) », L'Anthropologie,‎ (ISSN 0003-5521)

Voir aussi

Bibliographie

  • Louis Chaix, « Les faunes du Paléolithique et du Mésolithique en Suisse » , La Suisse du paléolithique l'aube du Moyen-Age, 1, 1993, p. 85-103.
  • Pierre Crotti, « Le peuplement paléolithique et mésolithique de la Suisse : la question de l'utilisation des étages montagnards dans les Alpes », Geographica Helvetica, vol.63, n°3, 2008, pp.167-175.
  • Alain Gallay (dir.), Des Alpes au Léman : image de la Préhistoire, Gollion, Infolio, 2008, pp. 49-98.
  • Société suisse de préhistoire et d'archéologie, En bref : une longue histoire : 1500 km d'autoroutes et 50 000 ans d'histoire : rapport interne du Service archéologique pour la construction des routes nationales, éd. Société suisse de préhistoire et d'archéologie, Berne, 1993.

Articles connexes