Nauru, [nauru][4], en forme longue la République de Nauru, en nauruan Naoero et Ripublik Naoero, en anglais Republic of Nauru, est un État insulaire d'Océanie situé en Micronésie peuplé de 10 084 habitants en 2011 et l'un des plus petits États du monde.

Située à 42 kilomètres au sud de l'équateur[5], l'île a une superficie de 21,3 km2 et est formée d'un plateau central peu élevé culminant à 71 mètres au Command Ridge ceinturé par une étroite plaine côtière. Sur cette plaine se concentrent les logements et les infrastructures industrielles, agricoles, publiques et de transport, l'intérieur des terres étant majoritairement dévolu à l'extraction du minerai de phosphate qui constitue la seule richesse naturelle de Nauru. L'île est distante de 705 kilomètres de Tarawa-Sud, capitale des Kiribati, dans les îles Gilbert, à l'est-nord-est. Le pays n'a pas de capitale officielle[1], toutefois Yaren est désigné de facto comme capitale car le district abrite le Parlement[1]. Par sa superficie, l'île est considérée comme la plus petite république du monde[1]. Sa densité est la plus élevée d'Océanie (9e rang mondial)

Image satellite de Nauru en 2002.

L'île, alors peuplée de quelques centaines de Nauruans aux origines micronésiennes et mélanésiennes, est approchée par le navigateur britannique John Fearn en 1798. Elle accède à l'indépendance le . Entre ces deux dates, elle est successivement colonie allemande de 1888 à 1914 puis australienne de 1914 à 1968 avec une période d'occupation japonaise entre 1942 et 1945. Mais ce qui marque le plus profondément la société nauruane, c'est son histoire économique centrée sur le phosphate. Son extraction et son exportation débutent en 1906. Cette ressource, d'abord exploitée au bénéfice des nations colonisatrices de l'île, permet à la population de Nauru d'accéder à un très haut niveau de vie, à partir de l'indépendance en 1968. Cependant, dès les années 1990, l'épuisement des réserves minières, une mauvaise gestion des finances publiques et la dégradation de la santé publique caractérisée par l'apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène de vie entraînent une paupérisation de la population et de l'État, aboutissant à une faillite générale.

La population de Nauru est très fortement marquée dans sa structure et sa culture par la colonisation : majoritairement de religion protestante, elle est principalement composée de Nauruans mais comporte une minorité chinoise et quelques Européens et Océaniens. Le nauruan, bien que seule langue officielle de l'île[6], est supplanté par l'anglais dans les relations formelles, il est largement employé dans le commerce, l'administration et les études supérieures. Le dollar australien est resté la monnaie du pays à son indépendance, et le sport national est le football australien.

Étymologie

L'étymologie de « Nauru » est incertaine[7]. L'Allemand Paul Hambruch qui visite l'île au début du XXe siècle indique que Naoero peut être interprété comme la contraction de la phrase a-nuau-a-a-ororo, qui s'écrirait aujourd'hui A nuaw ea arourõ, signifiant « je vais à la plage ». Anáoero entre en 1920 dans le dictionnaire colonial allemand[8].

L'Alsacien Alois Kayser, qui séjourna plus de trente ans sur Nauru au début du XXe siècle et étudia le nauruan, rejeta l'explication de Paul Hambruch pour le motif qu'il manquait le verbe de mouvement rodu, associé au mot « plage ». En effet, les Nauruans considèrent la plage comme le lieu le plus bas géographiquement aussi bien en ce qui concerne la terre que la mer. Ainsi, selon lui, l'absence de ce verbe dans la traduction de Paul Hambruch l'invalide de même que l'étymologie de Naoero et par la même occasion de « Nauru ».

L'île prit différents noms suivant les époques et les empires coloniaux en possession de ce territoire : les premiers colons britanniques l'appelèrent Pleasant Island (« Île Agréable ») ou encore Shank Island, tandis que les colons allemands la nommèrent Nawodo ou Onawero. Finalement, le nom actuel « Nauru » fut créé afin qu'Européens et Nord-Américains aient une appellation commune tandis qu'en nauruan, la langue parlée par les Nauruans, le pays est nommé Naoero[9].

Histoire

Article détaillé : Histoire de Nauru.

Période précoloniale

Les événements antérieurs à la colonisation de Nauru à la fin du XIXe siècle sont peu connus faute de sources scripturales et en la quasi-absence de données archéologiques.

