Manifestations du 11 juillet 2021
Description de l'image 2021 Cuban protests.png.
Informations
Date
Localisation Cuba
Caractéristiques
Participants Union patriotique de Cuba[1],[2]
Mouvement San Isidro[3]
Civils[4],[5]
Bilan humain
Morts 1
Blessés nombre inconnu
Arrestations nombre inconnu

Les manifestations du 11 juillet 2021 à Cuba sont une série de manifestations contre le gouvernement cubain et le Parti communiste de Cuba au pouvoir, qui se sont déroulées le . Elles sont déclenchées par des pénuries de nourriture et de médicaments, la réponse du gouvernement à la résurgence de la pandémie de Covid-19 à Cuba et l'absence de liberté. Les manifestations sont décrites comme les plus grandes manifestations anti-gouvernementales depuis la celle du 5 août 1994.

Contexte

Comme origine à ces manifestations, les universitaires Laura Tedesco et William Leogrande évoquent la crise économique qui frappe Cuba depuis plusieurs années avec l'embargo des États-Unis, la perte de soutien économique de la part d'un pays tiers (initialement la Russie puis le Venezuela) et, plus récemment, la fermeture du pays aux touristes, avec la gestion de la pandémie de Covid-19, qui prive le régime cubain de liquidité pour acheter à l'étranger les produits nécessaires à la population[6].

La nourriture et les médicaments manquent à Cuba. Des files d'attentes interminables sont visibles dans l'ensemble du pays. Par exemple, la population doit « faire la queue pendant des heures et des heures pour acheter du poulet »[7],[6].

L'ouverture d'Internet en 2018, permet aux Cubains d'échanger sur les réseaux sociaux. Le régime cubain a perdu de fait le monopole de l'information. Ainsi le clip Patria y vida, conçu en février 2021, ou #SOScuba sont des vecteurs de la mobilisation[6].

Pour Laura Tedesco la communication du régime cubain indiquant que les manifestants « dans les rues sont des contre-révolutionnaires, qu'ils sont payés par les États-Unis, que l'embargo... Le peuple est très fatigué d'entendre cela »[6]. Par ailleurs Cuba subit un nombre élevé de cas d'infection à la Covid-19. Ainsi le dimanche 11 juillet 6 900 cas sont recensés et 47 morts dénombrés, cette situation accroit les tensions[8].

Historique

Déroulement

Véhicule de police détruit lors des manifestations.

Les manifestations commencent à San Antonio de los Baños, au sud-ouest de La Havane puis elles se répandent à La Havane et dans plusieurs villes à travers tout le pays, relayées par les réseaux sociaux[9]. Les manifestants criaient : « Nous avons faim », « Liberté », « À bas la dictature », « À bas le communisme » et « Patria y vida ». Les forces armées cubaines sont intervenues pour mettre fin aux manifestations[10],[8]. Le couvre feu est renforcé, des tirs et des arrestations sont signalés ainsi que des « tabassages ». L'armée est placée en état d’alerte[11].

Selon le média 14ymedio, il est dénombré plusieurs morts, blessés, disparus et prisonniers parmi les manifestants[12]. Le ministère de l'intérieur cubain annonce, le 13 juillet, la mort d'un homme qui participait aux « troubles »[13]. Environ 130 Cubains étaient emprisonnés ou signalés comme disparus. Le mouvement San Isidro indique que plusieurs figures de la dissidence sont arrêtées. C'est le cas de Luis Manuel Otero Alcántara, José Daniel Ferrer et Manuel Cuesta Morúa. De leur côté les Dames en blanc annoncent l'arrestation de Berta Soler qui dirige le groupe[14],[15]. L'internet mobile, qui a permis le regroupement des manifestants et l'échange d'informations entre eux est fermé à partir du 11 juillet[16]. Il est rétabli le 14 juillet, mais l'accès aux réseaux sociaux reste impossible. Ainsi Facebook, Instagram ou WhatsApp ne sont pas accessibles sauf en utilisant un VPN. Selon l'ONG Access Now (en) le régime cubain contrôle le contenu des échanges en utilisant des technologies chinoises[17],[18].

À la suite des manifestations anti-gouvernementales, Miguel Diaz-Canel réunit plusieurs milliers de partisans sur le Malecón. Raúl Castro, sorti de sa retraite et revêtu de son uniforme de général, est à ses côtés. Miguel Diaz-Canel déclare : « Ce que le monde est en train de voir de Cuba est un mensonge »[19],[20].

Conséquences

À la suite des manifestations du dimanche , Miguel Díaz-Canel demande à ses partisans de défendre la Révolution dans la rue et accuse les États-Unis d'être à l'origine de cette contestation[21],[22]. Il réfute qu'il s'agit d'une « explosion sociale », toutefois, il admet la nécessité d'effectuer une « analyse critique » des problèmes. Concernant les manifestants, il évoque la possibilité d'excuses à « ceux qui au milieu de la confusion dans ce genre d'événements ont été pris (pour des fauteurs de troubles) et maltraités »[23].

Manifestation pro-gouvernementale à Cienfuegos.

Raúl Castro participe le 12 juillet à une réunion du Bureau politique, la plus haute instance du Parti communiste de Cuba[24]. Le régime cubain lève, jusqu'au 31 décembre 2021, les restrictions douanières qui limitaient les importations d'hygiène, de médicaments et de nourriture. De plus, l'obligation d'utiliser l'échelle salariale pour le paiement des salaires est supprimée[25]. Le ministre de l'Économie Alejandro Gil précisant qu'il s'agit du « principe de gagner plus si on produit plus de richesse et si on est plus efficace ». Par ailleurs, les Cubains pourront toujours conserver la libreta après un déménagement, ce qui n'était pas le cas auparavant[23].

Pour l'opposant cubain Manuel Cuesta Morúa : « Les gens réclamaient des corridors humanitaires, ils voulaient recevoir des médicaments et des aliments, mais ils réclamaient également la liberté ! D’ailleurs beaucoup l’ont exprimé sur les réseaux sociaux en disant « ce n’est pas suffisant ». Ce que réclament les citoyens, c’est la liberté et un espace démocratique et que l’on respecte leurs droits à liberté d’expression, d’association, tout ce qui a trait aux libertés civiles et politiques. Désormais il devrait, d’un côté, y avoir une grande discussion au sein du pouvoir, et de l’autre, un réalignement de la société civile et de la société cubaine pour continuer à exercer une pression »[26]. De même la blogueuse dissidente Yoani Sánchez estime que les mesures sont insuffisantes[27].

Le 22 juillet, les Etats-Unis décident, en vertu de la loi Magnitski, des sanctions symboliques à l'égard d'Álvaro López Miera, ministre de la défense cubaine, et contre « les bérets noirs » une unité spéciale anti-manifestation, gelant leurs accès au système financier et leurs avoirs aux États-Unis[28],[29].

Réactions internationales

Manifestation de soutien à Miami.

Amérique