Référendum chilien de 2020
Corps électoral et résultats
Inscrits 14 855 719
Votants 7 562 173
50,90 %
Votes blancs et nuls 41 645
Changement de Constitution
Pour
78,27 %
Contre
21,73 %
Choix de l'assemblée constituante
Élue
78,99 %
Mixte
21,01 %

Le référendum chilien de 2020 ou plébiscite national de 2020 (en espagnol : Plebiscito Nacional 2020) a lieu le dimanche .

En conséquence d'un mouvement social de grande ampleur ayant amené les principaux partis du pays à s’accorder sur la nécessité de convoquer ce référendum, les électeurs sont amenés à se prononcer sur un changement de Constitution, remplaçant celle adoptée en 1980 sous le régime de Pinochet, ainsi que sur la nature de l'organe à laquelle ils souhaitent confier le pouvoir constituant chargé de sa rédaction : une assemblée constituante entièrement élue ou bien composée pour moitié d'élus et pour l'autre moitié de parlementaires.

Le scrutin, qui se tient six mois après la date initialement prévue en raison de la pandémie de Covid-19, voit la proposition de rédaction d'une nouvelle constitution approuvée à une large majorité de près de 79 % des suffrages. L'option d'une assemblée constituante intégralement élue est quant à elle choisie à une majorité similaire, et devrait être mise en œuvre lors d'élections constituantes organisées le 11 avril 2021.

Contexte

Manifestants chiliens en octobre 2019.

Le référendum est la conséquence directe des manifestations de grande ampleur organisées dans le pays à partir du , et qui ont vu la population exprimer un profond mécontentement à l'encontre des importantes inégalités sociales que connait le Chili. La Constitution actuelle a été rédigée en 1980 sous la dictature militaire d'Augusto Pinochet, bien qu'elle ait été depuis amendée à plusieurs reprises notamment pour mettre fin à la présence de sénateur à vie[1],[2]. La Constitution se voit notamment reprocher d'avoir permis à une minorité de droite de conserver un pouvoir de blocage à l'encontre de toute tentative de modifications du modèle social et économique, en la favorisant lors des élections tout en imposant des conditions de révisions très strictes[3],[4].

Signature de l'accord le 15 novembre

Devant l'ampleur du mouvement de contestation populaire, les dirigeants de la majorité des partis chiliens signent l'« Accord pour la paix sociale et la nouvelle Constitution » le suivant. Celui ci prévoit l'amendement de plusieurs articles du chapitre XV de la Constitution permettant la rédaction d'un nouveau texte fondamental via la convocation d'une assemblée constituante, une procédure que la Constitution de 1980 ne permettait pas auparavant[5].

L'amendement est voté le à la Chambre des députés par 127 voix pour, 18 contre et 5 abstentions, puis le lendemain au Sénat par 38 voix pour et 3 contre. Ayant largement franchi la majorité qualifiée de deux tiers des voix dans chaque chambre, l'amendement est transmis au président de la République Sebastián Piñera, qui le signe le puis paraphe quatre jours plus tard le décret de convocation du référendum[6],[7].

Objet

Graffiti à Santiago appelant à la rédaction d'une nouvelle Constitution et à l'élection d'une assemblée constituante

Le référendum porte sur deux questions distinctes. La première est « Voulez-vous une nouvelle Constitution ? », et peut être approuvée ou rejetée par les électeurs. La seconde est « Quel type d’organe doit rédiger la nouvelle Constitution ? » et n'est appelée à s'appliquer qu'en cas de victoire du Oui à la première question. L'électeur dispose de deux choix : ou bien une assemblée constituante intégralement composée de membres élus, ou bien une assemblée constituante mixte composée pour moitié de membres élus, et pour l'autre moitié de parlementaires. Les électeurs disposent de bulletins de vote distincts pour les deux questions, sur lesquelles ils peuvent cocher la proposition de leur choix indépendamment l'une de l'autre[8].

En cas de victoire de la proposition de rédaction d'une nouvelle Constitution, des élections constituantes sont prévues le afin d'élire celle-ci en totalité ou pour moitié, selon le choix exprimés par les électeurs à la seconde question. La composition proposée de l'assemblée constituante intégralement élue est de 155 membres élus au scrutin proportionnel plurinominal dans 28 circonscriptions électorales de 3 à 8 sièges en fonctions de leur population. Celle de l'assemblée constituante mixte est quant à elle de 172 membres dont 86 élus au scrutin proportionnel dans 28 circonscriptions de 2 à 4 sièges, et 86 autres membres élus par les deux chambres du Congrès national en leur sein[5],[9].

L'organe constituant disposera alors de neuf mois, prolongeable au maximum de trois mois, pour rédiger une nouvelle Constitution et en voter le texte à la majorité qualifiée des deux tiers de ses membres. Elle devra ensuite être soumise à référendum à une date encore indéterminée, probablement en 2022[5],[8].

Report

Initialement prévu le , le scrutin est reporté au suivant en raison de la progression de la pandémie de maladie à coronavirus[10]. La date du 25 octobre était celle initialement prévue pour les élections constituantes, elles-mêmes repoussées au 11 avril de l'année suivante.