Vraisemblablement peuplée à l'origine de Mélanésiens et de Micronésiens, elle connaît l'arrivée d'une seconde vague de migration venant des littoraux chinois via les Philippines, aux alentours de -1200. La société nauruane s'organise alors en douze tribus[10], parlant chacune un dialecte différent du nauruan, la langue originaire de l'île, et vit de la culture des cocotiers, bananiers, pandanus et takamakas[11], et de la pisciculture des poissons-lait dans deux lagunes de l'île[12].

Période coloniale, occupations et mandats

Guerrier nauruan en 1880.
Travailleurs chinois exploitant le phosphate

Nauru est approchée par les Européens le par le capitaine britannique John Fearn[13]. L'île sert alors de refuge à des déserteurs et des contrebandiers[14],[15]. À partir de 1872, des commerçants Allemands, ainsi que des missionnaires protestants de Brême s'installent à Nauru. Des missionnaires catholiques de Hambourg arrivent en 1875. En 1878, une guerre civile tribale se déclenche chez les Nauruans au cours de laquelle un tiers de la population disparaît[15],[16]. Le conflit prend fin le lorsque l'Empire allemand annexe Nauru sous prétexte de rétablir la paix[14].

Les Allemands développent tout d'abord la culture du cocotier dont ils exportent le coprah mais la véritable mise en valeur de l'île prend ses sources en 1900 quand d'énormes gisements de phosphate sont découverts[10]. L'extraction commence en 1906 ; différentes compagnies minières se succèdent au fil du temps sur l'île. Elles y font venir de nombreux ouvriers étrangers, chinois et océaniens[13] . Dans le même temps, des missionnaires s'installent sur l'île, évangélisent, éduquent et occidentalisent la population[15].

L'ingénieur chef de la British Phosphate Commission accueilli par des Chinois de Nauru en 1938

En 1914, Nauru est confisqué par les Alliés comme le reste des colonies allemandes lorsque l'Australie prend possession de l'île le [17]. Le statut de Nauru sera un point d'achoppement entre négociateurs de l'Empire britannique. Nauru est revendiquée avec véhémence tant par le gouvernement australien que par celui de Nouvelle-Zélande, au point que l'on sera forcé en mai 1919 de trouver une solution de compromis, faisant du mandat sur cette petite île le seul directement attribué à l'Empire britannique dans le Pacifique par le traité de Versailles[18]. Dans les faits, seule l'Australie administre la colonie[14],[10],[15]. L'extraction du phosphate se poursuit tout au long de la Première Guerre mondiale mais c'est durant l'entre-deux-guerres que la production décolle, la demande des agriculteurs australiens et néo-zélandais s'accroissant[14].

Bombardement allié sur Nauru.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en décembre 1940, Nauru subit des attaques de la marine allemande[19]. Les infrastructures servant à l'exportation du phosphate sont bombardées et cinq minéraliers sont coulés[20]. À partir d'août 1942, l'île, partiellement évacuée par les Occidentaux, est occupée par les Japonais[21]. Ils la fortifient et font construire par des travailleurs forcés une piste d'atterrissage qui sera la base de l'actuel aéroport international de Nauru[22]. Courant 1943, les Américains bombardent l'île dans le cadre de leur reconquête des îles du Pacifique, mais n'y débarquent pas[22]. Les habitants et occupants de Nauru, coupés des lignes d'approvisionnement japonaises, commencent alors à manquer de ravitaillement. Les Japonais décident en conséquence de déporter 1 200 Nauruans dans les îles Truk où ils sont astreints à des travaux forcés. Ceux qui restent sur l'île survivent dans des conditions très précaires[22],[15]. Le , onze jours après la signature des actes de capitulation du Japon, la garnison de Nauru signe sa reddition. L'île repasse alors dans le giron australien[22]. Les derniers déportés des Îles Truk, qui ne sont plus que 737, sont rapatriés sur Nauru le [14],[13].

Les Nations unies réattribuent en 1947 Nauru à l'Empire britannique et son administration à l'Australie[23],[21]. Les exportations de phosphate reprennent[15] mais les Nauruans ne profitent que très peu des retombées économiques. Hammer DeRoburt à la tête d'un groupe de jeunes gens éduqués en Australie devient le porte parole des revendications des Nauruans, qui consistent à demander plus d'autonomie et une meilleure répartition des bénéfices du phosphate. Un Conseil de gouvernement local est créé fin 1951 avec à sa tête Hammer DeRoburt, futur premier président de Nauru[14],[13]. En 1964, un projet australien de déplacement de la population nauruane sur l'île Frazer puis sur l'île Curtis est abandonné car les Nauruans désirent à terme l'indépendance, ce que leur refuse l'Australie[14].

