Ne doit pas être confondu avec Raymond Lévy (résistant).
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Raymond Lévy, né le à Paris où il est mort le , est un ingénieur et chef d'entreprise français. Il a notamment été vice-président du groupe pétrolier Elf (de 1976 à 1980), président du sidérurgiste Usinor (de 1982 à 1984) et président-directeur général du constructeur automobile Renault (de 1987 à 1992), au redressement duquel il a largement contribué.

Biographie

Jeunesse et formation

Raymond Haïm Lévy est le fils unique de Samuel et Rachel Lévy, un couple d'émigrés juifs Saloniciens qui reste à Paris pendant l'Occupation allemande[2]. Il fait des études scientifiques à Paris, au lycée Rollin, aujourd'hui collège-lycée Jacques-Decour, puis au lycée Saint-Louis. Il entre major en 1946 à l'École polytechnique dont il sort également major[3],[4],[1]. Il intègre alors le Corps des mines[4] et poursuit ses études à l'École nationale supérieure des mines de Paris, puis au Massachusetts Institute of Technology (États-Unis), où il obtient un Master of Sciences[3] en 1950.

Industrie pétrolière

Après un stage aux houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais (1952-1953) puis un premier poste à l'arrondissement minéralogique de Toulouse de 1953 à 1957, il intègre en 1957 la Régie autonome des pétroles (ou Rap)[a], qui devient en 1965 l'Entreprise de recherches et d'activités pétrolières, l’Erap. Il est successivement ingénieur puis directeur attaché à la direction générale à la Rap (1957-1965), et directeur général adjoint de la branche exploration-production (1966-1972)[b] de l'ERAP.

Il est directeur général (1972-1976) puis président (1976-1980) d'Elf-Union, nouveau nom de l'Union générale des pétroles (UGP). Il est président-directeur général (PDG) d'Elf France de 1975 à 1980 et vice-PDG d'Elf Aquitaine de 1976 à 1980, le PDG en étant successivement Pierre Guillaumat puis Albin Chalandon.

Sidérurgie

Comprenant avec l'arrivée de ce dernier qu'en sa qualité de Juif il ne lui sera jamais possible d'atteindre la présidence de Elf, société constamment en relation avec les pays arabes[c], Raymond Lévy quitte Elf et l'industrie pétrolière en 1981 pour la présidence de la Compagnie française des aciers spéciaux (groupe Usinor) ; il devient ensuite PDG d'Usinor en 1982. En , malgré des résultats en net redressement, il est convoqué par Louis Schweitzer, directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Laurent Fabius, pour être informé qu’il est écarté de la présidence du groupe. Dans le même secteur d’activité, en 1985, il rejoint alors le groupe sidérurgique belge Cockerill-Sambre à Bruxelles, dont il devient président et administrateur délégué[2].

Renault

En , à la suite de l'assassinat par Action directe du président de Renault Georges Besse, il est appelé par le gouvernement — notamment par le ministre de l'Industrie Alain Madelin — à le remplacer. En dépit du travail de redressement commencé par Georges Besse resté en poste moins de deux ans, l'entreprise est toujours dans une situation difficile[d], compromise davantage par le difficile lancement de la Renault 25 en 1983. Dès sa prise de fonction, Raymond Lévy place la qualité au centre de son plan de redressement. Il crée un poste de directeur de la qualité qu'il place sous sa responsabilité directe, introduit la formation systématique de l'ensemble du personnel aux méthodes les plus récentes des « maîtres » japonais, et crée en 1989 l'Institut Renault de la Qualité, devenu une référence nationale dans le domaine[e]. Il met en place un système d'objectifs quantifiables de performances en qualité, coûts, et délais à tous les niveaux hiérarchiques. Rompant avec le discours feutré de ses prédécesseurs, il souligne la gravité du problème en n'hésitant pas à déclarer que sa propre R25 de fonction doit passer au garage tous les mois pour réparation… Le traitement de choc réussit : les R19 et Clio, premiers modèles lancés sous son mandat, offrent une qualité de finition en très net progrès et permettent à Renault de « percer » enfin sur les exigeants marchés d'Europe du Nord, en particulier en Allemagne.

Second pilier de la stratégie de Raymond Lévy de transformation du groupe, "l'accord à vivre", avancée sociale majeure initiée chez Renault, signé le 29 décembre 1989, a déterminé l'évolution des mentalités de tous les collaborateurs.

Dans le même temps, Raymond Lévy s'attache à stabiliser les finances de l'entreprise. Il tire un trait définitif sur l'aventure américaine de Renault, avec la vente d'American Motors à Chrysler au printemps 1987, et met en place le système de production en flux tendu afin de diminuer les coûts de production. Dès 1989, l'entreprise est de nouveau bénéficiaire[2].

C'est à Raymond Lévy également qu'on doit le retour en Formule 1 en tant que motoriste. Après 2 victoires de la Renault F1 Team en grand prix dès sa première saison, l'équipe Williams-Renault réalise le premier doublé pilote-constructeur en 1992, et le moteur Renault dominera ses concurrents en apportant cinq titres constructeurs (1992, 1993, 1994, 1996 et 1997).

Face à l'imminente ouverture du marché unique européen en 1992, Raymond Lévy est conscient de la nécessité pour Renault de s'agrandir. Il cherche d'abord à racheter le constructeur tchécoslovaque Skoda dès la chute du mur de Berlin, mais les négociations échouent au bénéfice de Volkswagen. Il se tourne alors vers le Suédois Volvo[2] avec une prise de participations croisées entre les deux constructeurs, devant ouvrir la voie à une fusion[f]. Ayant atteint l'âge statutaire de départ à la retraite en 1992, il cède son fauteuil de président de Renault au même Louis Schweitzer qui lui avait annoncé sa mise à l'écart de la présidence d’Usinor en 1984.

Autres responsabilités

En parallèle, Raymond Lévy, nommé Ingénieur en chef des mines en 1962 puis ingénieur général en 1978, occupe le poste de vice-président du Conseil général des mines[3], c'est-à-dire de « patron » effectif du Corps des ingénieurs des mines, ceci de 1987 à 1992.

De 1993 à 2010, il est président du conseil de surveillance de Lagardère SCA puis son président d'honneur après 2010[3].

De 1998 à 2001, il est président du Consortium de réalisation (CDR), la filiale de revente des actifs du Crédit lyonnais créée à la suite de sa quasi-faillite[3] en 1993.

Par ailleurs, il a présidé la fondation de l’École polytechnique, de sa création (en 1987) à 1994, l'amicale du Corps des mines de 1993 à 2002[3], la Fondation européenne pour le management par la qualité (EFQM) de 1991 à 1992 et le Cercle de l'industrie de 1993 à 2001.

Il a été premier adjoint au maire de Vaucresson dans les Hauts-de-Seine, de 2001 à 2003.

Il s'est éteint le , âgé de 91 ans[2].

Famille

Le , Raymond Lévy a épousé Jacqueline Adèle Schwartz[7], dont il a ensuite eu trois garçons et une fille[g], tous quatre également passés par l'École polytechnique[2], suivis par cinq de ses douze petits-enfants[2].

Décorations