Manifestations de 2019 en Colombie
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Protestations à Cúcuta,
Informations
Date Depuis le
(22 jours)
Localisation Drapeau de la Colombie Colombie
Caractéristiques
Types de manifestations Manifestation, grève, cacerolazo
Bilan humain
Morts 4[1](En date du 27 novembre 2019)
Blessés 533[1](En date du 27 novembre 2019)
Arrestations plus de 500[1](En date du 27 novembre 2019)
Carte des pays d'Amérique centrale et du sud, où des manifestations d'ampleur ont eu lieu fin 2019

En novembre 2019, des manifestations ont lieu en Colombie pour soutenir le processus de paix entre le gouvernement colombien et les FARC-EP et protester contre le gouvernement d'Iván Duque.

Origines

La politique économique et sociale du pays, ainsi que la défense de l'accord de paix signé avec la guérilla sont à l'origine du mouvement qui a débuté le 21 novembre 2019[2]. À la grève et aux marches, organisées par des syndicats de travailleurs, se sont joints des étudiants, des indigènes, des organisations de défense de l'environnement et d'opposition. Le président Iván Duque pâtit d'un taux d'impopularité de près de 70 %[3].

Les manifestants entendent dénoncer les velléités du gouvernement de flexibiliser davantage le marché du travail, d'affaiblir le fonds public des retraites en faveur d'entités privées, et de reculer l'âge de la retraite. Les syndicats protestent aussi contre la réforme fiscale qui vise à réduire les impôts payés par les entreprises, et qui pourrait être compensée par une hausse de la pression fiscale sur les classes moyennes et populaires. D'autre part, le gouvernement prévoit de privatiser des entreprises publiques : la compagnie pétrolière Ecopetrol et la compagnie électrique Cenit[4]. Les étudiants réclament en outre des moyens pour l'enseignement public, et les indigènes des mesures de protection face aux groupes paramilitaires dont ils sont les cibles[3].

Le contexte sécuritaire tend par ailleurs à se détériorer. Selon le Défenseur du peuple, plus de 600 leaders sociaux (représentants syndicaux ou indigènes) ont été assassinés depuis 2016. Plus d'une centaine d’anciens guérilleros, démobilisés dans le cadre des accords de paix signés entre le gouvernement et les FARC en 2016, ont également été assassinés[5].

De nombreuses associations qui ont annoncé leur soutien à la journée de mobilisation ont subi des perquisitions, comme le siège de la revue Cartel Urbano[5]. Le président accuse les organisateurs de promouvoir le chaos, voire le terrorisme, et les manifestations d’être manipulées de l’étranger[6].

Déroulement

Une grève nationale a regroupé le premier jour plusieurs centaines de milliers d'étudiants, indigènes, organisations d'opposition, de défense de l'environnement. Le lendemain, des manifestations regroupaient de nombreuses personnes effectuant des concerts de casseroles.

L’armée a été déployée dans les principales villes du pays. Une décision contestée par le bureau des Droits de l’Homme de l’ONU qui rappelle que le maintien de l’ordre doit être assuré par la police. Les frontières avec le Pérou, le Brésil, le Venezuela et l’Équateur ont été fermées pour éviter que des étrangers « altèrent l’ordre public et la sécurité ». Un couvre-feu a été imposé dans plusieurs villes du pays[5].

Des affrontements se sont produits en marge de certains cortèges et la police a fait usage de gaz lacrymogène et tiré des balles en caoutchouc sur les manifestants[7] et des balles réelles dans certains cas[4]. Au troisième jour, on dénombrait 3 morts et 300 blessés[8]. La mort d’un manifestant de 18 ans après avoir été blessé à bout portant par une grenade assourdissante porte à quatre le nombre de victimes[9]. En outre, un jeune militaire, stigmatisé par sa hiérarchie qui l'accuse d’être un « extrémiste de gauche » pour avoir déclaré son soutien aux manifestations, se suicide[10]. Dans certains quartiers populaires de Bogotá, les forces de police ont passé à tabac des manifestants ainsi que des riverains et détruit les vitres des voitures et des commerces[11]

Le chef du gouvernement débute un dialogue national le 24 novembre 2019, regroupant différents secteurs sociaux, des maires et des gouverneurs[12]. Quant aux manifestants, le président en parle comme d’une « minorité de délinquants qui détruisent la ville »[13]. L’extrême droite considère le dialogue comme une « concession inadmissible » et reproche au chef de l’État sa « mollesse »[6]. Certains des chefs du parti présidentiel, le Centre démocratique, réclament ainsi la démission d'Iván Duque[14]. La vice-présidente du pays, Marta Lucía Ramírez, attribue « l'instabilité sociale » à un « complot international » mené par le Venezuela et la Russie[15].

Références

  1. a b et c (en) Frances Jenner, « Excessive police violence in protests cause deaths and thousands of injuries », (consulté le 27 novembre 2019)
  2. En Colombie, une grève nationale massivement suivie, RFI, 21 novembre 2019
  3. a et b « Colombie: manifestations et concerts de casseroles contre le président Duque », sur Orange Actualités,
  4. a et b Colombie. Un exemple de divorce entre la société et la politique institutionnelle, Decio Machado, A l'encontre, 3 décembre 2019
  5. a b et c Patrick Bèle, « Grande mobilisation anti gouvernementale en Colombie », sur Le Figaro.fr,
  6. a et b « Colombie: nouvel appel à la mobilisation et à la grève », sur RFI,
  7. « Colombie. La répression face à la grève générale », sur L'Humanité,
  8. [https://www.france24.com/fr/20191124-la-mobilisation-se-poursuit-en-colombie-le-pr%C3%A9sident-avance-le-dialogue-national La mobilisation se poursuit en Colombie, le président avance le dialogue national, France 24, 24 novembre 2019
  9. « En Colombie, mobilisations inédites contre la répression policière », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. (es) « Dilan, Brandon y Juan David: rostros de la ausencia de garantías para los jóvenes en Colombia », sur Contagio Radio,
  11. « Colombie : enquête sur une soirée de violences policières dans un quartier de Bogotá », sur Les Observateurs de France 24,
  12. Colombie: nouvelles manifestations, dialogue national avancé par le président, TV5 Monde, Rodrigo Almonacid, Florence Panoussian, 24 novembre 2019
  13. « La Colombie rattrapée à son tour par la contestation sociale », La Croix,‎ (lire en ligne)
  14. (es) « Blu Radio señal en vivo | Noticias de Colombia y el Mundo », sur www.bluradio.com,
  15. (es) « La vicepresidenta de Colombia atribuye el "malestar social" a un "proyecto internacional" de Venezuela y Rusia », sur RT en Español,

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