Indépendance

Hammer DeRoburt le père de l'indépendance entouré de deux hommes politiques nauruans en 1968

Nauru devient indépendante sous la forme d'une république le au terme d'une période de transition durant laquelle les organismes économiques et politiques sont peu à peu transférés aux Nauruans[14]. Aux commandes de l'île et de son économie alors que le cours du phosphate atteint son plus haut niveau dans les années 1970, les Nauruans s'enrichissent considérablement[13]. La population atteint très vite un des plus hauts niveaux de vie du monde et adopte les pratiques d'une société de consommation[13]. Soucieux de préparer l'avenir du pays une fois les réserves de phosphate épuisées, le gouvernement effectue des acquisitions immobilières et foncières à l'étranger[15],[13],[24]. Le mode de vie occidental se révèlera par la suite néfaste pour la santé des Nauruans avec une hausse des cas de certaines maladies (notamment l'obésité et le diabète)[25] et la baisse de l'espérance de vie[26].

En 1989, Nauru porte plainte devant la Cour internationale de justice contre l'Australie, réclamant compensation pour la destruction du centre de l'île provoquée par l'extraction de phosphate[14]. Hors tribunal, l'Australie, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande acceptent de verser plusieurs dizaines de millions de dollars australiens à l'État nauruan[14].

Lorsque les gisements de phosphate s'épuisent au début des années 1990[13], il s'avère que les investissements immobiliers se révèlent infructueux[24] et que les caisses de l'État ont pratiquement été vidées par le détournement de fonds et la corruption[13]. Confrontée à une grave crise économique, l'île voit les présidents se succéder[21], tentant de remplir les caisses de l'État tandis que les saisies se multiplient[13],[24]. N'ayant aucune autre ressource que celle qui est en train de s'épuiser, ils font le choix du blanchiment d'argent[24],[14], de la vente de passeports[13], de l'accueil de réfugiés demandant l'asile en Australie et jugés indésirables dans ce pays (la « solution du Pacifique »)[14], et vraisemblablement du monnayage des votes aux Nations unies à partir du moment où Nauru y adhère en 1999 et à la Commission baleinière internationale lors de son admission en 2005. Depuis 2004, une nouvelle majorité déclare cesser les activités qui font de Nauru un paradis fiscal et lancer des plans de restructuration de l'économie nauruane[27].

En mai 2016, Nauru dépénalise officiellement l'homosexualité[28],[29].

Depuis 2010, un projet de reconstitution des terres arables est en cours, mais n'est toujours pas appliqué : l'idée serait d'acheter de la terre de régions agricoles du Queensland, et la faire venir par étapes par cargos à Nauru, et reboucher les trous des zones d'exploitations du phosphate, en déversant la terre. Mais pour être viable, le projet devra se faire par secteurs, avec un projet de reboisement, pour maintenir la terre, car l'érosion, et la pluie, feraient facilement déverser celle-ci dans la mer. Le projet coûterait plusieurs millions de dollars australiens, et l'objectif serait de reconstruire Nauru telle qu'elle était avant 1885, avec des forêts, et des terres de cultures. Pour être concret, des spécialistes de l'érosion, des topographes et biologistes divers, ainsi que des scientifiques, devraient participer au projet. Les Nauruans de souches refusent de partir vivre en Australie, ou sur une autre île, et nombreux sont convaincus que l'île peut retrouver son aspect d'autrefois[réf. nécessaire].

Le drapeau national

Le drapeau national de Nauru, adopté le 31 janvier 1968, consiste en un fond bleu représentant l'océan Pacifique divisé en deux parts égales par une ligne horizontale jaune symbolisant l'équateur. Une étoile blanche à douze pointes situe l'emplacement de l'île par rapport à l’équateur. Les branches de l'étoile symbolisent les douze tribus de Nauru.

Géographie

Carte de Nauru.
Articles détaillés : Géographie de Nauru et Transport à Nauru.

La République de Nauru n'est constituée que d'une seule île qui se situe en Océanie, dans l'ensemble régional appelé Micronésie, à 42 kilomètres au sud de l'équateur et sur le 167e méridien est. C'est une île isolée qui n'appartient à aucun sous-ensemble insulaire. La terre la plus proche, la petite île de Banaba, se situe à une distance de 265 kilomètres à l'Est, tandis que, toujours à l'Est, l'archipel le plus proche, celui des Gilbert se trouve à environ 600 km[30]. À l'Ouest, les îles Salomon sont à plus de 1 600 km[31].