Campagne

Bulletins de vote utilisés

Les mois qui précèdent le scrutin voient l'option d'un changement de Constitution se maintenir à un niveau élevé dans les sondages, autour de 75 % des intentions de vote. La tendance est similaire pour le choix d'une constituante intégralement élue, bien qu'à un niveau moindre, entre 50 et 60 %. La participation demeure la seule véritable inconnue du scrutin dans un contexte pandémique qui fait craindre une peur de se rendre aux urnes de la part des électeurs, malgré les nombreuses mesures sanitaires mises en œuvre. La capitale Santiago ne sort ainsi de son confinement que trois semaines avant le référendum[11],[3].

Sondages

Voulez-vous une nouvelle Constitution ?
Pour (Apruebo)
Contre (Rechazo)
Indifférent/Ne sais pas
La ligne représente la moyenne mobile des trois dernières semaines.
Quel type d'organe doit rédiger la nouvelle Constitution ?
Assemblée constituante élue
Assemblée constituante mixte
Indifférent/Ne sais pas
La ligne représente la moyenne mobile des trois dernières semaines.

Résultats

Nouvelle Constitution

Résultats préliminaires nationaux (99,85 % dépouillés)[7],[12]
Choix Votes %
Pour 5 886 421 78,27
Contre 1 634 107 21,73
Votes valides 7 520 528 99,45
Votes blancs 13 688 0,18
Votes nuls 27 957 0,37
Total 7 562 173 100
Abstention 7 293 546 49,10
Inscrits/Participation 14 855 719 50,90

Voulez-vous une nouvelle Constitution ?

Votes
Pour
(78,27 %)
Votes
Contre
(21,73 %)
Majorité absolue

Choix de l'organe constituant

Résultats préliminaires nationaux (99,81 % dépouillés)[9],[12]
Choix Votes %
Assemblée constituante élue 5 646 427 78,99
Assemblée constituante mixte 1 501 793 21,01
Votes valides 7 148 220 94,61
Votes blancs 123 717 1,64
Votes nuls 283 285 3,75
Total 7 555 222 100
Abstention 7 300 497 49,14
Inscrits/Participation 14 855 719 50,86

Quel type d'organe doit rédiger la nouvelle Constitution ?

Constituante
élue
(78,99 %)
Constituante
mixte
(21,01 %)
Majorité absolue

Analyse et conséquences

Option en tête par commune.

Les Chiliens qui se rendent aux urnes approuvent à une écrasante majorité la demande d'une nouvelle Constitution, un peu plus de 78 % s'exprimant en ce sens[13],[14]. Un pourcentage similaire vote en faveur d'une assemblée constituante intégralement élue, bien davantage que ce que les sondages d'opinions laissaient prévoir[15].

Notes et références

  1. « Au Chili, le pouvoir annonce un référendum attendu sur la Constitution », Courrier international, (consulté le 16 novembre 2019).
  2. « Chili : après la crise, un référendum pour une nouvelle Constitution », Le Point, (consulté le 16 novembre 2019).
  3. a et b « Le Chili en campagne pour initier la réforme de sa Constitution », France 24, (consulté le 16 octobre 2020).
  4. (en) « Electoral engineering in Chile: the electoral system and limited democracy », sur www.sciencedirect.com (DOI 10.1016/S0261-3794(98)00001-8, consulté le 16 octobre 2020).
  5. a b et c (es) « LEY NÚM. 21.200 MODIFICA EL CAPÍTULO XV DE LA CONSTITUCIÓN POLÍTICA DE LA REPÚBLICA », Diario Oficial de la República de Chile, (consulté le 8 octobre 2020).
  6. (es) « CONVOCA A PLEBISCITO NACIONAL PARA LA FECHA QUE INDICA », Diario Oficial de la República de Chile (consulté le 8 octobre 2020).
  7. a et b (de) « Chile, 25. Oktober 2020 : Wünschbarkeit einer neuen Verfassung », sur sudd.ch.
  8. a et b (es) « Cómo se vota — Plebiscito Nacional + », sur plebiscitonacional2020.cl, ServelChile (consulté le 12 mai 2020).
  9. a et b (de) « Chile, 25. Oktober 2020 : Wahlverfahren für den Verfassungsrat », sur sudd.ch.
  10. « Covid-19 chamboule le calendrier électoral en Amérique latine », La Croix, (consulté le 25 octobre 2020).
  11. (es) « Medidas sanitarias para un Plebiscito Más Seguro — Plebiscito Nacional + », sur plebiscitonacional2020.cl, ServelChile (consulté le 16 octobre 2020).
  12. a et b « SERVEL », sur www.servelelecciones.cl (consulté le 27 octobre 2020)
  13. « Chili : le « oui » à une nouvelle Constitution l’emporte », La Croix, (consulté le 26 octobre 2020).
  14. « Au Chili, le oui à une nouvelle Constitution l’emporte largement », Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le 26 octobre 2020).
  15. « Chili : le dernier clou dans le cercueil de Pinochet », L'Opinion, (consulté le 26 octobre 2020).