Paul Biya
Illustration.
Paul Biya en 2014.
Fonctions
Président de la République du Cameroun
En fonction depuis le
(35 ans, 11 mois et 18 jours)
Élection 14 janvier 1984
Réélection 24 avril 1988
11 octobre 1992
12 octobre 1997
11 octobre 2004
9 octobre 2011
7 octobre 2018
Premier ministre Bello Bouba Maigari
Luc Ayang
Sadou Hayatou
Simon Achidi Achu
Peter Mafany Musonge
Ephraim Inoni
Philémon Yang
Prédécesseur Ahmadou Ahidjo
Premier ministre du Cameroun

(7 ans, 4 mois et 7 jours)
Président Ahmadou Ahidjo
Prédécesseur Simon Pierre Tchoungui (indirectement)
Successeur Bello Bouba Maigari
Biographie
Nom de naissance Paul Barthélemy Biya’a Bi Mvondo
Date de naissance (85 ans)
Lieu de naissance Mvomeka’a (Cameroun)
Nationalité Camerounaise
Parti politique Rassemblement démocratique du peuple camerounais
Conjoint Jeanne-Irène Biya (décédée)
Chantal Vigouroux
Diplômé de Université de la Sorbonne (Paris)
Institut d’études politiques de Paris
Institut des hautes études d’outre-mer
Religion Christianisme

Paul Biya
Premiers ministres camerounais
Présidents de la République du Cameroun

Paul Biya, né le à Mvomeka’a, dans l'arrondissement de Meyomessala (département du Dja-et-Lobo, Cameroun), est un homme d'État camerounais. Il est Premier ministre de 1975 à 1982 et président de la République depuis 1982. Son régime est souvent qualifié d'autoritaire.

Biographie

Famille

D'ethnie béti, Paul Barthélemy Biya’a Bi Mvondo voit le jour dans un village du Sud, en pleine forêt équatoriale, une zone placée sous contrôle français, le Cameroun étant alors un « territoire sous mandat de la Société des Nations ». Il est le fils d'Anastasie Eyenga Ellé et d'Étienne Mvondo Assam, un catéchiste qui voit en lui un futur prêtre et l'oriente d'abord à l'Ecole catholique de Nden, puis aux Séminaires d'Édéa et Akono[1]. En 1961, il contracte un premier mariage avec Jeanne-Irène Biya, morte en 1992. Franck Emmanuel Biya est leur unique fils.

Paul Biya épouse en secondes noces Chantal Pulcherie Vigouroux dont il adopte les deux enfants, issus d'une précédente relation. De ce mariage naissent Paul Junior Biya et Anasthasia Brenda Eyenga (« Brenda »).

Formation

Après des études secondaires au lycée Général-Leclerc à Yaoundé, il passe successivement, à Paris, par le lycée Louis-le-Grand[2], l’université de la Sorbonne, l’Institut d’études politiques, où il obtient une licence en droit public en 1961, et l’Institut des hautes études d’outre-mer.

Carrière politique

Débuts

En 1962, il est chargé de mission à la présidence de la République dans le gouvernement du président Ahmadou Ahidjo.

Ministre

En 1968, il est nommé ministre secrétaire général à la Présidence.

Premier ministre

Le 30 juin 1975, il est nommé Premier ministre par le président Ahmadou Ahidjo. Celui-ci démissionne le 4 novembre 1982.

Président de la République

Il devient président de la République le , après la démission du président Ahidjo. En 1987, il publie l’ouvrage Pour le libéralisme communautaire.

Le , il échappe à une tentative de coup d’État perpétrée par des membres de la Garde présidentielle. Plusieurs des putschistes sont arrêtés et quelques-uns exécutés. De nombreuses autres personnalités sont également interpellées et emprisonnées à cet effet. Associé au coup d’État manqué, l’ancien président Ahidjo sera condamné à mort par contumace puis gracié plus tard par le président Biya.

Seul candidat, il est élu président en 1984 et 1988.

Paul Biya et le secrétaire d’État américain Colin Powell, le à New York.

Au début des années 1990, à la suite d'opérations de désobéissance civile, baptisées « Villes mortes », et d'émeutes, il accélère la mise en œuvre du multipartisme. En 1992, lors des premières élections multipartites, il est donné vainqueur face à John Fru Ndi avec un léger avantage (40 % contre 36 %), que l'opposition conteste[3]. Il remporte ensuite les élections présidentielles de 1997 (92,6 %) et de 2004 (70,9 %).

Le pays connaît quelques changements positifs en termes de constructions et de grands chantiers, notamment dans les domaines routiers et énergétiques[4].

En , lors de son discours de fin d’année à la nation, il annonce son intention de modifier la Constitution, qui limite le mandat présidentiel à deux exercices[5]. Très contesté, le projet de révision accorde également une immunité judiciaire au chef de l'État pour les actes accomplis pendant son mandat. La révision est votée par l'Assemblée nationale en 2008. Paul Biya est ainsi réélu le , avec 78,0 % des voix (pour un taux de participation de 68,2 %). Alors qu'une importante partie de la communauté internationale émet des doutes sur la validité des résultats, la Cour suprême rejette un appel de l'opposition destiné à annuler l'élection[6]. L'ambassadeur des États-Unis au Cameroun, Robert Jackson, a dénoncé des « irrégularités à tous les niveaux »[7].