L'île, ancien volcan recouvert de calcaire corallien[32] exondé appelé makatea[33], est grossièrement ovale et constituée d'un plateau central peu élevé occupant environ 80 % de la superficie de l'île. Le point culminant de Nauru est le Command Ridge, avec 71 mètres d'altitude[25]. Ce plateau est constitué de tourelles calcaires entre lesquelles se logeait du minerai de phosphate considéré comme le plus pur au monde[34]. Celui-ci a fait l'objet d'une extraction intensive durant tout le XXe siècle. Cette exploitation, bien qu'ayant enrichi considérablement mais temporairement la population de Nauru, a bouleversé la topographie de l'île, irrémédiablement détruit la forêt tropicale qui se trouvait sur le plateau et endommagé le récif corallien qui fait intégralement le tour de l'île[35].

Une plaine côtière très étroite (120 à 300 m de largeur[25]) fait le tour de l'île. Relativement fertile, elle permet une agriculture vivrière sur les quelques terres arables non construites.

L'hydrographie est quasiment inexistante sur l'île à l'exception de la lagune Buada, un lac qui se trouve sur le plateau et qui accueille sur ses rives quelques cultures et une petite partie de la population.

Le climat est tropical avec une mousson de novembre à février et une période sèche pouvant aller jusqu'à la sècheresse[25],[36]. L'île n'est pas soumise au passage des cyclones car trop proche de l'équateur[37],[25].

La population de Nauru est concentrée sur la bande côtière de l'île, formant un ruban urbain presque continu avec des densités moindres au nord-est. L'unique autre foyer de population est centré autour de la lagune Buada, le reste du centre de l'île étant constitué d'un plateau calcaire rendu inculte et extrêmement aride à la suite de l'exploitation de son phosphate. Il n'y a pas à proprement parler de villes à Nauru, l'État ne dispose pas de capitale.

Le réseau de transport à Nauru adopte une structure relativement simple en raison de la petite taille de l'île qui ne comporte pas de reliefs majeurs. La Island Ring Road, la route circulaire longeant la côte de 12 km, fait le tour de l'île et une autre permet de rejoindre la lagune Buada. Ce réseau est complété par une série de pistes liées à l'extraction minière. Il existe un chemin de fer d'exploitation à voie étroite utilisé dans le passé par l'industrie phosphatière[38]. Nauru, très éloignée des principaux archipels du pacifique, ne dispose pas de ports en eau profonde[39]. Les produits importés doivent donc être amenés à quai par de petites barges tandis que les cargos restent au large. Ceci a conduit à la construction près du port d'Aiwo de deux structures en porte à faux s'avançant en pleine mer permettant de charger les phosphatiers ancrés plus loin[39]. Quelques vols hebdomadaires de la compagnie nationale Our Airline sont assurés depuis l'aéroport international de Nauru, le seul de l'île[40].

L'ile étant très isolée, l'accès aux voyageurs est difficile, et coûteux. Sur place, la vie est très chère, et l'ile n'est pas touristique avec ses paysages de désolation arides et industriels. L'érosion, et les fortes pluies ont balayé ce qui restait de terre fertile à l'intérieur de l'ile. Elle est aussi frappée par la monté des eaux due au réchauffement climatique, ce qui risque d'entraîner à terme des départs de population.

Faune et flore

Pointes de corail sur la plage.
Article détaillé : Liste des oiseaux de Nauru.

La végétation tropicale est relictuelle sur le littoral et autour de la lagune Buada mais relativement absente au centre de l'île à la suite de l'exploitation minière.

Quelques espèces endémiques ou indigènes se rencontrent sur Nauru mais leur survie est compromise par la destruction de leurs milieux (exploitation minière, pollution) et par l'introduction d'espèces invasives (chien, chat, poule, rat polynésien...)[41].

L'avifaune comprend 27 espèces, dont une seule endémique, la rousserolle de Nauru.

L'environnement marin (en particulier la ceinture de corail qui entoure l'île) a largement été dégradé par les rejets liés à l'exploitation des phosphates et l'urbanisation.

Subdivisions administratives

Nauru ne possède pas de division territoriale correspondant aux communes. L'île est divisée en 14 districts regroupés en 8 circonscriptions électorales, mais aucun n'a de chef-lieu[1]. Les districts sont :