Le 13 juillet 2018, il annonce sur Twitter qu'il sera candidat à sa propre succession lors de l'élection présidentielle de 2018[8], pour laquelle il fait figure de grand favori. Au même moment, le pays souffre d'une crise économique, l'afflux de réfugiés centrafricains ainsi qu'une insurrection de la minorité anglophone[2].

Paul Biya fait partie des chefs d'État à la longévité la plus importante[9].

Bilan et critiques

Nature du régime

Son régime est souvent qualifié d'autoritaire[10]. Des organisations comme Amnesty International ont critiqué le régime de Paul Biya, accusé de restreindre les libertés fondamentales des Camerounais et de commettre des violations des droits de l’homme[11].

En 1990, Michel Lévêque, directeur d'Afrique au Quai d'Orsay, rédige un rapport confidentiel intitulé Les Relations de la France avec les pays en développement, qui met en évidence le pluralisme de façade dans certains pays africains dont le Cameroun[12]. Un politique camerounais a d'ailleurs à ce sujet parlé de « dictature conviviale »[13].

Louis-Tobie Mbida séquestré à Mvolyé alors qu’il tente d’organiser une réunion politique le .

Le , les services de sécurité du régime se font remarquer en séquestrant Louis-Tobie Mbida, homme politique pourtant de bien moindre influence, dans un bâtiment appartenant à l’Église catholique[14].

Cependant, ses partisans notent des progrès avec son arrivée au pouvoir (« démocratisation, libération des détenus politiques, pluralisme des candidatures » selon François Soudan de Jeune Afrique)[15].

Le Cameroun constitue 60 % du PNB de l'ancienne Afrique-Équatoriale française, ce qui peut expliquer selon des analystes la tolérance de la France face aux faiblesses affichées du président Biya[16],[17].

Corruption

La lutte contre la corruption a fait l'objet d'initiatives sous la présidence de Paul Biya[18], avec notamment la mise sur pied en 2006 de l'opération Épervier. Cette opération judiciaire anti-corruption a conduit à l'arrestation de hauts fonctionnaires de l’État, mais a de ce fait même éveillé des soupçons de manipulation, le régime étant soupçonné d'en user pour écarter ou sanctionner des concurrents, des compagnons de route infidèles ou encombrants[19],[2]. Le succès mitigé de l'opération pourrait aussi s'expliquer par la quasi-impossibilité de récupérer les fonds détournés des établissements financiers étrangers qui les accueillent[20]. Le Comité national contre la corruption (CONAC), institué en 2006, poursuit toutefois son activité[21].

In fine, la corruption reste très forte : en 2018, le Cameroun est classé 145e sur 176 pays dans ce domaine par l'ONG Transparency International[2].

Biens mal acquis

En , le rapport de CCFD-Terre Solidaire Biens mal acquis, à qui profite le crime ? revient sur les dépenses pharaoniques du président camerounais et sur sa fortune familiale[22]. Le 25 novembre 2010, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « recel de détournements de fonds publics » sur Paul Biya, à la suite d'un dépôt de plainte par l’association Union pour une diaspora active (UDA) 23 jours plus tôt[23]. Selon Issa Tchiroma, porte-parole du gouvernement camerounais, « le président de la République du Cameroun n’est comptable que devant son peuple… Il n’a pas à répondre à ces accusations en France », et dénonce une tentative de manipulation médiatique par des partis de l'opposition pour décrédibiliser le président à l'aube des élections présidentielles de 2011[24],[25].

Séjours privés et absences de Paul Biya

Article connexe : Séjours privés de Paul Biya.

Les nombreux « séjours privés » de Paul Biya en Europe, notamment en Suisse, sont l'objet de polémiques récurrentes[2].

Il est également reproché à Paul Biya un absentéisme néfaste au fonctionnement de l'État, n'ayant organisé que 4 conseils des ministres en 1993, par exemple, et se montrant constamment injoignable. Son biographe Michel Roger Emvana nuance un peu cette accusation d'absentéisme. Citant un proche du président Biya, un certain Me Bédard, il avance que « les absences répétées de Biya à Yaoundé, et ses séjours réguliers dans son village natal près de Sangmélima ne sont nullement perçus comme une défaillance du président ». Me Bédard parle des documents de travail qui se trouvent « sur son bureau, ses résidences, son avion ». Le président Biya est selon lui « l’homme le plus informé du pays grâce aux multiples bulletins quotidiens à lui adressés par les services de renseignement et des voies informelles ». Parlant même du silence supposé du président Biya dans sa gestion du pouvoir, Me Bédard, avance qu'il le fait de manière délibérée. Ce serait une stratégie de gestion. Selon lui, « le président aime laisser la spéculation à son compte. Il en profite dès lors pour trancher franchement…Il préfère laisser les hommes se tromper sur sa gestion »[26].

Le conseil des ministres ne se réunit que rarement : ainsi, il s’en tient un en mars 2018, pour la première fois en deux ans. Christian Pendant Ekoka, son ancien conseiller pendant huit ans passé à l'opposition, déclare : « Il n'y a pas de gouvernement. C'est une satrapie, une cour où les courtisans se battent pour les prébendes »[2].

Décorations et titres honorifiques